BEYROUTH 4 AOUT 2020 : Des différences très instructives pour AZF 2001.

Le 4 août 2020, l'explosion des 2750 tonnes de Nitrate d'Ammonium provoquait un séisme de magnitude 3.3. Le 21 septembre 2001, l'explosion de 300 tonnes du même Nitrate du hangar 221 d'AZF provoquait un séisme de magnitude 3.4. Il y a comme une anomalie sismique pour AZF...!

Le 21 septembre 2001, les expertises de Technip ont évalué l'équivalent TNT de l'explosion du hangar 221 d'AZF dans une fourchette de 15 à 40 tonnes de TNT. L'équivalent TNT du Nitrate d'Ammonium étant d'au moins 30%, au maximum 40 à 120 tonnes des 300 tonnes de NA stockés dans le hangar 221 d'AZF ont réellement détonné, envoyant tout autour du cratère les tonnages restants non consommés et visibles sur les photographies aériennes. Pour Beyrouth, l'incendie préalable et la première grosse explosion du stock de produits explosifs à côté des sacs de NA survenue 30 secondes avant la détonation principale ont entièrement fait sauter les 2750 tonnes de NA.

Pourtant Beyrouth a déclenché sur les sismographes une magnitude de 3.3, légèrement plus faible que celle enregistrée le 21 septembre 2001 à Toulouse. Avec un tonnage au moins 20 à 40 fois plus énergétique que celui d'AZF, avec également un cratère dont le volume est également de 20 à 40 fois plus grand que celui de Toulouse, comment la magnitude française de 3.4 a-t-elle pu survenir en 2001 ?

Les explosions au sol, ont toujours un impact sismique très faible contrairement aux explosions enterrées. L'énergie est essentiellement aérienne. A AZF, le tas de 300 t de NA était de plus posé sur une épaisseur de 1 mètre de remblais et au dessus du sol alluvionnaire du lit de la Garonne peu propice à un bon couplage avec le sol.

Les 3.3 de Beyrouth ne sont pas surprenants mais les 3.4 de Toulouse eux sont une réelle énigme !

Quand on ajoute 1 point de magnitude, l'énergie sismique en jeu est multipliée par environ 32. Quand on ajoute deux points de magnitude, cette énergie est multipliée exactement par 1000 ! La magnitude suit une échelle logarithmique décimale. A Toulouse, en considérant de plus les terrains alluvionnaires sous  l'usine AZF et le remblai de 1 mètre, la magnitude n'aurait pas dû dépasser 2 ou même 2.5.

A Toulouse, seule une explosion souterraine profonde de quelques tonnes d'explosifs pourrait expliquer ces 3.4 de magnitude et on pourrait mieux comprendre pourquoi les autorités et notamment les experts du Commissariat à l'Energie Atomique Militaire qui ont accès au meilleur réseau sismologique national se sont évertués à faire croire dans leurs rapports que le premier bruit d'explosion entendu par des centaines de Toulousains et enregistré clairement sur plusieurs enregistreurs provenait d'un phénomène inédit, jamais vu dans aucune documentation, le "Bang Sismique".

A Toulouse le séisme aurait vu, selon ces experts, ses ondes sismiques souterraines resurgir du sol sous forme d'un bruit d'explosion relativement aigu comme le dévoile l'enregistrement d'Air France Montaudran remis à la justice dès le 24 septembre 2001. A plus de 4 km d'AZF, cet enregistreur et les témoins présents ont capté comme un mur du son et officiellement, il s'agit du son des ondes sismiques voyageant en sous-sol plus vite que le son et sortant du sol à haute fréquence.

Apparemment, le sous-sol toulousain a eu en 2001 des capacités vocales insoupçonnées que le sous-sol de Beyrouth n'a pas eu le 4 août 2020 sur ses dizaines d'enregistrements... l'effet Nougayork peut-être !

A Beyrouth on ne connait pas encore l'étincelle qui a déclenché l'enchainement explosif des événements mais tout le monde a compris qu'un premier incendie a commencé plusieurs minutes avant qu'une première grosse explosion inquiète sérieusement tous ceux qui regardaient depuis la ville les événements, puis il s'en est suivi une série de dizaines d'explosions avec étincelles comme si un stock de feux d'artifices ou de produits similaires prenait à son tour feu avec violence, et enfin 33 secondes après la première grosse explosion et dans un bruit infernale artificier de plus en plus fort, survint la gigantesque explosion qui a ravagé la ville. 

A Toulouse, rien de tout cela... Aucun incendie préalable dans le hangar 221, aucune première explosion visible à cet endroit. Les camions des pompiers de l'usine étaient sagement rangés dans le bâtiment sécurité juste à côté. Et pourtant le stock de NA a détonné d'un coup. Omettant les très nombreux témoignages de phénomènes électriques et électromagnétiques plusieurs secondes avant cette explosion, les experts judiciaires ont proposé un scénario purement chimique qu'ils ont eu du mal à expliquer dans le détail. Mais en tout cas ces experts judiciaires sont certains que le séisme de magnitude 3.4 est bien issu de cette explosion du tas de NA. D'abord à 10h17'56.4 proposée par le réseau sismologique national civil, les experts judiciaires et le CEA militaire ont décalé l'heure en 2005 à 10h17'55.45 et n'ont surtout pas chercher à comprendre pourquoi les liaisons téléphoniques de l'usine se sont arrêtés à 10h18'09 et pourquoi le sonomètre aérien de la tour TV de Ramonville a capté les décibels de l'explosion à 10h18'18 plaçant l'explosion du hangar 221 à 10h18'05 en tenant compte de la vitesse du son.

Le séisme principal de Toulouse de magnitude 3.4 aurait eu lieu, en fait, 9 secondes avant l'explosion du hangar 221 d'AZF... quasiment au même moment ou juste après les tous premiers incidents électriques repérés à 10h17'55.77 par EDF.

A Beyrouth, il y a eu deux explosions principales espacées de 33 secondes et très visibles, s'enchainant après le départ d'un incendie. Seule l'étincelle qui a mis le feu "aux poudres" est encore une vraie inconnue mais au moins on peut mesurer l'imprudence extrême des autorités dans la gestion des produits explosibles du port.

A Toulouse, il y a eu deux bruits d'explosion espacés d'une dizaine de secondes environ, mais on ne sait toujours rien du premier bruit et du séisme principal, excepté une théorie farfelue du "bang sismique" qui n'a pas eu lieu à Beyrouth. Les mystères sismiques, électriques, chimiques et acoustiques sont nombreux et demeurent encore aujourd'hui inexpliqués...

L'impact sismique de Beyrouth a tout de même le mérite de confirmer l'aspect très mystérieux des 3.4 de magnitude de Toulouse et l'impossibilité de la théorie du "bang sismique" toulousain.

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