LEON09
Abonné·e de Mediapart

5 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 sept. 2021

AZF - Un avion était présent au moment de l’explosion !

Officiellement, aucun avion ne survolait le site d'AZF au moment de l'explosion. Pourtant trois témoins ont bien décrit le passage d'un avion quelques secondes avant l'explosion. Un des témoins a même pris trois photographies de cet avion. Un autre a vu un tube noir descendre sous l'avion. A qui est cet avion et pourquoi a-t-il été ignoré ?

LEON09
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Cour d’Appel de Paris et sa juge de procès Claudine FORKEL ont affirmé dans l’arrêt du 31 octobre 2017 du second procès en Appel de l’affaire AZF-Toulouse, page 272 : « De très nombreuses vérifications étaient effectuées auprès des deux aéroports se trouvant à proximité e l'usine : l'aéroport civil de TOULOUSE BLAGNAC et la base aérienne de FRANCAZAL. Elles s'avéraient totalement négatives auprès de l'aviation civile où les investigations menées démontraient qu'aucun avion n'avait survolé le site de GRANDE PAROISSE au moment de l'explosion. » 

Les civils et les militaires ont informé la justice et la justice a estimé que tout était démontré : aucun avion n’était présent au-dessus du pôle chimique au moment de la catastrophe. Pourtant, trois témoins ont bien décrit au SRPJ de Toulouse la présence d’un avion provenant de l’Est de Toulouse, qui a survolé à basse altitude la zone d’AZF au moment même de l’explosion. Un des témoins a même pris plusieurs photographies de cet avion ! 

AZF - Trajet de l'avion vu par les témoins juste avant l'explosion © Conclusion K. Baux

Mme Simone MAZET a décrit lors de son audition au SRPJ de Toulouse (D6550 p1 p2 p3) : « Le vendredi 21 septembre 2001 dans la matinée je me trouvais à mon domicile de RAMONVILLE SAINT-AGNE. Vers 10H15-20 je suis sortie dans mon jardin pour « faire des conserves. Je suis certaine de ce détail car j’avais besoin de l’heure pour porter et maintenir l’eau à ébullition. Soudain ma mère, qui est âgée de 93 ans, et qui se trouvait à la fenêtre de sa chambre, au rez-de-chaussée, m’a appelé pour attirer mon attention. Je me suis retournée dans sa direction pour savoir ce qu’elle voulait car elle avait seulement crié mon prénom. Je me suis déplacée vers elle sur une vingtaine de mètres. J’ai alors constaté qu’elle pointait son doigt vers le ciel. Je me suis tournée vers ce qu’elle me désignait et j’ai vu un avion qui passait dans notre champ de vision et qui volait à une altitude anormalement basse. Cet avion sur les tons gris-foncés ne m’a pas paru être un avion de ligne mais plus vraisemblablement un avion militaire. Par ailleurs le bruit des moteurs de cet avion m’a rappelé le bruit que faisait les avions pendant la guerre. Je n’ai vu aucune inscription. Je ne me suis pas attardée à détailler cet avion car j’ai tout de même perçu, immédiatement, malgré sa basse altitude, qu’il n’allait pas s’écraser, du moins à proximité de nous. Le bruit des moteurs était fort mais régulier. Il n’avait pas de ratés. Cet avion avançait lentement, il n’avait pas une grande vitesse. Par rapport à ma position dans mon jardin, l’avion venait de l’Est et se dirigeait vers l’Ouest. Je l’ai tout d’abord vu passer sur les champs, ensuite au-dessus de ma maison puis au-dessus des immeubles de Port-Sud. Il arrive que des avions de ligne passent dans ce couloir mais c’est assez rare. La plupart du temps ils sont sur une trajectoire plus au sud et ne passent pas sur ma maison. J’ai d’autant plus remarqué ce détail qu’il était vraiment bas. Ma maison jouxte le canal du Midi entre celui-ci et l’autoroute. Cet avion ne faisait pas du rase-motte tout de même car il a fallu qu’il passe avant d’être chez moi au-dessus de la ligne à haute tension qui est implantée dans les champs entre l’autoroute TOULOUSE-NARBONNE et mon domicile, puis au-dessus des platanes. Tout cela est géographiquement rapproché… je me suis remise à mon travail et pratiquement de suite j’ai entendu une première grosse explosion et je me suis mise à crier « l’avion est tombé » ; j’ai immédiatement fait la relation avec l’avion qui venait de passer au-dessus de chez moi, à très basse altitude. D’autant plus que cette première explosion avait un bruit fracassant de ferraille. Dans le même temps je me suis mise à courir vers les berges du canal car pour moi l’avion était tombé sur Ramonville Saint-Agne. Arrivée à l’angle de ma terrasse s’est produit une seconde explosion qui m’a clouée sur place. C’était un bruit sourd qui semblait jaillir de terre. Simultanément la terre s’est mise à trembler sous mes pieds et le ciel grondait également…. Entre la première explosion et mon déplacement en courant jusqu’à l’angle de la terrasse, où j’ai ressenti le tremblement de terre de la seconde explosion, il s’est écoulé exactement sept secondes (après reconstitution). »

Mme Hélène TRUSCHINGER a décrit lors de son audition au SRPJ de Toulouse (Pièce D4820 p1 et p2) : « …au moment de l’explosion, j’étais au pavillon Delaye de l’hôpital Marchant, au premier étage, soit à quelques centaines de mètres du site de l’usine AZF. L’explosion a eu lieu vers dix heures vingt. Au niveau visuel, je n’ai absolument rien vu. J’ai entendu comme une explosion interne mais qui ne nous a pas touché puis une dizaine de secondes plus tard une seconde explosion plus forte accompagnée d’un effet de souffle qui a endommagé beaucoup de choses comme les vitres, les montants de fenêtres. J’ai moi-même été projetée dans le couloir… Mais de dix à vingt secondes avant l’explosion, j’ai nettement entendu un moteur d’avion. Pour moi il s’agissait du bruit d’un avion qui coupe les gaz ou en tout cas qui ralentit excessivement, et pas le bruit d’un avion qui vole normalement comme nous en avons l’habitude de les entendre pour être à proximité des couloirs aériens de Blagnac. Et plus précisément le régime du moteur me semblait tellement bas que j’ai pensé qu’il allait s’écraser, en tout cas qu’il y avait quelque chose d’anormal au-dessus du coin. Je me suis alors mise à la fenêtre et j’ai aperçu au-dessus de l’usine, un avion qui volait et j’ai ressenti une telle sensation de danger que je me suis remise au mail que j’écrivais au moment où la première explosion a eu lieu… Cet avion était de couleur gris clair, ressemblant à un avion militaire puisqu’il n’y avait pas de fenêtres, mais je ne pourrai être plus précise, notamment quant à la taille ou à tout autre élément pouvant permettre de l’identifier. Il volait à quelques dizaines de mètres de hauteur en provenance du Sud-Est et allant vers le Nord-Ouest, plutôt à basse vitesse. Du bâtiment où je me trouvais, je l’ai situé au-dessus du site AZF dans sa partie Nord que nous apercevons du bureau. J’ai également eu la sensation qu’un truc noir tombait de l’avion, toujours au-dessus du site. Il s’agissait d’une masse noire pas importante mais néanmoins visible d’où j’étais. Je pense que ce truc avait en gros la forme d’un tube et pouvait mesurer deux mètres environ. C’était beaucoup plus petit que l’avion. »

Le troisième témoin, Léon CAILLAUX, depuis son balcon dominant le Parc de la Faourette et orienté vers AZF, alerté par un premier bruit d’explosion, a même pris deux photos montrant cet avion grâce à un appareil jetable qu’il avait préparé pour faire des photographies de son appartement. A peine eut-il le temps de faire ses deux photos et de voir l’avion poursuivre son chemin au-dessus de son quartier, il reçut le blast de la seconde explosion, celle d’AZF.

Lors de son audition au SRPJ, le témoin confirme dans la pièce D5195 p1 p2 et p3 du dossier judiciaire : « Je vous précise que j’ai également eu le temps de prendre en photo un gros avion qui passait au-dessus de mon immeuble entre les deux explosions…. Je vous confirme bien avoir pris deux clichés photographies d’un avion qui survolait mon immeuble entre le temps des deux déflagrations ».

Ce témoin a alerté en février 2004 l’association AZF Mémoire et Solidarité qui avait publié dans la Dépêche du Midi un appel à témoin. « Monsieur C. a pris des photos -> à voir, pendant l’explosion nuage rouge, après l’explosion avion. » a écrit en résumé cette association dans la pièce D4378 page 67 du dossier. Le témoin donnera à cette association les 12 photographies de la pellicule de son appareil argentique jetable, papier et négatifs compris. Elles seront transmises par cette association au SRPJ de Toulouse le 10 juin 2004.

AZF Photos de Léon Caillaux Pièce D5209 © Léon Caillaux

Après de longues démarches de plus de 10 ans, le témoin a pu récupérer en janvier 2021 les 9 dernières photographies papier mentionnée sur le PV de réception de la pièce D5209. Il manque les trois premières photographies papier dont les deux photos de l’avion prises entre les deux bruits d’explosion et il manque également les 12 négatifs de la pellicule. Le témoin poursuit encore aujourd’hui ses démarches juridiques pour récupérer ces documents originaux qu’on lui refuse de rendre.

AZF - Photographie de Léon Caillaux - Avion © Léon Caillaux

Heureusement sur la 4ème photo papier, on peut voir encore l’avion un peu plus loin et peu plus haut quelques dizaines de secondes après l’explosion. Pourtant les experts judiciaires n’ont souhaité ne faire aucune étude de cette image. Le SRPJ de Toulouse parfaitement informé de l’existence des deux premières photos de l’avion n’a pas estimé utile de les réclamer auprès de l’association AZF Mémoire et Solidarité qui avait également communiqué les documents de M. CAILLAUX au Groupe TOTAL et à son ingénieur conseiller Daniel ROBERT (Note d’audience du 14 novembre 2011).

AZF Avion cargo militaire - Boeing 767 © Site Airliners

Un scannage de cette photographie a permis cette année d’avoir une idée du type d’avion : il a des ailes basses c’est-à-dire au niveau de la base du fuselage comme les Airbus A310, A319, A320 et les Boeings 767. Il possède deux réacteurs assez imposants, des ailes arrière relativement longues et larges, permettant de s’orienter plutôt vers le Boeing 767. Son train d’atterrissage était sorti. Le témoin a trouvé cet avion très gros, du type avion-cargo et il se souvient d’avoir vu le nez de l’appareil comme un rond bleu, le reste de l’avion étant peint d’une unique couleur non remarquable comme les avions de ligne. L’avion n’était absolument pas dans la bonne direction des pistes de Blagnac car ce matin-là les avions décollaient contre le vent d'Autan.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Husain, Shahwali, Maryam... : ces vies englouties au large de Calais
Qui sont les vingt-sept hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Manche en tentant de rallier la Grande-Bretagne ? Il faudra des semaines, voire des mois pour les identifier formellement. Pour l’heure, Mediapart a réuni les visages de dix de ces exilés, afghans et kurdes irakiens, portés disparus depuis le naufrage du 24 novembre.
par Sarah Brethes (avec Sheerazad Chekaik-Chaila)
Journal — Éducation
« On veut comprendre pourquoi le collège n’a rien fait »
Près d’un mois après le suicide de Dinah, 14 ans, ses parents ont déposé plainte pour « harcèlement » et accusent le collège de non-assistance à personne en danger. Plusieurs témoins dénoncent la passivité de l’établissement. La direction dément tout dysfonctionnement.
par David Perrotin
Journal
Étudiants précaires : une petite prime et des bugs
Plutôt que de réformer le système des bourses, le gouvernement a décidé d’accorder une prime inflation de 100 euros aux étudiants boursiers. Les serveurs du Crous n’ont pas tenu le choc, les bugs se sont multipliés et nombre d’étudiants n’ont pas pu faire leur demande dans les délais.
par Khedidja Zerouali
Journal
Professeurs non remplacés : la Cour des comptes dénonce une « défaillance institutionnelle »
Dans un rapport publié jeudi, les magistrats financiers se penchent sur les absences des enseignants qui font perdre aux élèves 10 % d’heures de cours dans les lycées. Les deux tiers sont liés à une mauvaise organisation de l’Éducation nationale.
par Faïza Zerouala

La sélection du Club

Billet de blog
Précarité = Adelphité
Nous exclure, nous isoler, nous trier a toujours été admis; nous sacrifier n’a jamais été que le pas suivant déjà franchi par l’histoire, l’actualité nous a prouvé que le franchir à nouveau n’était pas une difficulté.
par Lili K.
Billet de blog
SOS des élus en situation de handicap
Voilà maintenant 4 ans que le défenseur des droits a reconnu que le handicap était le 1er motif de discrimination en France, pourtant les situations de handicap reconnues représentent 12% de la population. Un texte cosigné par l’APHPP et l’association des élus sourds de France.
par Matthieu Annereau
Billet de blog
Exaspération
Rien n’est simple dans la vie. Ce serait trop facile. À commencer par la dépendance physique à perpétuité à des tiers, professionnels ou non. Peut-être la situation évoluera-t-elle un tant soit peu lorsque les écoles de formation aux métiers du médico-social et du médical introduiront la Communication NonViolente (CNV) et le travail en pleine conscience dans leurs modules ?
par Marcel Nuss
Billet de blog
Ne vous en déplaise, Madame Blanc
Plusieurs médias se sont fait l’écho des propos validistes tenus par Françoise Blanc, conseillère du 6ème arrondissement de Lyon du groupe « Droite, Centre et Indépendants » lors du Conseil municipal du 18 novembre dernier. Au-delà des positions individuelles, cet épisode lamentable permet de cliver deux approches.
par Elena Chamorro