L'effondrement du plus gros système de Ponzi (de toute l'histoire de l'humanité)

Le prix du Bitcoin a récemment dépassé la barre des 45 000 € l’unité, après une augmentation de plus de 460% depuis le début du Covid 19. Depuis la crise financière de 2008, de nombreux citoyens ne font plus confiance au système financier actuel. Privatisation des gains, socialisation des pertes, impression monétaire incontrôlée, appauvrissement général.

Face à cette confiance qui s'érode vis-à-vis des institutions, de nombreux citoyens trouvent de l’espoir dans les monnaies virtuelles. Quantité de production limitée, échanges vérifiables (grâce à la chaîne de blocs, agissant comme un immense registre), échanges directs sans intermédiaire pour se prendre une commission… Bref, les gens se précipitent pour se constituer des portefeuilles de monnaies virtuelles. Au risque de perdre la totalité de leur capital.

En effet, les monnaies virtuelles ne sont pas de véritables actifs... ce ne sont même pas des véhicules d’investissements. Ce sont d'abord des "objets" extrêmement opaques et spéculatifs. Mais ce sont surtout des outils de contestation de la domination du dollar dans l’économie mondiale. Et cela menace toutes les personnes ayant investi leur épargne en quête de richesses.

Le système de dollarisation de la planète au bord du précipice

La monnaie c’est avant tout une histoire de confiance

Dès le début, les gouvernements mondiaux ont regardé la crypto monnaie avec beaucoup de suspicions. Parfois vue comme un outil criminel servant à contourner les lois, elle est surtout devenue un moyen de contourner les impôts et les taxes. Il devient alors impossible de contrôler le système. Impossible de geler les comptes. Impossible de sanctionner financièrement les individus. Contourner le système financier international devient donc imaginable.

Sauf que… voilà, depuis la fin des accords de Bretton Woods en 1971, les pays occidentaux n’ont cessé d’imprimer des quantités de monnaie faramineuse.

Graph 1 : Evolution de la masse monétaire M1 dans la zone Euro depuis 1970

M1 for Euro Area M1 for Euro Area

Source : Fred, Saint Louis Fed (fred.stlouisfed.org)

Plus les Banques Centrales impriment de la monnaie, plus cette dernière perd de la valeur. Ce phénomène réduit le pouvoir d'achat des individus au fil des années. Les épargnants sont indirectement taxés avec l'inflation. Qui n’a pas l’impression que la vie devient de plus en cher ? Pour se protéger face à ce phénomène, de nombreux acteurs économiques achètent des monnaies virtuelles, de l'or ou des matières premières. 

C’est d’ailleurs précisément pour cette raison que les religions interdisent ce type de monnaie basée sur... rien. En obligeant les gouvernements à détenir une contrepartie "Or ou Argent" avant d’imprimer de la monnaie, vous limitez le pouvoir de création monétaire des Banques Centrales.

La fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale

Les Etats-Unis ont abusé des pouvoirs exorbitants du dollar. Depuis les années 70, les guerres américaines ont été principalement financées par l’impression monétaire.

Mais ce sont surtout les sanctions économiques et financières qui menacent aujourd’hui l’hégémonie de la monnaie étasunienne. Sanctions contre le Venezuela, l’Iran, la Russie, la Chine, la Corée du Nord. Sanctions contre des entreprises françaises ou allemandes. Sanctions contre des individus ciblés. Au lieu de faire parler les armes, les américains cherchent d’abord à étrangler économiquement les pays qui menacent son hégémonie (ou accessoirement, ses intérêts). Cela revient moins cher et s’avère plutôt efficace.

Des organismes comme la Banque Mondiale ou le FMI, vus comme des satellites de la gouvernance occidentale, sont remis en question.

Ces pays sanctionnés n’ont donc qu’un seul objectif : sortir du système financier construit autour du dollar américain (et contrôlé in fine par le gouvernement de la Maison-Blanche).

La Russie réalise très vite le potentiel des monnaies virtuelles. Avec une version digitale de son Rouble, elle peut dorénavant s’assurer de passer par-dessus toute la machine américaine. Il suffit seulement de trouver de nouveaux alliés prêts à accepter cette nouvelle monnaie virtuelle. Aucune institution américaine n’est impliquée dans le processus car il s’agit seulement d’un échange de gré à gré. La monnaie n’est-elle pas simplement un outil d’échange ? Contourner les sanctions devient donc possible.

Pour les américains, cela représente une menace à leur influence internationale. S’ils ont réussi à s’imposer comme une méga-puissance planétaire pendant plus de 70 ans, c’est avant tout grâce à ce que le Général De Gaulle appelait « le privilège exorbitant du dollar ». Cela explique l'attitude offensive des américains car ils se rendent compte que tout ce système est en train de leur échapper. Ils essayent tant bien que mal de vouloir réguler les monnaies virtuelles. Sans succès jusqu'à présent. Ils sont même prêts à vivre avec les monnaies virtuelles, mais à une seule condition:qu'elles soient intégrées dans le système financier international, accessoirement sous leur contrôle.  

En 2016, la Chine a annoncé sa volonté de créer un Yuan digital. La Banque Centrale Européenne a fait de même en proposant une étude sur la création d'un Euro digital. Face aux sanctions qui étouffent le Venezuela, ce dernier a fait appel à la Russie afin de l'aider techniquement à mettre sur pied le Petro. En faisant cela, le Venezuela risquerait de revenir sur le marché du pétrole, entraînant une baisse des prix du baril à cause de l'augmentation soudaine de la production... ce qui menacerait l'industrie pétrolière américaine, car cette dernière a besoin de prix hauts pour être rentable.

Il s'agit donc pour ces Puissances de construire un Monde dans lequel les Etat-Unis ne pourraient plus jamais intervenir dans une transaction. Un Monde dans lequel ils contrôlent leur propre monnaie virtuelle afin de pouvoir survivre en tant qu'Etat. Car si vous ne contrôlez pas votre propre monnaie virtuelle, comment allez-vous taxer vos citoyens?  Et cela est en passe de se réaliser.

Le Bitcoin, l’archétype même de la bulle spéculative

Pourquoi le Bitcoin (ou d'autres) n’est pas un investissement ?

Un investissement se caractérise principalement par deux attributs : (i) l’actif que vous achetez protège votre capital et ii) vous procure un « cash-flow » stable.

Lorsque vous achetez un appartement, le risque de perdre tout votre capital est limité. Si vous louez votre bien, vous recevrez un loyer mensuel stable pendant une certaine période. La valeur de votre appartement dépend donc intrinsèquement de ce que vous gagnez en loyer (entre autres choses, comme la localisation etc.).

Si vous achetez un lopin de terre, vous pouvez déterminez combien de carottes vous allez produire. Par de simples calculs, vous pouvez estimer les bénéfices que vous allez engranger à la fin de l'année. Et grâce à l'inflation, la valeur de votre terrain augmente chaque année, protégeant ainsi votre capital.

De la même manière, si vous achetez des actions de Coca-Cola à un prix en deçà de la valeur intrinsèque de l’entreprise, le risque de perdre votre capital est limité (par exemple, vous estimez que Coca-Cola vaut 30$ l’action, alors que vous l'avez acheté à 10$). Et l’action en question vous distribue un dividende et potentiellement un gain en capital.

Il n’en n’est rien pour Bitcoin. Le Bitcoin ne distribue ni loyers, ni intérêts, ni dividendes. Il ne produit aucun bien et ne rend aucun service. Son prix dépend de ce que chacun est prêt à payer, sans aucuns fondamentaux pour déterminer le pourquoi du comment. Tout cela sous la musique douce d'une communication frénétique relayée par les Médias. Chaque acheteur est rémunéré grâce aux nouveaux entrants. Le système entier s’apparente à une vaste pyramide de Ponzi.

D’autres voient le Bitcoin comme une monnaie. Mais derrière une monnaie, vous avez généralement une armée, des institutions et toute une économie. Vous avez des millions de citoyens qui se lèvent chaque matin pour produire des Biens et des Services. Rien de cela n’existe pour aucune monnaie virtuelle. En plus d'être très volatile (alors qu'une monnaie a justement besoin de stabilité). 

La crypto monnaie s'apparente donc plus à une aveugle spéculation qu'à un acte d'investissement. La cupidité dans toute sa splendeur. Let’s "get rich quick" hérité des Golden Boys de Wall Street. Lorsqu'un "actif" n'est basé sur rien, son prix ne tarde pas à tendre vers zéro.

Qu’est ce qui fait exploser une bulle spéculative ?

Cela reste difficile à prévoir. Mais généralement, la bulle finit par exploser lorsque les « spéculateurs » eux-mêmes se rendent compte que l'actif qu’ils possèdent ne vaut rien.

En 2008, les produits financiers toxiques ("les subprimes") ont fini par ne plus rien valoir lorsque les investisseurs se sont rendu compte que ces produits financiers étaient construits sur du vide. Un château de sable finit toujours par s'écrouler.

Dans le cas des monnaies virtuelles, plusieurs catalyseurs peuvent faire éclater la bulle spéculative:

D'abord, l'interdiction américaine des transactions depuis Visa, Mastercard ou Paypal vers les plateformes d'échanges de monnaies virtuelles. Il suffit de se souvenir du "Gold Reserve Act" de 1934 aux Etats-Unis, une loi adoptée afin d'interdir littéralement que le peuple américain ne puisse détenir d'or. Un événement similaire peut survenir pour les monnaies virtuelles.

Ensuite, une simple panne électrique géante peut menacer la viabilité de ces monnaies consommatrices en électricité. Et c'est bien là le point d'Achille de tout ce système: sans électricité, c'est la panique. 

Enfin, comme presque souvent dans les crises monétaires, une perte de confiance (dû par exemple à une intensification de la fraude) peut causer l'écroulement de la pyramide.

En résumé, la monnaie digitale n'est ni un actif ni un outil d'investissement. C'est un objet purement spéculatif dont l'ambition première vise 1) à contester l'impression monétaire suicidaire des banques centrales et 2) à destituer la prédominance du dollar dans l'économie mondiale. Et comme tous les objets spéculatifs, il ne s'agit pas de déconseiller aux gens de jouer dans ce géant casino du net... il s'agit au contraire d'avertir sur la dangerosité de risquer une grosse portion de son capital. Vous pouvez tout à fait spéculer avec de petites sommes (2000, 4000 ou 5000 euros). Mais attention à ce que Robert J. Shiller appelle "l'exubérance irrationnelle".  

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