Cours Florent, cours violent?

La violence n'est jamais de la pédagogie. Nous dénonçons les agressions, discriminations et humiliations systémiques. Nous dénonçons une institution qui s'est rendue complice. Nous condamnons l'apologie de la brutalité dans l'apprentissage artistique. Parce que nos blessures sont politiques, nos récits sont universels.

Nous dénonçons votre mutisme face aux déclarations d’agressions au sein de votre établissement.
Nous vous avons parlé du viol d’une camarade par l’un de vos enseignants.
Vous répondez que son agresseur se sent mal, qu’il est très triste.
Nous vous avons parlé d'une camarade, victime de corruption sur mineure par l’un de vos enseignants.
Vous avez continué de faire applaudir son travail auprès d’adolescent.e.s au mépris de la mise en danger que cela constitue.
Nous vous avons parlé de la souffrance qu'entraînent les pratiques de harcèlement et d’agressions de l’un de vos enseignants.
Vous continuez de lui confier des classes, au mépris de la santé psychologique des élèves.

Des faits de nature dangereuse et illégale remontent à vous, et vous ne réagissez pas.
Laissez-nous vous rappeler que la prise en charge d’une victime n'incombe pas à la victime.
Laissez-nous vous rappeler que nier nos expériences traumatiques, c’est redoubler de violence à notre égard. 

Nous dénonçons votre pédagogie, basée sur l’idée dangereuse que pour être bon.ne acteur.ice, il faille être rompu.e.
Comme le prétend l’un de vos professeurs, les élèves se rangent en deux catégories : les « déjà brisés » et les « à briser ». Voilà l’enjeu pédagogique. Et pour cela, tout moyen est légitime. On peut toucher une élève, on peut en humilier un autre devant une classe entière, on peut être sexiste, raciste, homophobe, grossophobe, sans limites.
Ainsi, cette violence que vous appelez « dureté », est assumée et revendiquée par certain.e.s de vos professeur.e.s. Leur éducation est telle qu’elle favorise les comportements d’humiliations, d’emprises, d’agressions et de violences sexuelles.
Permettez-nous de vous redire que la violence n’est pas de la pédagogie.
Permettez-nous de vous redire que minimiser les conséquences de vos méthodes, c’est redoubler de violence à notre égard.

Nous dénonçons votre politique, économique et vénale.
Vous transformez vos acteur.ice.s en instruments, mis à la disposition de metteurs.euses en scène, parfois malveillant.e.s.
Institution dépersonnalisante.
Ouvrir des classes invitant un public de plus en plus jeune, prendre à charge des enfants à partir de 7 ans.
Et que faites-vous de cette responsabilité ?
Augmenter vos prix année après année.
Et que faites-vous de cet argent ? 

Les traumatismes subis par les élèves ne comptent pas tant que vous pouvez continuer à vous reposer sur votre titre d’école d’élite.
Tant que n’est pas mise à mal la réputation de votre petite entreprise. 
Nous avons échangé avec vous parce que nous voulions croire que votre inaction était le reflet de votre ignorance des faits. Nous nous attendions dès lors à des mesures fortes, à des enquêtes internes, à l’interdiction clairement formulée de l’utilisation de toute forme de violences psychologiques, physiques ou sexuelles.
Mais.
Les aménagements mis en place - mutation, cellule d’écoute animée par des professeur.e.s- semblent plutôt des invitations à étouffer ces affaires, à ne pas faire de vague, et décridibilisent en un même temps nos dénonciations. 

Nous comprenons votre intérêt au silence des victimes.  Les cours Florent ont une réputation à tenir.  Et votre réputation nécessite notre silence. Alors oui, nous entendons que nos douleurs ne sont pas belles à voir, qu’il vous faille détourner le regard au risque de tout remettre en cause.
Mais il vous faut cesser de maquiller la brutalité en art et de nourrir une violence systémique et institutionnalisée. 

Nous exigeons que vous preniez acte de nos déclarations et de nos souffrances.
Que vous condamniez fermement toute entrave à l’intégrité physique et morale de vos étudiant.e.s. 
Que vous dispensiez une écoute attentive aux élèves qui auraient subi ou assisté à des violences.
Que le cas échéant vous les accompagniez dans leurs démarches
judiciaires et médicales.
Que vous preniez des mesures vis -à -vis des professeur.e.s et des personnes incriminé.e.s.
Que vous mettiez en place un climat de travail sain, où ne sont tolérées ni les insultes, ni les agressions.
Que vous ne légitimiez plus la violence ni comme outil pédagogique ni comme méthode artistique.
Que vous dispensiez au contraire une formation très claire aux élèves en matière de violences afin qu’iels soient armé.e.s pour leur entrée dans le monde professionnel, dans un monde post #metoo où il n’est plus possible d’ignorer la maltraitance structurelle du monde du théâtre et du cinéma.Tant que cela ne sera pas acté, non, nous ne nous tairons plus. Non, nous n’allons pas régler ça ensemble, en interne.
Pas tant que la parole des victimes n'est ni entendue ni soutenue.

Rappeler aussi que toutes les victimes ne parlent pas.
Rappeler encore que nous avons tous.tes une responsabilité face à la violence.
Rappeler enfin qu’une école de théâtre ne doit jamais nous apprendre que le silence est un moyen de survie.
Rappeler toujours.

Les Callisto 

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