La nuit des jeunes filles en feu

Nous venons prendre ce qui nous est dû. Nous avons fini de demander.

Mardi soir, nous sommes 15 femmes déterminées, seaux et brosses à la main, prêtes à reprendre les rues. Nous retournons sur les lieux où nous avons été violenté.e.s et réprimé.e.s par les forces de l’ordre, la nuit du 7 au 8 Mars 2020. Durant cette marche nocturne du 7 en non-mixité (sans hommes cisgenre) nous avons chanté, dansé, scandé en choeur notre colère et nos revendications de manière pacifique. La police a violemment mis fin à ce moment qui devait permettre aux femmes et aux minorités de genre de se réapproprier l’espace public.

« Police nationale, milice patriarcale », « Police : tes violences ne nous ferons pas taire », « Matraque le patriarcat, pas nos soeurs » Voici ce que nous scandions sur les murs ce soir là. Autour des commissariats des 11ème et 12ème arrondissements, nous sommes là pour rappeler que la rue est à nous et que nous n’avons pas peur de riposter. S’ils nous ont brimé.e.s et terrorisé.e.s il y a 3 jours de cela, rien n’arrêtera notre lutte et nous continuerons à exprimer notre colère.

Alizée, Emma et Valentine ont préparé des collages forts : gouinasse, pute, salope... des insultes subies durant leur interpellation qui révèlent le sexisme, la lesbophobie et la putophobie ambiants chez les forces de l’ordre.

Notre rage légitime n’a fait que nourrir notre détermination et notre sororité, plus fortes que les violences policières. C’est ce que nous prouvons de Bastille à République en affichant ces injures dégradantes tout au long du chemin des militantes violentées .

A nouveau, l’intention a été de nous silencier : après une interpellation des policiers nous avons été forcées de décoller nos slogans. Venues dénoncer les violences policières du 7, nous voici une fois de plus victimes de leur volonté de nous faire taire ! Rappelons par ailleurs que les femmes victimes de violences sont accablées par les injonctions à aller porter plainte auprès de cette même institution au sein de laquelle prévaut la culture du viol. Mais notre voix est forte, nous sommes toujours puissantes et n’avons pas peur de continuer la lutte. Même face à la politique de terreur dictée par l’Etat et exécutée par le préfet Lallement, nous venons prendre ce qui nous est dû, nous avons fini de demander.

Nous sommes révoltées car ces violences ont visé une manifestation forte et non mixte. Néanmoins, la marche du 8 mars , mixte et moins marquante, s’est déroulée sans aucune intervention de la police. La répression est choisie : on tape quand le message est tranchant et dérangeant. Le féminisme est pluriel. Le nôtre est intersectionnel et inclut les minorités les plus opprimées. Toutes les femmes interpellées étaient blanches et ce n’est pas anecdotique. Nous utiliserons la visibilité due à notre privilège pour clamer haut et fort les oppressions subies par nos adelphes : personnes racisées, travailleuses et travailleurs du sexe, personnes migrantes, personnes transgenres, personnes de la communauté LGBTQIA+, personnes neuroatypiques et personnes non-valides. Nous nous souviendrons de cette date et nous continuerons la lutte, malgré votre politique de la terreur et de la violence perpétuée.

"La rue est à qui ?", chantions-nous cette nuit-là, puissantes et soudées. "Elle est à nous", est notre réponse unanime. Femmxs, levons-nous.

 

Cette soirée a été immortalisée par l'oeil bienveillant et asceré du photographe Maxwell Aurélien James, faisant parti du Collectif Oeil.

Instagram : @maxwellaurélienjames / @collectifoeil / et @collages_feminicides_paris

 

 © Maxwell Aurélien James / Collectif Oeil © Maxwell Aurélien James / Collectif Oeil

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