Pour un communisme retrouvé, un communisme de notre temps

Alors que s'ouvrent les travaux du 39e congrès, et que la gauche semble se disloquer à l'approche des échéances électorales de 2022, les communistes doivent à nouveau prendre en main la question du rassemblement sur des contenus de rupture. Militant.e.s et membres de la direction nationale appellent à un communisme de notre temps :

Aujourd’hui très essoufflé, le PCF pourrait, s’il s’en donnait les moyens, devenir à nouveau un acteur politique de premier plan. Certes, l’effondrement de l’immense espoir né de la révolution d’Octobre l’a atteint au cœur, comme tout le mouvement communiste. Et il ne s’en est pas encore relevé. Mais au moment où il s’apprête à fêter les cent ans de ses combats, il peut en être fier. Il a ouvert un horizon d’émancipation qui continue de marquer l’histoire de notre pays, apporté une contribution décisive à la résistance et à la victoire sur le nazisme, appuyé les mouvements en faveur de la décolonisation, soutenu et éclairé sans relâche les luttes sociales, et joué à plusieurs reprises un rôle clé dans notre histoire politique. Malgré une histoire parfois marquée par des erreurs lourdes de conséquences, il n’a jamais trahi son idéal ni sa raison d’être. En France, aucun parti ne peut se prévaloir d’un tel bilan. C’est ce qui lui vaut de disposer encore d’un poids politique important et, malgré la grande difficulté dans laquelle il est, d’être incontournable dans toutes tentatives de rassemblement à gauche.

Cette ténacité exceptionnelle est une chance pour notre pays. Car la roue de l’Histoire continue de tourner. Trente ans après la disparition de l’URSS, le combat communiste est en train de resurgir sous de nouvelles formes, parfois même de nouveaux mots. Avec l’intensification des crises économique, sociale et démocratique, avec la crise sanitaire historique qui s’abat sur le monde, avec la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité dont l’humanité pourrait bientôt mourir, les responsabilités directes du système capitaliste deviennent de plus en plus visibles et insupportables. Ce rejet grandit dans les esprits, en même temps que l’exigence d’une alternative de système. Jamais la question du communisme n’a été d’une telle actualité. Jamais l’exigence d’une révolution sociale, démocratique et écologique n’a été aussi pressante.

Mais pour redevenir la force politique importante dont la révolution à venir a besoin, le PCF doit cependant sortir de cette terrible situation où son affaiblissement le réduit à devoir choisir entre un rôle de caution de rassemblements de gauche, tacticiens, sans contenus émancipateurs réels, et une affirmation identitaire floue sans perspective de succès. Cela fait longtemps qu’il travaille pour cela à renouveler ses conceptions et ses pratiques. De congrès en congrès, il a élaboré une nouvelle vision du communisme. Il a cherché aussi, de différentes façons, à se libérer d’une stratégie qui l’assujettissait à la domination d’un PS progressivement converti au néolibéralisme. Face aux difficultés persistantes, il a hésité, tâtonné. Et au 38e congrès, en 2018, les communistes se sont divisés. Pour la première fois dans leur histoire, l’orientation proposée par la direction sortante a été repoussée.

Force est pourtant de constater que l’objectif annoncé par la nouvelle direction de combattre l’effacement du Parti n’est pas suivi d’effets. Nous continuons de nous affaiblir en nombre de militant.es et d’élu.es, en influence électorale et plus encore dans notre capacité à prendre des initiatives capables de nous faire voir et entendre des catégories populaires. Par ailleurs ce qui se passe à Vitry ou au MJCF nous inquiète, et nous entraîne dans une logique où les manœuvres politiciennes, voire d’épuration prendraient le dessus sur les exigences d’unité et de rassemblement.

Certes, tenter de devenir le premier parti communiste d’Europe à se relever de l’effondrement du « communisme historique » est une tâche considérable, et nous n’en sous-estimons pas les difficultés. Mais nous pensons que le futur de l’idée communiste ne se cultive pas dans la nostalgie et le retour en arrière, a fortiori dans ses aspects les plus critiquables. Nous pensons au contraire qu’il nous faut travailler à ancrer nos conceptions et notre action dans les réalités, les expériences et les luttes d’aujourd’hui. Et poursuivre nos efforts pour nous hisser à la hauteur des enjeux d’un communisme du 21e siècle.

Nous le pouvons si nous nous mettons vraiment à l’écoute de la société et des classes populaires d’aujourd’hui. Mouvement coopératif, remise en cause de la propriété privée, solidarité concrète, auto-organisation, autogestion, gratuité, communs numériques, fablabs, … dessinent la possibilité d’un communisme dégagé du seul rapport à l’État. Luttes sociales, féminisme, protection de la planète, antiracisme, renouveau internationaliste, pacifisme : des luttes autrefois séparées les unes des autres rassemblent chacune des millions de personnes – dont un très grand nombre de jeunes – pour mettre le capitalisme en accusation. Contribuer à leur convergence devient dès lors une exigence essentielle de nos efforts. Le rejet massif de la Ve République porte l’exigence d’un développement historique de l’intervention citoyenne comme fondement d’un nouveau modèle démocratique. En tous ces domaines, et bien d’autres, la société bouillonne d’initiatives, de luttes et d’aspirations qui appellent un communisme de nouvelle génération. C’est en prenant appui sur ces expériences, en contribuant à l’organisation de réseaux d’initiatives, et en produisant les réflexions et les propositions politiques susceptibles de favoriser leur développement que nous retrouverons notre place dans « le mouvement réel qui abolit l’ordre actuel ».

Nous le pouvons si nous prenons toute notre place dans la reconstruction de la gauche. Le séisme de 2017 a marqué la fin d’une conception désormais dépassée de la gauche. Le temps de l’hégémonie des forces politiques sur le mouvement social est définitivement derrière nous. Le temps de l’hégémonie d’un courant politique sur les autres l’est tout autant. Notre tâche est de contribuer à l’invention d’un rassemblement de nouveau type, d’un archipel de forces et d’initiatives diverses gardant chacune leur identité et leur indépendance d’action, et réunies par un socle commun de valeurs, de principes, de ruptures, et de propositions qu’elles travailleront ensemble à rendre majoritaires dans la société.

Nous le pouvons si nous laissons derrière nous la conception dépassée d’un parti centralisé et hiérarchisé où tout se déciderait en haut. Le choix du « pluralisme de droit », en 2001, fut un grand progrès qui a donné aux communistes la possibilité de décider librement de leur ligne politique et de leur stratégie. L’enjeu est aujourd’hui de permettre partout aux militant.e.s de maîtriser elles et eux-mêmes la nature et les conditions de leur engagement. Si nous voulons que le PCF redevienne le parti de la jeunesse, il faut répondre à l’exigence grandissante de prendre en main ses responsabilités et de décider de son action.

A tous les niveaux, les directions doivent susciter et nourrir le débat, construire les outils de la coordination de l’action et assurer la représentation du Parti partout où cela est nécessaire. Mais c’est désormais localement qu’il faut donner les moyens d’agir aux communistes eux-mêmes. Il y a urgence à replacer l’échelon local comme centre de l’initiative communiste, en soutenant les gestes d’organisation, en mettant en avant les pratiques de solidarité concrètes, en mettant à disposition des outils d’échanges horizontaux à l’intérieur du parti. C’est à cette échelle que peuvent se construire les liens et les convergences avec les milieux militants, celles et ceux de l’éducation populaire, comme avec la galaxie communiste dans son ensemble, à commencer par les très nombreux communistes qui ne sont pas ou plus membres du Parti.

Cent ans après la création de notre Parti, nous sommes à nouveau à un moment décisif de notre histoire. Ne laissons pas les difficultés avoir raison de nous. Ne cédons pas à la tentation de rebrousser chemin, décidons de poursuivre le travail d’actualisation de notre projet, de notre stratégie et de notre organisation jusqu’à reprendre pied dans la vie politique de notre pays en y apportant le sang neuf, l’énergie et l’enthousiasme d’un communisme retrouvé, d’un communisme de notre temps.

 

Les membres du Conseil National du PCF :

Hadrien Bortot (75), Silvia Capanema (93), Gregory Géminel (94), Vanessa Ghiati (92), Fabienne Haloui (84), Robert Injey (06), Sonia Masson (75), Anna Meyroune (89), Frank Mouly (77), Jean-Michel Ruiz (95), François Salamone (91).

 

 

 

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