Loi "Sécurité globale" : qui raconte l'histoire ?

Le documentaire Les Délivrés se penche sur la lutte sociale des livreurs des plateformes. Leurs mobilisations existent aux yeux de tous dès lors qu'elles se rendent visibles, devant des caméras, dans la rue. Ce projet de loi entrave la liberté des réalisateurs.trices et journalistes à exercer leurs métiers librement, nous ne pouvons pas rester silencieux face à une telle proposition de loi.

QUI RACONTE L'HISTOIRE ? Depuis hier, le projet de loi « Sécurité globale » est en discussion à l’Assemblée nationale. Ce texte porte une grave atteinte aux piliers sur lesquels repose notre démocratie : la liberté de manifester et la liberté d’expression.

Cette proposition de loi vise à donner des moyens considérables aux forces de l’ordre en généralisant la surveillance de l’espace public avec des drones mais aussi en exploitant les sources des caméras-mobiles de façon à identifier immédiatement les manifestants, ce qui encourage les interpellations préventives.

L’article 24 de la loi propose d’interdire, sous peine de 45 000€ d’amende et un an de prison, de diffuser « l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale ».

Deux solutions : flouter les agents des forces de l’ordre sur les vidéos, ou laisser sa caméra chez soi.

La présence des journalistes et réalisateurs.trices, professionnels ou amateurs, dérange. Mais ces images sont des documents précieux pour assurer le maintien de la démocratie, elles participent à une prise de conscience collective et garantissent la liberté d’expression.

Le documentaire Les Délivrés est né dans la rue, pendant que les livreurs des plateformes commençaient à structurer leur mouvement social. Pour raconter l’éveil politique de Clément, il a fallu filmer ses premières prises de parole au mégaphone. Pour raconter la colère de Wyssem, nous avons filmé le blocage des cuisines Deliveroo. Pour suivre l’évolution d’une lutte collective, il faut rester jusqu’à la fin des manifestations, première sommation ou pas. Filmer la rue, c'est raconter la société, nous en avons besoin.

Cette loi liberticide est un réel danger pour la démocratie et pour l’avenir du documentaire et du reportage en France, ce n’est pas à l’État de nous imposer un hors-champ convenable. Le texte étant encore débattu à l’Assemblée nationale, il nous semblait important de réagir et de nous positionner sur ce sujet tant qu’il est encore temps.

L'équipe du film

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