L’état du monde est écorché vif. En France, le démantèlement des acquis sociaux, le creusement de l’écart de classe et la banalisation du racisme ont, entre la séquence Gilets Jaunes de novembre 2018 et celle que nous connaissons en cet automne-hiver 2025, monté en intensité.
L’élan de contestation qui anime le Mouvement du 10 Septembre, qu’on appelle également le « septembrisme », ne surgit pas de nulle part. Il est le résultat d’une succession de révoltes qui ont dû trouver leur ancrage dans le temps long, et dont la spécificité consiste à court-circuiter les modes opératoires traditionnels, à savoir les manifestations encadrées par les syndicats et toute réponse institutionnelle circonscrite à une logique de réforme (amendements, et lois en tous genres). À la méfiance envers la lutte syndicale s’est ajoutée celle de la lutte entreprise par un Parti officiellement inscrit au sein de la Vème République, et ce peu importe l’idéologie soutenue par ce dernier. La répression policière, autrefois limitée aux quartiers populaires et ciblant prioritairement les personnes racisées, s’est également étendue à toute radicalisation populaire en défiance à ce qui s’avère être une crise gouvernementale.
La crise sociétale, toujours larvée dans les manœuvres réactionnaires des institutions à l’égard des minorités et notamment ethniques (ce qui sera le sujet de cet article), se conjugue à une crise gouvernementale. Cette dernière s’est déployée hâtivement à travers des 49.3 en série, la dissolution de l’Assemblée Nationale de l’été 2024, et l’effet « chaise tournante » qu’est devenu le poste de Premier Ministre. La crise de l’accès aux ressources, elle, progresse à l’aide de l’inflation galopante inversement proportionnelle à la stagnation des salaires et à la hausse des loyers. A l’heure où nous écrivons ces lignes, la préparation insidieuse d’une économie de guerre nous fait miroiter un affrontement avec la Russie. De plus, cette lente militarisation des esprits phagocyte une large partie du budget consacré aux protections sociales et autres secteurs de première nécessité (hôpitaux, éducation).
Si l’on s’en tient à un diagnostic léniniste de la loi des trois crises : nous approchons de conditions favorables à une Révolution.
Mais… les Français.e.s et francophones post-colonisé.e.s dans tout cela ?
Et bien, nous pouvons dire que globalement nous nous accrochons fermement aux sirènes du néo-libéralisme. Cette idéologie nous persuade de l’idée selon laquelle l’effort au travail, vertu cardinale aux accents sacrificiels, finit toujours par être récompensé d’une façon ou d’une autre, avec la grâce de Dieu en bonus pour celui/celle qui a la foi. Cet effort par ailleurs émane seulement de l’individu, porté par les vertus de son éducation, de son instruction, de son expérience doloriste d’un monde qui n’est pas avare en obstacles. En France, il suffirait d’allier un travail acharné, la rencontre des bonnes personnes à travers le réseau professionnel, la création d’opportunités, et un zeste de chance, pour parvenir à l’accomplissement, et donc à une certaine idée de l’émancipation. En se focalisant sur un horizon matérialiste restreint, c’est-à-dire en faisant fi du maintien de l’écart de classes par l’État bourgeois, et en déniant totalement le mécanisme raciste qu’il entretient pour se préserver, nous fonçons en slow motion en plein dans le mur.
Dans le cadre du néo-libéralisme, par sa logique de concurrence entre les individus (concurrence de moins en moins libre puisque corrélée à une concentration monopolistique des richesses et de la création de richesses), nous autres racisé.e.s consentons majoritairement à nous terrasser dans l’Arène du Capital. Au sein des populations noires africaines et afrodescendantes (dont l’auteur fait partie), nous nous focalisons sur l’auto-entreprenariat, en nous baptisant « afropreneurs », bâtisseurs du monde de demain « pour les nôtres », en nous répétant comme des suppliques depuis l’Europe que le futur sera africain.
Et pendant que nous nous rêvons bourgeois avec une touche afro, une couche de plus en plus importante de prolétaires Blancs se montrent de plus en plus tentés par le vote RN, entretenant alors leurs affects réactionnaires et ce que la militante décoloniale Houria Bouteldja qualifierait de « pacte racial ». Ce phénomène atteste ainsi d’un fait qui apparait comme complètement paradoxal si l’on s’en tient à une lecture uniquement classiste de la société française : le prolétaire blanc se sent plus proche de son bourgeois exploiteur de la même couleur, plutôt que de son semblable en galère. Et si l’on ne comprend pas que ce processus, de prime abord incohérent du point de vue de la lutte d’émancipation, nait d’une solide implantation indifférenciée de la sainte loi du marché au sein de nos esprits, certes, mais également d’une absence d’autocritique de la gauche révolutionnaire, il est compliqué d’avancer vers la victoire. Il est complexe pour le « gauchiste » (au sens léniniste du terme) empreint d’une pureté militante (souvent blanche) de comprendre que nous autres racisé.e.s pouvons également devenir des néofascistes si nous refusons de prendre au sérieux les biais auxquels nous sommes systématiquement exposé.e.s. Parmi ces biais, nous pourrions évoquer notre détresse quotidienne émanant de la pression de devoir se positionner dans un camp ou dans l’autre pour pouvoir être socialement admis.e dans l’Espace Blanc, où nous ne sommes jamais considéré.e.s autrement que comme des tokens. Les organisations rouges-brunes, elles, ont rebondi sur l’occasion pour polluer les esprits les moins politisés, et les plus démunis psychologiquement. Elles ont sciemment travesti les affects révolutionnaires. Elles ont réussi à attaquer, à l’aide d’une apparence de bon petit patron investi de vertus religieuses et du culte du labeur, la contestation de gauche radicale de telle sorte qu’elle soit une option complètement écartée du champ des possibles. Le confusionnisme politique, que ces mouvances incarnent puissamment depuis au moins la fin des années 2000 (à travers la prolifération des réseaux sociaux), s’est suffisamment intégré au sein de nos mécanismes d’appréhension des faits objectifs pour avoir contribué à l’hégémonie de la pensée d’extrême droite. Sa posture « ni gauche ni droite », extrême-centriste, a assoupli ce confusionnisme pour avoir au final dupé une part importante de racisé.e.s, alimentant ainsi deux versions de cette fascisation des esprits, à savoir :
le « fascisme bourgeois » : appellation qui pourrait passer pour un pléonasme, ce fascisme s’incarne à travers une droite grossièrement assumée, mais massivement relayée à travers le monopole des médias détenus par des milliardaires revendiquant un catholicisme traditionnel et une uniformité civilisationnelle, c’est-à-dire raciale. Nous pouvons énumérer pêle-mêle les comités éditoriaux des journaux télévisés ; les ascensions sociales des influenceurs acquis aux mêmes idéaux (qui peuvent même finir par être recrutés au sein de ces mêmes comités) ; les productions audiovisuelles noyautées par les patrons de chaînes qui peuvent directement intervenir au sein d’un contenu pas de leur goût (lorsqu’ils ne créent pas leur propre contenu en tentant de le diffuser en salles obscures). Leur projet, déployant les outils contemporains de la plus vieille tradition fasciste pour mieux la renouveler, consiste à mobiliser nos affects et nos plus bas instincts. Ils privilégient ainsi une lecture sensationnaliste d’une série de faits divers. Cela a pour effet de créer non pas un système de pensée orientée sur l’analyse objective des rapports de force à l’épreuve du Réel, mais un système de réflexes imbibés d’une subjectivité idéaliste qui convoque un certain Imaginaire : le culte de l’ordre (et de la force de l’ordre), de la discipline (avec la sanctification du travail auquel d’ailleurs en tant que Bourgeois il ne participe pas), et de ce qui est considéré comme étant la hiérarchie naturelle entre les êtres humains selon leurs appartenances culturelles, sexuelles, genrées. D’ailleurs, il est important de préciser que le « fascisme bourgeois » contemporain souhaite se débarrasser de l’État qui freine le déploiement de son marché, et qui menace la conservation de ses intérêts de classe. A ce titre, nous pourrions ranger l’idéologie libertarienne comme une expression insidieuse de ce « fascisme bourgeois ».
Le « fascisme populaire » : qui s’exprime à travers un populisme prônant la démocratie directe et participative, mais guidée par une personnalité qui ferait figure d’autorité intellectuelle et morale. Cette figure icônisée, et volontiers narcissique, use d’une phraséologie convoquant à tue-tête les vagues notions de « peuple » et « d’élite », pour les confronter l’une l’autre par du name-dropping sans réelle lecture de classe. Les notions marxistes telles que la « bourgeoisie », le « prolétariat », ou les analyses du phénomène crucial qu’est « la baisse tendancielle du taux de profit », sont sciemment ignorées. Pourquoi ? Car elles sont souvent considérées par cette figure, qui parvient à trouver la meilleure des excuses, comme trop complexes et pas suffisamment fédératrices, alors qu’elles menacent en réalité sa position de classe, souvent bourgeoise. Concilier les classes à terme en manipulant les désirs de rupture devenant des volontés de réforme, voilà sa stratégie.
En exposant ainsi ces deux modes d’expression du fascisme en France, il est important de préciser qu’une frange1 des Gilets Jaunes fut tentée par ce fascisme populaire. Cette frange manifestait ce biais fascisant à travers un discours conspirationniste, et une mentalité bien plus réformiste que révolutionnaire à l’égard d’un État auquel il suffirait de présenter ses doléances. Nous pourrions également pointer la sanctification du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), encore présente au sein du Mouvement du 10 Septembre. Cet outil incarne de façon excessive aux yeux d’une partie des septembristes post-Gilets Jaunes une sorte de proto-gouvernement en soi, alors qu’il n’est qu’un instrument au sein d’un appareil constitutionnel hérité de la Constitution (jamais appliquée) du 24 juin 1793. D’ailleurs, c’est une chose de convoquer cette Constitution avortée, c’en est une autre de mobiliser un accompagnement éthique et idéologique s’il s’agit de la réanimer, afin de ne pas reproduire à l’égard des populations racisées de nouvelles formes de domination.
Et justement, face à cette offensive réactionnaire, les populations racisées de France qui n’y cèdent pas, ou bien qui se repentent, font alors face à trois types de solutions socialistes, à l’horizon communiste plus ou moins palpable :
Le socialisme réformiste : couramment appelé la « social-démocratie » (et contracté en « soc-dem » dans la langue militante de gauche), ce socialisme consiste à concilier la bourgeoisie et le prolétariat à travers l’amélioration du principe républicain au sein de l’État à conserver. Pour la frange « radicale » de cette social-démocratie, il s’agit de rompre avec la Vème République néo-monarchiste pour en créer une nouvelle, à partir des bases inappliquées de la Ière République issue de la Révolution Française. La Constitution du 24 juin 1793, sapée par la guerre engagée contre l’Empire austro-hongrois et les trahisons thermidoriennes préfigurant le bonapartisme, niche des lois qui, articulées à une lecture décoloniale « modérée » (c’est-à-dire compatible avec les principes républicains français), semblent y être un idéal de gouvernance.
Le socialisme anarchiste : défendu par cette gauche qu’on qualifie tour à tour d’extrême gauche ou d’ultra-gauche, ce socialisme prône une approche spontanéiste de la lutte contre le Capital. En d’autres termes, il s’agit de partir du principe que c’est l’action directe et spectaculaire émanant d’un groupe autonome à l’égard de la masse qui fera basculer le cours de l’Histoire. La destruction de l’État sans étapes intermédiaires, l’abolition de toute autorité et même d’une avant-garde éclairée allant dans ce sens, se conjugue à une organisation fédérale et autonome de la société post-capitaliste qui débriderait toute expression minoritaire. Ainsi, le socialisme anarchiste refuse tout centralisme néo-jacobin qui structure l’État français jusqu’à aujourd’hui, et lui préfère une assemblée horizontale de plusieurs localités autosuffisantes qui abolissent, contrairement aux anarchistes individualistes (les libertariens d’aujourd’hui), la propriété privée afin de s’inscrire dans une optique communaliste.
Le socialisme marxiste : a contrario du socialisme anarchiste de tendance idéaliste, ce socialisme privilégie la grille d’analyse marxiste pour comprendre les dynamiques de lutte de classes au sein d’une société de façon matérialiste et dialectique. En ce qui concerne les formes de gouvernance qu’il peut incarner depuis qu’il existe, il s’est souvent déchiré entre deux types de communisme. Le premier type de communisme est léniniste. Il consiste à privilégier une avant-garde éclairée structurée à travers un Parti. Ainsi, une vision centraliste et autoritaire est nécessaire afin de préparer l’avènement de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire la rupture avec la démocratie bourgeoise, et donc avec l’État qui en est le support. Cependant, il s’agit malgré tout de jouer avec la forme-État et la forme-Démocratie de façon temporaire. L’Histoire nous a prouvé que cette stratégie pouvait aboutir à une bureaucratie de type stalinienne. Le deuxième type de communisme est conseilliste (qu’on appelle également « communisme des conseils »). Il a été porté de façon fugace par des figures allemandes comme Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht (assassiné.e.s en 1919, soit quatre ans après la fondation de la Ligue spartakiste par les corps-francs). Le conseillisme entre en contradiction avec le léninisme en ce qui concerne la forme autoritaire et le parti d’avant-garde. Le conseillisme promeut davantage l’auto-organisation ouvrière par le biais des conseils qui fonctionneront par le biais d’une démocratie directe (en usant du mandat impératif et révocable, hérité de la Commune de Paris de 1871), plutôt que ces derniers soient dirigés par des commissaires du peuple façon bolchévique. La chose commune entre ces deux propositions politiques est l’abolition de la propriété par le biais d’un collectivisme chapeauté par un État qui est censé être transitoire. Cette abolition de la propriété fait historiquement défaut aux sociaux-démocrates.
Une fois ces solutions socialistes exposées : quelle est la meilleure option pour un.e racisé.e souhaitant engager une lutte décoloniale ? Et d’ailleurs, n’y-a-t-il que ces options-là au regard de nos dynamiques de lutte contemporaines ?
Mais avant de proposer les options favorables, il nous faut nous concentrer sur un outil politique à disposition des racisé.e.s issu.e.s du continent africain qui devrait cesser d’être négligé. Cet outil est le panafricanisme. L’expérience socialiste antifasciste, quelle que soit l’option choisie, doit s’articuler à l’échelle de la diaspora africaine, mais également ultra-marine, à travers une notion renouvelée et précise du panafricanisme. Le renouvellement révolutionnaire de la lutte panafricaine (car elle peut également être réactionnaire) a la capacité de s’articuler à la fois au sein des territoires qui nichent les manœuvres impérialistes (à savoir les territoires occidentaux, dont la France), et au sein des territoires qui les subissent (les territoires d’Afrique francophone, et les DOM-TOM).
À ce titre, nous ne pouvons pas ne pas évoquer les révoltes populaires de la Gen Z qui se sont déclenchées en fin d’été/début automne 2025 au sein de nombreux pays du « Sud Global » (ex-« Tiers-Monde ») au Népal, à Madagascar et au Maroc (entre autres). Concentrons-nous sur le cas malgache, ex-colonie de l’ex-empire colonial français qui semble cristalliser la tentative (plus ou moins échouée, mais encore en germe) d’une jeunesse à la fois autochtone et diasporique d’enclencher une révolution populaire.
En dehors des circonstances techniques qui ont précipité la chute du président Andry Rajoelina, et l’avènement d’un gouvernement de transition assuré par le Président de la « Refondation de la République de Madagascar » qu’est le colonel Michaël Randrianirina, il s’agit d’abord de l’impulsion spontanée d’une jeunesse malgache ayant fait face aux répressions policières. Elle a essuyé, dans une première phase de manifestations, des tirs de balles réelles et de violentes exactions (dont un policier mettant le feu aux cheveux d’une insurgée pour la punir) mêlées de jets de gaz lacrymogène. Bilan : au moins une vingtaine de mort.es et une centaine de blessé.e.s selon l’ONU. Si la mobilisation citoyenne de cette génération officiellement née après 1998 dans la rue fut spectaculaire et courageuse, la stratégie opportuniste de soldats opposés au gouvernement jusqu’ici en place pour contourner le Coup d’État, n’a pas été suffisamment anticipé par celle-ci. Le rapprochement de façade de cette faction de l’armée auprès des citoyen.ne.s malgaches insurgé.e.s, en faisant mine d’écouter leurs doléances avant de les trahir, est symptomatique non seulement de l’immaturité des contradictions de classe au sein des pays non industrialisés, mais également des limites fixées par les dimensions culturelles, et cultuelles, d’un pays où la contestation de l’autorité est taboue et le respect des anciens (quels qu’ils soient) est fondamental. De plus, la spécificité des contextes postcoloniaux réside également dans la dimension aliénante de peuples post-traumatisés (que ces derniers soient autochtones ou diasporiques). Ainsi, une lecture psychologique, via notamment les travaux-pivot du psychiatre anticolonialiste martiniquais Frantz Fanon, doit être soigneusement articulée à l’approche matérialiste-dialectique, et collective, des rapports de force qui s’opèrent au sein des territoires néocolonisés.
Ceci étant dit, il faut prendre garde à ne pas prendre ces échecs comme intrinsèques à une culture ou à une civilisation, auquel cas il s’agirait de racisme et de paternalisme. Il s’agit plutôt de pointer le conflit permanent de territoires post-colonisés qui n’ont d’autre choix que de trouver leur propre socialisme, afin de mettre en branle ce mix entre une démocratie représentative à l’occidentale et un « ethnicisme »2 issu du découpage colonial du continent lors de la fameuse Conférence de Berlin (1884-1885)3.
En fixant un cadre fédéral à ce déploiement continental de socialismes adaptés aux réalités des pays africains, la jeunesse diasporique insurgée, en connexion régulière avec le pays d’origine, a la capacité de lui partager son expérience des luttes de classe occidentales. Cela pourrait alors déboucher sur des stratégies offensives non négligeables afin d’alimenter de nouveaux foyers d’insurrection. Cette diaspora révolutionnaire a désormais la tâche cruciale d’organiser, avec humilité et esprit de collaboration auprès des insurgé.e.s autochtones, les conditions d’avènement d’une révolution. Mais cette jeunesse insurgée, qu’elle soit malgache, marocaine, d’Afrique francophone et plus largement ultra-marine, a également le devoir de sensibiliser les insurgé.e.s français.e.s blanc.he.s de l’hexagone quant à leur responsabilité dans le chaos perpétré au sein de pays historiquement liés à la France. Et cette responsabilité se traduit généralement par un mécanisme de déni symbolique de l’existence et de la souffrance de ces territoires néo-colonisés, ou bien par la consommation de biens qui intensifient l’exploitation de ressources au sein de ces zones géographiques. J’en veux pour preuve l’exploitation écocidaire, et génocidaire, du cobalt et du coltan de la République Démocratique du Congo. Ces minerais servent à fabriquer nos consoles de jeux vidéo et nos smartphones par le biais desquels on télécharge nos applications de lutte contre le macronisme.
Ce devoir de sensibilisation, qui doit également cibler les franges aliénées des populations racisées complètement engluées dans leurs fantasmes néo-libéraux, nécessite un dépassement du syndrome de l’imposteur dès lors que nous nous trouvons au sein d’Assemblées Générales majoritairement blanches. Il est impératif de transgresser cet ordre symbolique post-colonial du Blanc qui parle et du Non-Blanc qui écoute, de créer et alimenter des ponts afin de mettre en commun non seulement ces stratégies de sensibilisation, mais également les offensives à venir qui devront finir par être communes à toutes et tous. Puisqu’au final, la révolution nous concerne aussi, et plus que jamais. Le prochain rendez-vous est celui de la semaine noire. Préparons-la toustes ensemble ! Cliquez ici pour rejoindre le groupe Telegram national.
Djanda M.
1 Ce constat se base entre autres sur ce que j’ai pu observer lors de ma participation aux Actes des Gilets Jaunes à Lyon. Des mouvements royalistes et néofascistes locaux, membres de l’Action Française et de l’enfant du GUD (Groupe Union Défense) qu’était le Bastion Social (dissous en avril 2019 puis recomposé en plusieurs autres groupuscules, dont « Lyon Populaire »), se mêlaient au mouvement. Cela a provoqué une série d’affrontements avec la frange antifa des GJ, dont celui de l’Acte 13 (filmé et posté sur les réseaux sociaux), et un autre qui a eu lieu dans le quartier de la Guillotière. Ce quartier, historiquement anarchiste et majoritairement composé d’une immigration algérienne, congolaise et chinoise a été, suite au déconfinement, médiatiquement exploité par le Rassemblement National (à travers la figure émergente Jordan Bardella) pour y propager son discours sécuritaire. Et plus largement, la volonté de la majorité des Gilets Jaunes de se dissocier des Black Blocs pour policer sa colère ; les biais fascistes de certains Gilets Jaunes constituants (l’ennemi franc-maçon ; le ni gauche-ni droite ; la fixette sur la banque et l’usure façon Ezra Pound ; l’anti-« wokisme ») ; la popularité de la théorie complotiste de l’abolition de la Constitution par décret en 2017 propagée par l’ex-militaire Serge Petitdemange pour justifier le renversement du macronisme : autant d’exemples qui me poussent à constater l’existence de cette tentation.
2 Il s’agit de pointer une récurrence des conflits interethniques dans les pays d’Afrique francophone via, d’une part, la configuration centralisatrice du pouvoir s’appuyant sur un appareil constitutionnel bien souple, et d’autre part, via la cooptation, avec la complicité des États impérialistes, d’une bourgeoisie locale appartenant à l’ethnie majoritaire. Cette dernière bénéficie de l’exportation de matières premières, et confisque l’accès aux droits fondamentaux du reste de la population. C’est un système que le panafricaniste socialiste ghanéen Kwamé Nkrumah qualifiait en son temps de « néocolonialisme » et qui, dans une continuité à l’ouvrage de Lénine L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrivit le sien en 1965 intitulé Le néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme.
3 Ce découpage des frontières, qui a façonné l’organisation géographico-politique de l’Afrique telle qu’elle existe encore aujourd’hui, aboutit à des situations de consciences nationales effritées où, par exemple, les Malinkés de Guinée-Conakry et les Bambaras du Mali appartiennent au même Peuple : celui issu de l’ancien Empire Mandingue. Mais techniquement, du point de vue de la configuration postcoloniale de l’État-Nation, ils n’ont pas la même nationalité.