Revitaliser notre démocratie par ses territoires : avant mai 2022, il y a juin 2021 !

Alors que tous les regards sont d'ores et déjà tournés vers l'élection présidentielle française de 2022, nous écologistes en campagne pour les élections régionales de juin prochain avons voulu rappeler l'importance fondamentale de ces échéances électorales pour tout un chacun :

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Les élections régionales auront lieu les 20 et 27 juin prochains. Mais les Françaises et les Français sont-ils réellement au courant de ces échéances électorales fondamentales pour la santé démocratique de nos territoires ? Etant donné l’état du débat public actuel, il est permis d’en douter : non seulement toute l’attention politico-médiatique est d’ores et déjà focalisée sur l’élection présidentielle de mai 2022, mais en plus une petite musique nauséabonde, faite de crispations identitaires, de paniques morales et de stigmatisations orchestrées de pans entiers de la population ne cesse d’être jouée. Dernier épisode en date, le 21 avril dernier, lorsque un quarteron de généraux de réserve publie dans le journal Valeurs Actuelles un appel au putsch à peine déguisé, signé par près d’un millier de militaires et soutenu par Marine Le Pen. La date du 21 avril n’est pas choisie au hasard, ne rappelant pas simplement à toute une génération le traumatisme de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle le 21 avril 2002, mais invoquant également pour la génération précédente le 21 avril 1961, lorsque des généraux factieux déclenchaient un “putsch” et leur tentative de coup d’État depuis Alger, contre De Gaulle et sa décision de négocier l’indépendance de l’Algérie. 

Si les réactions politiques à ce type de provocation étaient à la hauteur, si les digues républicaines étaient suffisamment solides, si notre démocratie et notre contrat social étaient partagés et respectés, il n’y aurait pas matière à s’inquiéter. Mais force est de constater que ce n’est pas le cas. Le mouvement des Gilets Jaunes a démontré pendant plus d’un an à quel point notre pays souffrait d’une crise économique et sociale, mais également d’une crise profonde de la représentation. Les réponses politiques de la majorité à ce soulèvement populaire inédit depuis des décennies n’ont sans doute fait qu’alimenter la frustration de toute une partie de la population, persuadée à raison de ne jamais être écoutée. A part quelques esprits zélotes, qui oserait dire aujourd’hui que le “Grand Débat” ou la Convention citoyenne pour le climat ont été pris au sérieux, et suivis de décisions démocratiques, susceptibles de réconcilier le peuple français avec ses représentant.e.s ?

Notre pays est malade, et pas seulement du fait de la Covid 19, mais de l’extrême centralité de ses institutions. La 5e république est plus que jamais, 63 ans après sa proclamation, une monarchie républicaine concentrée entre les mains de quelques-uns, dont la figure centrale, le Président de la République. Au fil des années, avec notamment l’adoption du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral entre présidentielle et législatives, le Parlement a été vidé de tout son poids politique. Les corps intermédiaires ne sont plus respectés, et l’ensemble de la vie politique française ne semble plus tourner qu’autour d’un feuilleton puéril sur la personnalité du locataire de l’Elysée, quel qu’il soit. Tant et si bien que la démocratie de notre pays ne s’exprime plus que tous les 5 ans, et encore, pour effectuer un choix de rejet pour une immense partie de la population (Emmanuel Macron concentre aujourd’hui tous les pouvoirs sur un score de vote stratège d’environ 18% des électeur inscrits au premier tour de la présidentielle d’avril 2017). Notre démocratie étouffe, et avec les inégalités grandissantes,  c’est un des principaux carburants de la résistible ascension du Rassemblement national et de l’extrême droite. 

Alors plutôt que de rentrer dans cette logique institutionnelle de tout à l’égo et d’obsession présidentielle, et sans attendre un “grand soir” institutionnel improbable où une 6e république enfin démocratique viendrait nous sauver, si nous accordions toute notre attention aux prochaines échéances électorales ? Avant mai 2022, il y a juin 2021, et les élections régionales et départementales. Celles-ci sont essentielles pour la vitalité démocratique de nos territoires. Les conseils régionaux ont par exemple en charge le développement économique, l’aménagement du territoire, la formation professionnelle, la gestion des lycées, les transports, le développement culturel et scientifique… autant de prérogatives ayant des impacts très concrets sur nos vies, souvent bien plus que toutes les opérations de communication en provenance de l’Elysée et de Matignon. Or, à moins de deux mois de ces élections, qui en parle réellement ? Celles-ci sont considérées comme des élections “intermédiaires” et d’ailleurs un certain nombre de présidents sortants ne donnent pas vraiment l’exemple en considérant leur réélection à la tête de leur région comme une simple “formalité” nécessaire dans leur course vers l’Elysée, à l’instar de Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse. 

Pour nous, écologistes, ces élections ne sont pas un marchepied vers de plus hautes destinées. Au contraire, elles constituent un maillon essentiel de notre démocratie, un outil fondamental pour répondre aux enjeux très concrets de notre temps, dont en premier lieu la transition écologique, au plus près des habitant.e.s sur leur territoire. C’est pourquoi nous nous y investissons à 100 %, conscients de nos responsabilités face aux urgences écologiques, sociales et démocratiques. Et c’est pourquoi nous souhaitons, si nous sommes élu.e.s à la tête de nos régions et de nos départements après les 20 et 27 juin prochains, mettre en oeuvre parmi nos premières mesures de véritables Conventions citoyennes pour démocratiser et ouvrir ses institutions au plus grand nombre et décider ensemble de l’avenir de nos territoires. Notre démocratie étouffe et cela nourrit l’extrême droite et son vote de colère et de rejet des corps constitués. Redonnons-lui du souffle grâce à nos territoires et nos collectivités en votant en juin prochain pour notre avenir plutôt que de rester des spectateurs atterrés de la prochaine présidentielle. A l’échelle de nos régions, reconstruisons dès le mois de juin notre liberté, notre égalité, notre fraternité. 

Signataires :

Julien Bayou, Secrétaire National d’EELV, et candidat écologiste à la présidence de la région Ile-de-France 

Claire Desmares-Poirrier, candidate écologiste à la présidence de la région Bretagne

Charles Fournier, candidat écologiste à la présidence de la région Centre Val-de-Loire

Fabienne Grébert, candidate écologiste à la présidence de la région Auvergne Rhône-Alpes

Stéphanie Modde, candidate écologiste à la présidence de la région Bourgogne Franche-Comté

Thomas Portes, porte parole de Génération.s

Benjamin Joyeux, candidat écologiste aux régionales pour la Haute Savoie

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