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Billet de blog 11 nov. 2018

Entretien avec Diego Governatori à propos de son film Quelle Folie

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Quelle Folie, Diego Governatori, 2018

Pour quelle raison avez-vous choisi “le syndrome autistique d’Asperger” comme sujet de votre film ?

Davantage que le syndrome lui-même, c’est Aurélien qui a été le déclencheur et le vecteur du film. Mon désir de le filmer s’était développé avant même de connaître son syndrome autistique. J’avais d’ailleurs entamé un scénario de fiction avec lui. Mais lorsqu’il a commencé à me parler de toutes les sensations que la découverte de son autisme lui avait révélées, et en me confiant qu’il n’arrivait pas à les transcrire par écrit, il m’a semblé évident qu’un travail documentaire devait s’engager. Aurélien a beaucoup travaillé en amont du tournage pour tenter de circonscrire un territoire de parole. Il voulait comprendre en quoi son être était vicié, en quoi ses modalités d’adresse dysfonctionnaient et le coupaient ainsi de l’Autre, et surtout en quoi l’autisme allait pouvoir l’aider à esquisser des éléments de réponse. Sa faculté à élaborer une pensée et à la restituer ont été des forces qui ont alors accompagné l’élaboration du film.

Pourquoi avoir choisi de centrer le film sur Aurélien ?

Il y a d’abord le désir de filmer un ami. Le lien qui nous relie est avant tout un lien d’amitié, et l’idée de faire un film sur, ou plutôt avec lui, est venue principalement de l’intensité de notre relation, marquée par quinze années à échanger sur l’état du monde ou sur ce qui agitait nos vies. J’ai très vite été marqué par sa volubilité, ses fulgurances, ses visions, mais aussi par ses angoisses et ses dérives. Lorsqu’il m’a confié qu’il avait été diagnostiqué autiste par un psychiatre, ça n’a rien changé sur le regard que je portais sur lui, ça l’a orienté. Car parmi les symptômes rapportés par le diagnostic, on reconnaissait notamment une utilisation atypique du langage. L’envie de faire ce film s’est alors accrue, car il me semblait important de comprendre l’usage qu’il faisait de sa parole, et ce qui pouvait en découler.

Pourquoi avoir emmené Aurélien à San Fermin au milieu des ferias?

Désireux de sortir Aurélien de chez lui et de trouver un lieu spécifique pour notre expédition, mon choix s’est en  effet porté sur cette immense manifestation populaire que sont les ferias de la San Fermin à Pampelune. Troisième plus grande fête populaire du monde, le centre ville devient chaque année un carrefour bouillonnant où plus d’un million et demi de personnes se croisent, toutes unies par le traditionnel habit blanc et le foulard rouge noué autour du cou. De par ses ruelles étroites, Pampelune est un labyrinthe moderne que la foule compacte envahit, dressée comme un seul corps. Il me semblait significatif d’aller chercher un lieu aux confins du réel, afin que les énergies collectives qui s’y déploient puissent faire directement écho à ce qui se joue dans la vie d’Aurélien: le filmer seul au milieu des autres dans cet espace qui n’est autre que l’envers de son petit théâtre solitaire et quotidien, un espace où le réel et l’allégorie ne font plus qu’un, et observer comment sa pensée se fraye un chemin, pareille à ces taureaux qu’on lâche dans les rues et qui bousculent tout sur leur passage.

Est-ce que le changement d’espace a influencé le personnage ?

Je tenais beaucoup à ce que les espaces traversés jouent un rôle d’intensificateur des sensations d’Aurélien, mais aussi des miennes. Je voulais trouver des espaces qui allaient à la fois nous accueillir, et nous mettre en danger. Et puis il était important que le film ne se contente pas de rendre compte d’une parole, mais qu’il l’inscrive dans un environnement qui puisse servir de caisse de résonance pour faire vibrer son intériorité, afin de mieux la partager.

Comment avez vous relié la corrida et le syndrome d’Asperger ?

En les rapprochant de la sorte, j’avais le désir de construire des points de résonance. Aurélien m’a souvent dit qu’il se sentait assassiné par le social tous les jours, et qu’il était pour lui presque impossible d’occuper une place au milieu des autres. Une arène a cela d’impitoyable, l’animal est cerné, il ne peut plus en sortir. Aurélien me parlait de cela, de certaines attitudes sans pitié à son égard. Il avait l’impression que les gens ne comprenaient pas qui il était vraiment.

propos recueillis par Ai Lin Mu

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