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Billet de blog 12 nov. 2019

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LES HERBES FOLLES // Entretien avec Dounia Wolteche-Bovet

"J’ai eu envie de comprendre d’où venait ce désir vital d’une souveraineté sur son propre corps, cet instinct presque sauvage de ne pas dépendre des institutions".

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Dans ce film, votre mère revient principalement sur les histoires de ses grossesses. Vous l’avez réalisé alors que vous étiez vous même enceinte. Pourquoi aborder ce sujet, s'agissait il pour vous d’une sorte de démarche introspective ? 

J’étais enceinte lorsque ma mère m’a annoncé qu’elle avait un cancer. Elle a évoqué son souhait de ne pas mourir à l’hôpital. J’étais en train de m’organiser pour pouvoir accoucher à la maison. J’ai eu envie de comprendre d’où venait ce désir vital d’une souveraineté sur son propre corps, cet instinct presque sauvage de ne pas dépendre des institutions, en particulier au moment de la naissance et de la mort. Je sentais qu’elle m’en avait transmis une part et je voulais savoir comment s’était effectuée cette transmission ; c’est comme cela que le film est né.

Votre question est intéressante car faire un film en cours de grossesse n’est pas anodin. Pour moi, la grossesse a été un moment où mon rapport au temps s’est profondément modifié. Je ne parvenais plus à m’encadrer dans le temps gouverné par les horloges et les rendez vous ; d’un autre côté je me sentais en contact intense  avec différentes époques de ma vie, voir même avec des époques que je n’avais pas connues, comme si le présent était devenu perméable. Ce contact se manifestait notamment par des rêves. On dit qu’avant la mort c’est toute la vie qui se déroule en quelques secondes ; pendant les neuf mois de ma grossesse j’ai eu l’impression que chaque moment du passé revenait, remontait à la surface avec toute sa charge émotionnelle pour se confronter à la personne que j’étais devenue et peut-être à celle qui allait naître. Entendre les récits d’Axelle, c’était une épreuve, mais c’était aussi un mouvement de vie, de réappropriation du passé.

Dans un cadre très naturel, votre mère aborde notamment sa volonté de ne pas dépendre des institutions de soin, aussi bien pour la mise au monde que pour ses derniers jours. Le choix de titre Les Herbes folles est il représentatif de cette philosophie et de la notion de cycle de vie évoquée par votre film ? 

Les Herbes folles, c’est un hommage au livre de Platonov, Les herbes folles de Chevengour, que j’aime énormément. Certaines personnes m’ont dit voir en Axelle une herbe folle, libre, indomptable…  Mais pour moi les herbes folles ce sont plutôt les enfants comme force de la nature, les enfants qui naissent , qui vivent et parfois meurent, mais qui sont toujours portés par cette force insensée de vie, de vouloir vivre, une force fervente et amorale que l’humain a en commun avec tout le vivant. Les enfants la partagent avec les plantes que je filme en super 8 au bord des chemins ou sur les rochers qui se nourrissent d’un peu de sable, de rosée et d’un rayon de soleil. 

Les scènes d’interviews de votre mère sont entrecoupées par des réflexions personnelles en voix off et illustrées par des images en noir et blanc. Ces dernières ne sont donc pas des images d’archives? Pouvez vous nous expliquer ce choix esthétique ? 

Les images en super huit sont contemporaines des images tournées en vidéo. Lors de mon film précédent, Les racines du brouillard, j’ai tourné l’intégralité des images en super huit noir et blanc et en réalité je me sens beaucoup plus à l’aise pour filmer en pellicule qu’en vidéo. La vidéo s’est imposée pour ce film ci car je souhaitais filmer Axelle en plan séquence, en son synchrone, mais je me suis gardé la liberté de tourner à côté en super 8 une sorte de journal filmé.

Les images en noir et blanc ne sont donc pas des images d’archives. Elle peuvent toutefois être perçues comme telles ; le super 8 a une dimension intemporelle. En tournant ces images qui sont en réalité celles de mes propres enfants, j’étais guidée par la réminiscence de mon enfance en Algérie. La Presqu’île de Crozon où Axelle habite actuellement est le lieu du film où les souvenirs d’Algérie viennent se déposer, s’inscrire comme en filigrane. 


Propos recueillis par Léa Hasbroucq

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