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Billet de blog 12 nov. 2021

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LE POIREAU PERPÉTUEL // Entretien avec Zoé Chantre

"Je peux parler de résilience à travers le film. Il me donne de la force pour affronter mes maux, les partager m’aide à relativiser et à me rassurer dans le fait que je ne suis pas seule. La vie est intéressante quand on sait l’entretenir et le cinéma m’aide énormément."

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Illustration 1

Malgré la petite taille de la caméra, le fait de tenir ce journal filmé a certainement eu une influence dans votre vie quotidienne. Quelle a été cette influence, sur vous et sur vos proches, et la caméra a-t-elle toujours trouvé sa place facilement ?

Je ne dirais pas « malgré » mais plutôt  « grâce » à ma caméra de petite taille, il était facile pour moi de la porter au quotidien, de la déclencher rapidement, de la faire oublier. Cela fait vingt ans que j’en ai une à mes côtés et dès que j’ai le sentiment qu’il faut la sortir, je le fais mais je ne filme pas au hasard. J’essaye d’utiliser la caméra de façon économe. Je filme seulement ce qui me semble juste sur le moment par rapport à ce que je cherche. Des fois ça rate et je laisse passer "LE plan incroyable", je m’en mords les doigts, j’en rêve mais cela me pousse à continuer, à trouver autre chose. Aujourd’hui j’ai des jours caméra et d’autres sans mais j’ai toujours un téléphone dans la poche au cas où...

L’idée d’enregistrer la fleur de ce que je vis par un prisme choisi me permet d’écrire des histoires et j’aime raconter des histoires. C’est plus ou moins facile de filmer les gens mais c’est une affaire de confiance, d’échange, d’amour aussi. La caméra a toujours réussi à trouver sa place au final.


La forme du journal filmé permet la prise de sons et d’images au fil des jours, mais comment s’est déroulé tout le travail de post-production, le montage, le mixage sonore très riche, le travail d’animation ? Cela a-t-il été le fruit d’un travail rétrospectif, ou bien l’avez-vous également fait au fur et à mesure, ou encore par allers-retours ?

Faire un journal filmé permet une grande liberté de forme, de manière de faire. Ce qui m’a plu, c’est de raconter cette histoire de A à Z, de plonger dans la matière, de la prise de vue, du montage, du son. Il faut dire qu’à la base, je viens des arts plastiques et non du cinéma, et ce que j’aime dans le film c’est qu’il me permet de regrouper plusieurs techniques pour m’exprimer.

Quand une idée d’animation me prend, j’ai envie que ça se fasse tout de suite, comme un croquis jeté sur le papier. C’est l’idée qui m’intéresse. Donner à voir le trait de crayon qui s’efface montre la trace qu’on laisse derrière soi, et aborde la notion de bricolage. Et mon film a été volontairement fait de façon « bricolée », en tous cas, j’aime imaginer qu’on en ait l’impression.

Le montage s’est fait au fur et à mesure, d’abord seule, le soir, en découvrant les images que j’avais tournées le jour même et en essayant de les accrocher aux autres filmées la veille, comme un puzzle. À la fin, cela m’a donné une grande matière assez hétéroclite. Puis avec l’aide d’un œil extérieur j’ai éliminé de la matière pour n’en garder que trois : le réel pour le récit, le dessin pour l’image du passé ou l’image infilmable, les effets spéciaux faits maison pour les rêves. 

La musique je la compose en même temps, souvent en conduisant ou dans mon lit, ou bien encore en marchant. Je ne suis pas vraiment musicienne mais je fredonne comme beaucoup par-ci, par-là. Je m’enregistre avec le dictaphone de mon téléphone. Petit à petit, je me suis créé une banque de ritournelles, de petits airs. Ils correspondent souvent à un état précis et je les range par émotion, ou situation. Je replonge dedans quand je cherche un accompagnement musical au montage et je les retranscris sur mon clavier. D’ailleurs cela me sert de pause au montage, quand je suis épuisée de l’image, je fais une bascule vers la musique.

Quand le film a été fini, je me suis faite aider pour harmoniser le tout et fignoler des détails.


Finalement, la réalisation de ce film vous a-t-elle aidée à prendre des décisions, concernant la santé ou la filiation par exemple, ou du moins vous a-t-elle permis de vous sentir en paix vis-à-vis de ces décisions ?

Faire le film à été un compagnon de route qui s’intercale parmi les autres. Je ne dirais pas qu’il est thérapeutique, car la vraie thérapie je l’ai faite avec mes médecins, mes proches, le temps… Mais je peux parler de résilience à travers le film. Il me donne de la force pour affronter mes maux, les partager m’aide à relativiser et à me rassurer dans le fait que je ne suis pas seule. Après c’est le temps qui fait son affaire et les décisions viennent avec. La vie est intéressante quand on sait l’entretenir et le cinéma m’aide énormément. 

PROPOS RECUEILLIS PAR SAMUEL CHENAUD 

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