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Billet de blog 12 nov. 2021

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LE PRINTEMPS DEBOUT // Entretien avec Valentin Bertomeu

"Au début, j’étais avec les journalistes, puis de fil en aiguille comme mon travail est assez différent et sur le temps long j’ai fini par avoir un autre rapport avec les gens présents. À force les liens se créent, grâce au temps long et aux expériences communes, j’ai pu conserver le recul nécessaire au projet qui était le mien. "

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Illustration 1

Quelle était votre place parmi les étudiants que vous avez filmés ? 

Ce qui est drôle, c’est que je ne suis jamais allé à la fac. Je viens d’un BTS audiovisuel. Je connais tout de même le monde militant pour différentes raisons, mais j’aimais bien l’idée d’aller quelque part où je ne sois pas complètement partie prenante. J’avais aussi le même âge que les plus âgé.e.s qui souvent étaient les plus aguerri.e.s en termes de militantisme, ce qui a pas mal aidé. Même si à force les liens se créent, grâce au temps long et aux expériences communes, j’ai pu conserver le recul nécessaire au projet qui était le mien. Mais c’était un moment très fort pour moi aussi, j’ai été embarqué au poste avec les militant.e.s, j’étais tout aussi rincé à la fin du mouvement même si je ne participais pas aux décisions… 

Pour revenir sur cette notion de recul, pourquoi avoir sorti le film plus de quatre ans après les faits ? 

D’une part, je souhaitais faire du cinéma documentaire et non de l’actualité. Le travail de journaliste est vraiment tout autre. D’autre part, c’était aussi dû à des contraintes techniques : le film n’a pas été prévu car le mouvement est né d’un coup, je n’avais donc pas d’aides financières pour le tournage, et celles dédiées à la post-production sont rares. J’ai monté moi-même le film puisque je suis monteur. La crise sanitaire en a aussi rajouté une couche en créant une grande inertie dans le cinéma. Disons que ce recul était à la fois voulu et non voulu.

Je crois comprendre que Le Printemps Debout était votre premier long-métrage. Pourquoi avoir fait le choix du cinéma documentaire plutôt que la fiction ? 

En fait j'aime autant le documentaire que la fiction, et faire l'aller-retour entre les deux dans mon travail m'intéresse beaucoup. Actuellement, j’écris des courts-métrages de fiction tout en montant un petit documentaire. Pour moi, c’est aussi deux manières de faire un peu la même chose… Ce n’est pas si éloigné d'une certaine manière. En tout cas, la pratique du documentaire m'apporte beaucoup pour la fiction, et inversement. Après, le documentaire c’est aussi un moyen de faire un peu plus facilement du cinéma sans argent ! C’est un facteur assez important lorsqu’on se lance seul dans le cinéma. 

Dans d’autres documentaires, on a du storytelling qui se base sur l’évolution de la situation d’un personnage. Ici, ce n’est pas vraiment le cas : est-ce que c’était un choix de représenter la lutte d’une manière collective, à l’image de celle-ci ? 

Oui et non, et le problème s’est posé au montage. Dans tous ces événements, les gens ont essayé d’être collectifs, horizontaux, donc c'était quelque chose à faire transparaître. Les gens arrivent et repartent, chacun à sa place mais fatalement on en retrouve certains en avant de la lutte. J’aurais peut-être aimé le faire davantage car la difficulté était vraiment de trouver le bon équilibre entre montrer le groupe tout en racontant une histoire, mais c’est à l’image de cette lutte. 

Vous avez vraiment mis l’accent sur la lutte étudiante dans votre film. Aviez-vous une motivation particulière derrière ce choix ? 

Oui, bien sûr… J'avais été frappé de lire souvent dans des interviews de syndicalistes, de gens dans des partis ou associations, que l'origine de leur engagement avait été une lutte étudiante qu'ils avaient vécue. J’ai vraiment eu l’impression qu’il y avait quelque chose à voir de ce côté-là et je me suis dit qu’un jour peut-être, j’aurais l’occasion de le filmer. C’est ce qui s’est passé ici. Au début du mouvement contre la loi travail, je faisais un peu les manifestations, et je me suis rendu compte qu’il se passait vraiment quelque chose du côté de Paris 8. J’y suis allé pour voir, sans connaître vraiment les gens. 

C’est vrai qu’il est assez difficile de filmer ce genre de milieu normalement…

J'ai eu de la chance, ils.elles ont été vraiment sympas et surtout globalement assez ouvert.e.s à l’idée qu’on les filme. J'ai même eu droit à une certaine bienveillance de la part de certain.e.s qui ne voulaient pas être filmé.e.s quand ils.elles ont vu que je respectais ça.

Au début de leurs rassemblements, les militant.e.s avaient voté que leurs AG (assemblée générale) seraient ouvertes aux journalistes mais avec un angle mort dans la salle. Donc au début, j’étais avec les journalistes, puis de fil en aiguille comme mon travail est assez différent et sur le temps long j’ai fini par avoir un autre rapport avec les gens présents. Après, dans le cas où les filmer n’aurait pas été possible, j’aurais bien sûr respecté cette décision en ne faisant pas forcément ce projet ou du moins pas de cette manière là. 

J’ai trouvé très belle la manière dont vous montrez tout un panel de personnes différentes dans votre film. J’ai été touchée par la mention dès le début du film par une militante du poids des femmes dans ce mouvement et surtout de la convergence des luttes.

C’était important pour moi de le montrer, et puis à Paris 8 c’est particulièrement vrai. C’est une fac où il y a beaucoup de diversité, déjà parce qu'elle est à Saint-Denis, et aussi parce qu'elle accueille énormément d'étudiant.e.s étranger.ère.s. Et elle a aussi une grande tradition militante, de par son histoire notamment, qui est forte, et ça se retrouve même chez certain.e.s professeur.e.s… Par rapport à certaines universités où c’était moins le cas. On l’a bien vu lors des coordinations nationales que parfois dans d’autres facs ce n’était pas vraiment la même chose, ils.elles étaient assez seuls et beaucoup moins soutenu.e.s par les professeur.e.s. A Paris 8, même s’ils.elles étaient à Saint-Denis et que parfois certain.e.s avaient un peu l’impression de n’embêter personne (l’université étant en banlieue), je pense qu'ils.elles ont servi d'exemple à d’autres endroits pour se mobiliser, et que beaucoup d’étudiant.e.s se sont politisé.e.s et ont pris confiance en eux.elles à travers ce mouvement. 

D’un point de vue plus technique, est-ce que vous aviez tout un dispositif de tournage (prise de son, caméra sur pied…) ? 

Non, ça aurait été bien surtout au niveau du son, mais j’avais simplement une assez bonne caméra avec un micro, mais qui restait de la HDV. J’ai tourné seul, sans équipe. La post-production, à l’étalonnage mais surtout au son, a beaucoup rattrapé les choses. Mais ça donnait aussi une esthétique qui collait au sujet… Le fait de garder la caméra à l’épaule, ça donne aussi de la force à ce qui est filmé, et ça permet d’être plus proche des gens. Ça permettait surtout d’être vif et réactif, car les actions se décidaient parfois rapidement. Pendant ces quelques mois, je chargeais toujours les batteries à l’avance pour être prêt à partir n'importe quand.

Où pourra-t-on voir votre film ? 

On cherche pour l’instant à faire des projections au cinéma, et le film sera plus tard aussi disponible en VOD. 

PROPOS RECUEILLIS PAR LILIA MEZZINE HARRAMI

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