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Billet de blog 15 nov. 2021

AKEJI, LE SOUFFLE DE LA MONTAGNE // Entretien avec Corentin Leconte et Mélanie Schaan

«  Nous avons été saisis face à ces deux êtres qui vivaient hors du temps, dans une cabane au plus profond des montagnes, en symbiose avec les autres vivants et les esprits qui les entouraient. »

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La question du temps semblait essentielle pour Akeji et Asako. Dans quelle temporalité s’inscrit le tournage du film ?

Corentin : On a commencé à tourner au printemps 2015 et on est revenus un mois à chaque saison, nouant progressivement une complicité avec Akeji et Asako. Dans leur ermitage, le temps s’écoulait différemment, il est devenu la thématique principale du film. Il fait écho à l’activité de peintre d’Akeji et à sa philosophie fondées sur les cycles de la nature. Les poèmes qu’Akeji récite et qu’Asako chante au fil du film nourrissent cette réflexion et nous questionnent sur le rythme de nos vies contemporaines.

Les séquences de vie quotidienne dans lesquelles l’équilibre du couple se révèle témoignent également de ses liens profonds avec la nature. Comment avez-vous trouvé votre place au sein de cette harmonie ?
Mélanie : Nous avons fait le choix de tourner le film seulement tous les deux pour ne pas perturber l’équilibre de vie d’Akeji et Asako. L’un était à l’image, l’autre au son, et nous échangions en fonction des jours. Auparavant, la NHK - la télévision publique japonaise -
avait dû stopper net un documentaire sur Akeji, sans doute parce que l’équipe de tournage était trop intrusive. On a progressivement pris conscience qu’Akeji, le souffle de la montagne était en fait un film sur un couple fait par un couple. Car la notion de lien, inspirée du concept Musubi en japonais, est l’autre thème qui irrigue l’ensemble du film. On le suggère avec des plans sur des lianes, des tresses, des racines qui s’entremêlent. Ils évoquent les liens immuables qui unissent Akeji et Asako entre eux mais également avec tout ce qui les entoure.

La préparation du thé, du feu, des pigments de couleur, l’entretien du sabre : vous filmez Akeji dans ses activités quotidiennes mais finalement assez peu lorsqu’il peint…  
Mélanie : Au-delà du portrait d’artiste, c’était son recueillement et son rapport au monde qui nous intéressait. Akeji fabriquait toute sa peinture à partir d’éléments naturels - racines, insectes, fleurs, roches. Par exemple, lorsqu’il épluchait des oignons, on ne savait pas s’il préparait un repas ou si c’était pour concevoir la couleur dorée. Les gestes de la vie quotidienne se mêlaient à ceux de la peinture et de la prière. Tout cela se retrouvait au même plan pour lui, sans hiérarchie, et il nous semblait important de le faire ressentir dans le film.

Le rythme paisible et harmonieux d’Akeji, le souffle de la montagne, qui parfois fait penser à un poème à l’intérieur d’un documentaire filmé, contraste avec l’emballement visuel et sonore final. Comment en êtes-vous venus à envisager ce dernier mouvement ?
Corentin : Dans la peinture d’Akeji, il y avait une double temporalité entre le travail sur la couleur du fond de la toile, élaborée sur quatre saisons, et l’immédiateté du geste calligraphique final, qui s’apparentait au geste martial du sabre. Comme un souffle, ce geste ultime était unique et convoquait toutes les forces de la nature. Cette séquence traduit son paysage intérieur à l’approche de l’hiver de leur vie. 

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL AKHOUN

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