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Billet de blog 17 nov. 2022

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Le temps de la fin du monde // Entretien avec Aliosha Cheyko

Comme moi, Lasco ne voulait pas faire quelque chose sur sa musique mais sur Les Lilas. Je trouvais ça chanmé d'avoir ça comme porte d'entrée et on s'est mis d'accord là-dessus dès le début.

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Votre film refuse de montrer le rap sous son angle mainstream. Le premier plan du film se passe lors d'un concert et vous enchaînez avec un hall d'immeuble silencieux. Votre film reste campé aux Lilas et s'oppose au ton hagiographique des documentaires traditionnels sur le rap que l'on retrouve dans la plupart des médias. Comment avez-vous réussi à obtenir la confiance de Lasco pour représenter cette part très intime de sa vie ? 

Grünt avait dédié un budget pour réaliser un film sur un rappeur. Ils voulaient faire un film avec Lasco. Pendant le premier confinement, ils avaient fait une interview avec lui et avaient trouvé qu'il avait plein de choses à raconter. Ils me contactaient parce qu'on se connaissait et que j'avais une façon de travailler compatible avec leur budget. Mon équipement réduit était parfait pour un budget restreint. On avait une vision similaire du résultat qu'on voulait avoir qui n'est pas un reportage que l'on trouve sur les sites rap où ils ne font aucun écrémage. On s'est vus tous ensemble avec les gars de Grünt et Lasco. On a fait le film à la fin de l'été qui a suivi le premier confinement. Lasco était chaud mais, comme moi, il ne voulait pas faire quelque chose sur sa musique mais sur Les Lilas. Je trouvais ça chanmé d'avoir ça comme porte d'entrée et on s'est mis d'accord là-dessus dès le début. On a tourné pendant deux mois, plusieurs jours par semaine. On a discuté de mes idées et il a géré plein de trucs. On a vraiment fait le film ensemble. J'étais un regard extérieur de ce qu'il montrait. 

Ce long tournage entrecroise le portrait d'un rappeur et d'une ville et montre aussi une gentrification vue par ceux qui la subissent. Comment avez-vous travaillé une telle matière au montage ?

Dans nos discussions avec Lasco, il y avait déjà une composante politique. Il ne va pas aimer ça car c'est très difficile pour un artiste d'être ouvertement politisé aujourd'hui. Mais je voyais qu'il cogitait sur ce qui se passait et qu'il n'était pas juste bling-bling. L'aspect de critique sociale me plaisait. Il y a une longue scène de 7 minutes où il parle de comment les gens s'habillent à Paris et en banlieue. C'était notre premier jour de tournage. Il a plein de trucs à dire et quand il est inspiré c'est génial. J'ai fait le montage avec Zoé Rossion et on regardait plein de films de Ruben Ostlund et d'Apitchapong Weerasethakul. On a voulu tourner en plan séquence. Je voulais un trépied mais je n'en ai finalement pas utilisé. J'avais fait beaucoup de clips et je voulais changer. 

On ressent cette volonté de s'éloigner du vidéoclip quand vous choisissez de filmer le tournage d'un clip en plan séquence, à distance des personnages. 

J'étais vraiment content de ce plan qui montrait comment je vivais ce truc. On voit vraiment comment on tourne un clip. Pour moi qui en ai beaucoup réalisé, cette position était très importante. 

Une séquence de votre film décompose un morceau de Lasco et ajoute à la voix en studio seule différentes couches. Quelle place avez-vous accordé à la composition sonore ? 

Pour cette scène, l'idée est d'avoir des chansons de Lasco. Il voulait que ce soit des inédits. Je voulais faire des scènes plus montées. On a monté avec la musique comme des clips. C'était une bonne occasion d'utiliser des scènes qu'on n'avait pas dans le montage. Pour le mixage, j'ai un pote qui s'appelle Jacopo Martini qui était très ouvert à mes exigences. On voulait faire revenir le motif du tonnerre pour appuyer le mauvais temps du film. 

Comment avez-vous pensé la séquence où Lasco raconte la naissance des Lilas ?

C'était une des seules idées que j'avais avant le film. Je voulais qu'on raconte la genèse du monde mais, avec Lasco, on a préféré raconter la création des Lilas. Là on s'était enregistrés dans sa chambre. Il avait écrit un texte. Il s'est réapproprié mon idée. J'avais plein d'images d'illustration et j'ai pioché pour coller à son récit. 

Comment la collaboration avec Grünt s'est-elle déroulée ? 

Ils m'ont donné beaucoup de liberté. Je connaissais Quentin et Ombline Ley, qui a co-réalisé Dans la terrible jungle avec Caroline Cappelle, qui font aussi des documentaires. On avait les mêmes goûts. On avait une envie en commun. Après trois jours de tournage, je leur ai fait un bout-à-bout et ils m'ont dit que c'était chanmé. Après, ils n'ont rien vu avant une première version qui ressemmble à la version finale. 

Entretien réalisé par Elias Herody

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