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Billet de blog 29 oct. 2020

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Mat et les gravitantes // Entretien avec Pauline Pénichout

"Je cherchais un sujet, et j'ai rencontré Mat, le personnage principal du film, l'été dernier. On avait des intérêts communs, notamment le féminisme. Je lui ai demandé si je pouvais faire un film qui serait une sorte de portrait d'elle. Elle m'a répondu : « tu me diras quel monde tu veux qu'on filme », sous-entendu « tu peux faire un portrait de moi, mais on va trouver un angle toutes les deux ».

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 Comment avez-vous eu envie de faire ce film ? Connaissiez-vous déjà les ateliers d'auto-gynécologie ?

J'étais au département « image » de La Fémis, et c'était mon film de fin d'études. Ce film était donc presque un film de commande. Je ne voulais pas écrire un scénario de fiction, mais plutôt faire un documentaire. Je cherchais un sujet, et j'ai rencontré Mat, le personnage principal du film, l'été dernier. On avait des intérêts communs, notamment le féminisme. Je lui ai demandé si je pouvais faire un film qui serait une sorte de portrait d'elle. Elle m'a répondu : « tu me diras quel monde tu veux qu'on filme », sous-entendu « tu peux faire un portrait de moi, mais on va trouver un angle toutes les deux ». Le film s'est tourné en octobre. Je suis d'abord allée à Nantes, où Mat habite, pour passer du temps avec elle mais sans caméra. Et j'y suis ensuite retournée pour le tournage pendant un mois. J'avais décidé que je ne la filmerai pas du tout dans ses études, et l'atelier d'auto-gynécologie est ce qui a émergé aux rushes. J'avais d'autres thématiques dans mon tournage qui ne figurent pas dans le montage final, notamment la question des squats. Le film de fin d'études devait être un court-métrage, et je n'avais pas énormément de rushes. Ce moment-là de l'atelier est vraiment ce qui était ressorti de plus fort pour moi pendant le tournage, c'est pour cette raison que le film, à partir du portrait de Mat, se centre autour de ça. Les ateliers d'auto-gynécologie, je n'en avais jamais fait, contrairement à Mat, et n'en ai jamais refait. En revanche, à Paris, j'animais un groupe de parole en non mixité, tous les mardis soirs à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et nous parlions justement d'en organiser un. On n'est pas passées à la partie pratique de l'atelier, le temps d'observation, mais on s'était vraiment renseignées. On avait fait la partie « préambule » en se conseillant des bouquins, des fanzines à ce sujet, on s'était donné des conseils. Je ne suis pas du tout une spécialiste des ateliers d'auto-gynécologie, mais certaines associations, comme « Les Flux », sensibilisent autour de ça et proposent des ateliers. Mais au-delà du film, ce sont des thématiques dont je parle dans ma vie.

Comment avez-vous pu avoir la confiance des participantes pour les filmer dans ce moment intime ? 

C'est vraiment parti de Mat car ce sont principalement ses amies que l'on voit. On a pensé l'atelier en amont avec trois ou quatre autres filles, puis on a fait tourner des sms en cercle restreint pour inviter du monde. On a précisé qu'il y aurait une caméra, et que je filmerai seulement celles qui le souhaiteraient. Dès qu'une fille arrivait à l'atelier, je lui demandais si elle était d'accord. Certaines ont refusé d'être filmées, tout comme certaines n'ont pas voulu passer à la partie pratique d'observation. La scène d'observation se déroule dans la chambre, et nous n'étions pas toutes présentes à ce moment-là, il y avait même plus de filles qui continuaient de discuter dans la pièce d'à-côté. Je pense que j'ai pu capter ce moment-là parce que j'étais vraiment participante : je n'avais pas constamment ma caméra allumée. Il est vrai que quand tu as ta caméra à la main, les gens ne te voient plus comme faisant partie du truc. Je n'ai donc pas fait énormément d'heures de rushes. J'ai dû tourner pendant deux ou trois heures alors que l'atelier a duré toute la nuit. Je faisais des rushes assez longs, je filmais pendant vingt minutes mais après je coupais et restais une demi-heure à discuter avec les participantes, puis je me remettais à filmer.

Voir un col de l'utérus, avoir accès à cette image à travers votre film, a été un choc pour moi. Je n'avais jamais vu, à quoi cela ressemblait concrètement, et pourtant je suis une femme ! Est-ce que vous vous êtes posée la question de l'importance voire de la nécessité de montrer ces images ? 

L'avantage que ce soit un film de fin d'études, c'est qu'il n'a pas vocation à rester dans la sphère de groupes qui sont sensibles au féminisme ou qui connaissent l'existence de ces ateliers. Sarah Dinelli (la monteuse du film) et moi savions très bien qu'il fallait prendre en compte que des gens totalement extérieurs à ça allaient voir ce film. Finalement, cela rendait la démarche militante. Si les filles m'ont autorisée à les filmer, c'est parce qu'elles considéraient que c'était important, à la fois parce que ce moment-là de l'atelier existe, en non-mixité, dans un cercle restreint, et en même temps parce que, sans s'en faire le porte-parole, il s'agit de le mettre en lumière. Ces ateliers font écho à un mouvement qui trouve sa source dans les années soixante-dix, avec la notion de self help. Mais je ne suis ni sociologue ni porte-parole de ça, et le but du montage était de trouver le juste milieu entre le portrait et le film militant. 

Quel intérêt cela avait pour toi de filmer à la fois en pellicule et en numérique ? 

Il y a peu de pellicule dans le film. On n'en retrouve que dans la première scène où l'on voit Mat et sa sœur, tout le reste est tourné en numérique. Je n'ai finalement pas utilisé beaucoup de ce que j'ai fait en pellicule parce que c'était un peu trop posé par rapport au reste. J'aimais beaucoup les images en pellicule, et je trouvais que c'était une bonne entrée dans le film que de démarrer dans la baignoire. Cela me permettait de donner des thématiques, même juste au niveau de l'image, de ce qu'on allait voir après. Je suis chef-opératrice aussi, et j'avais envie de tester différents formats. Je trouvais ça intéressant, pas uniquement en terme de rendu d'images – la pellicule je trouve ça très beau, ça fait de belles images – mais aussi pour le dispositif que ça implique sur le tournage. J'ai passé un mois à Nantes et j'étais toute seule avec ma toute petite caméra. Ensuite, une ingénieure son est venue, nous étions deux, et, à la fin, il y a eu cette grosse caméra 35 mm avec une assistante qui m'aidait. C'est comme si on avait pris de plus en plus de place au niveau du tournage. Au début, je suivais juste Mat avec ma caméra, et après on se disait vraiment « cet après-midi on tourne, on fait telles images ensemble ». Tout ce processus de tournage a été comme un temps pour se familiariser. Pour filmer l'atelier, nous étions deux avec l'ingénieure son, et j'avais ma caméra numérique. 

En filmant ces images-là, est-ce que tu avais en tête des films militants féministes ? 

J'avais vu Regarde, elle a les yeux grands ouverts (1980) de Yann Le Masson un an plus tôt. Sinon, on m'a parlé des films de Carole Roussopoulos, réalisatrice militante des années soixante-dix, que j'ai découverts après avoir fait le film.  

Comment le titre t'es venu ? Pourquoi « les gravitantes » ? 

Le mot « gravitante » est un mot que les filles utilisent souvent. Mat n'habitait pas vraiment dans le squat à cette époque, elle disait qu'elle « gravitait » autour. C'est un mot dans le jargon du milieu militant nantais et, dans les rushes, tu les entends tout le temps dire « gravitante », « gravitante ». Ce n'est pas resté au montage mais je l'ai gardé pour le titre. J'aimais bien aussi ce que ça pouvait évoquer comme image ; elles sont des exploratrices, et puis l'idée de planer un peu... C'est resté comme ça. 

                                                                                                       Propos recueillis par Léa Carme 

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