Lettre adressée par l'Association pour l'Avenir des Diffuseurs de Presse aux Députés et Sénateurs

A tous les élus de la Nation, représentants du Peuple,
garants des valeurs de la République.

Vous êtes nombreux à avoir évoqué la nécessité d’une remise à plat des aides à la presse, afin de pérenniser le pluralisme, face aux mutations économiques et technologiques auxquelles le secteur est confronté.

Avec leurs milliers de magasins répartis sur le territoire, les marchands de presse sont les garants de la pluralité d’opinion et de la liberté d’expression.
Pourtant ces entreprises disparaissent à raison d’un millier par an pour satisfaire, à court terme, les intérêts économiques des éditeurs et des messageries aidés par l’Etat. Les premiers détournent la clientèle en proposant, dans leurs produits, des tarifs d’abonnements très inférieurs à ceux qu’ils imposent pour la vente en magasin. Les seconds transfèrent le marché à la grande distribution par mesure d’économie. Ainsi chacun gère son propre intérêt sans prendre en compte les conséquences pour le secteur et les autres acteurs de la filière.

Les « diffuseurs », terme qui traduit bien leur dépendance, sont notoirement sous-rémunérés et ne bénéficient de quasiment aucun soutien économique, bien que d’utilité publique et travaillant 80 heures par semaine, sept jours sur sept.
Dépendants du système coopératif dont ils sont toutefois exclus, ils sont condamnés à rester exploités jusqu’à la mort de leurs entreprises. Tout recours juridique leur est en effet interdit par leur statut ambigu de « mandataire commissionnaire », termes exclusifs l’un de l’autre. Nul ne veut en effet dire s’ils travaillent pour leur propre compte ou pour celui des éditeurs.

Au même titre que le système coopératif est nécessaire pour éviter la concurrence fratricide entre les éditeurs, l’existence et l’indépendance des marchands de presse doit être garantie par un schéma directeur et des garanties contractuelles de la part des éditeurs.

Au-delà de la résolution d’une difficulté économique actuelle, c’est l’avenir du secteur qu’il faut dessiner. Les marchands de presse peuvent vivre de leur travail pour peu que l’on ne les en dépossède pas et que les éditeurs les associent à leurs projets de développements numériques comme le font actuellement les éditeurs de librairie.

Après avoir renforcé la mutualisation et la solidarité entre les messageries il convient maintenant d’achever le travail en garantissant l’acheminement de la presse vers le lecteur par une solidarisation entre les éditeurs et les marchands de presse.

Sans votre soutien, voire votre initiative, la direction de l’exécutif peut difficilement faire face au puissant lobby de la presse comme en attestent la confidentialité du rapport Jevakhoff et le brusque arrêt des travaux initiés par le Ministère de la Culture.
Votre intervention pour imposer une réforme législative globale et rapide sur la presse et sa distribution est indispensable et légitime.

le Président Michel MARINI

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