Infirmiers de réanimation: l’urgence de la reconnaissance!

En ces temps de crise sanitaire, le personnel hospitalier est en première ligne. Cependant, la fierté d’exercer notre profession ne suffit plus. Notre statut et nos compétences spécifiques doivent désormais être reconnus. À ce jour, ce texte a reçu plus de 4850 signatures de soutien médical et paramédical dont de nombreux chefs reconnus au sein de la réanimation.

À ce jour, cette lettre ouverte à l'attention du Ministre de la Santé et des Solidarité a reçu plus de 4850 signatures de soutien médical et paramédical dont de nombreux chefs reconnus au sein de la réanimation (notamment le Pr Jean-Michel Constantin - anesthésiste réanimateur , chef de service à l'APHP et membre du conseil d'administration de la société Française d'Anesthésie-Réanimation , Pr Eric Maury - réanimateur à l'APHP et président de la Société de Réanimation de Langue Française, Pr Alain Combes - chef de service en réanimation à l'APHP , Pr Laurent Papazian - chef de service en réanimation à l'hôpital nord de Marseille) .

Il part d'une démarche locale et rencontre un soutien national au sein de notre spécialité.

Il a été soumis à la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation ainsi qu'à la Société de Réanimation en Langue Française. Ce sont les deux principales sociétés savantes qui régissent notre champ disciplinaire, lesquelles nous apportent leur soutien officiel.

***

« En ces temps de crise sanitaire, le personnel hospitalier est en première ligne. Les services de réanimation ont été mis en lumière et la population Française nous a manifesté un soutien incroyable et sans précédent. Vos applaudissements tous les jours à 20h nous ont touchés et nous vous en remercions.

« Nous sommes en guerre » a martelé le président de la République le 16 mars. Rappelons-nous que pour conduire une guerre, il faut une armée de métier. Dans cette dernière, les forces spéciales sont appelées à gérer les situations les plus complexes et les plus graves. Nous sommes ces forces spéciales !

La population Française a découvert lors de cette crise sanitaire la réanimation et ceux qui la font vivre. Des hommes et des femmes, médecins, infirmiers, aides soignants et kinésithérapeutes mobilisés conjointement pour soigner les patients les plus graves. Cette crise sanitaire a mis en évidence que chacun de ces corps de métier était indispensable pour faire la réanimation. À ce titre, sans infirmier de réanimation, il ne peut y avoir de réanimation.

Malgré l’absence de cadre institutionnel identifiant nos compétences, et d’un statut spécifique reconnu par nos tutelles, nous sommes néanmoins fiers de faire partie de ces « forces spéciales hospitalières ». Cependant, en ces temps de crise sanitaire, la fierté d’exercer notre profession ne suffit plus. Notre statut et nos compétences spécifiques doivent désormais être reconnus.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes infirmiers diplômés d’État (IDE) exerçant en réanimation. Notre quotidien est de prendre en charge les patients les plus graves de l’hôpital tels que les patients en état de choc, en détresse respiratoire aigüe ou victimes de polytraumatisme.

Quel que soit l’âge de ces patients, du nourrisson à l’adulte, ces patients de réanimation ont en commun un pronostic vital engagé à court terme nécessitant une prise en charge rapide et très spécialisée.

Nous sommes le chaînon essentiel de cette prise en charge spécialisée. La multitude de dispositifs permettant de suppléer les organes défaillants en réanimation, nous impose d’être polyvalents dans cet univers hautement technique et technologique. Ainsi, la maîtrise du fonctionnement d’un ventilateur, d’une machine de dialyse ou d’une assistance circulatoire extra-corporelle dans les cas les plus graves, sont des compétences spécifiques qui nécessitent une formation importante. De même, le maniement de tous les médicaments de réanimation (catécholamines, hypnotiques, morphiniques, antibiotiques, anticoagulants etc…) nécessite une expertise et une maîtrise spécifiques.

Notre métier est un travail d’équipe en collaboration étroite avec les médecins tant dans l’assistance pour les gestes techniques complexes (intubation oro-trachéale, pose de cathéters centraux, fibroscopie bronchique…), que dans la détection précoce et la réponse appropriée à mettre en œuvre lors d’une aggravation clinique.

Par ailleurs, nous ne sommes pas seulement des « techniciens » infirmiers. Une composante essentielle de notre métier est « l’Humain. » Les moments très forts, mêlant joie et tristesse, partagés au contact des patients et familles qui vivent de terribles épreuves, font également la valeur de notre métier et la fierté que nous avons à l’exercer.

Que souhaitons-nous ?

En France, les infirmiers sont détenteurs d’un diplôme d’état obtenu en trois ans à l’issue d’une formation à l’Institut des Soins Infirmiers (IFSI). Au-delà de ce tronc commun, plusieurs spécialisations existent qui nécessitent une à deux années supplémentaires (infirmier anesthésiste diplômé d’état ou IADE, infirmier de bloc opératoire diplômé d’état ou IBODE, infirmier puériculteur).

En ce qui concerne le métier d’infirmier en réanimation, il existe, certes, des diplômes universitaires (DU) spécifiques mais ils ne sont pas destinés aux jeunes infirmiers souhaitant intégrer ces services. Ils sont coûteux et doivent bien souvent être financés par les agents eux-mêmes et pris sur leur temps personnel.

Cette crise sanitaire a souligné que nos compétences sont multiples et irremplaçables. Un statut spécifique, avec une formation spécifique et aboutissant à la reconnaissance officielle d’une spécialité d’infirmier de réanimation est maintenant nécessaire, comme c’est d’ailleurs souvent le cas dans de nombreux pays voisins.[1]

Ce nouveau statut doit comprendre une revalorisation salariale significative. En attendant sa promulgation, nous souhaitons l’attribution d’une nouvelle bonification indiciaire (NBI) spécifique aux paramédicaux de réanimation.  En effet, il est bien précisé que « certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière ouvrent droit à un complément de rémunération appelé nouvelle bonification indiciaire (NBI)[2]. ».

Nous demandons également, comme l’ont proposé les sociétés savantes[3], la reconnaissance du statut d’infirmier de réanimation par un cursus de formation spécifique. Ainsi qu’une validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les agents en réanimation.

Enfin, nous appuyons les démarches de ces mêmes sociétés[4] concernant la mise en place des infirmiers de pratique avancée (IPA) en réanimation. Ce dernier pourra avoir un rôle central dans la formation des nouveaux agents et la promotion de la recherche dans les soins.

Afin que nous puissions désormais être considérés comme infirmiers de réanimation et non plus comme infirmiers en réanimation, nous tenions à vous faire part, Monsieur le ministre de la Santé, de ces quelques mots.

Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.

Ne nous oubliez pas car nous avons tous été là. »

Pour signer cette tribune : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScNSEmF15x4Xerg9L_PoFuq5xx3uzbSEYdI36QqjDo9HS4CXA/viewform  

[1] https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2006-4-page-140.htm#

[2] https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32515

[3]https://sfar.org/une-formation-specifique-et-une-reconnaissance-du-metier-dinfirmier-de-reanimation/

[4] https://www.srlf.org/wp-content/uploads/2015/12/20110419-Référentiel-IDE-final.pdf

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.