Levens (06) L'affaire du vallon qui est devenu une décharge.

Le Maire a pris le vallon pour décharge. Et l'a fait combler sur 6000 m2. Cela s'est fait à la vue des autorités et au détriment de nombreuses règles. La commune n' a pas touché un centime.

Le Maire a pris le vallon pour décharge. Et l'a fait combler sur 6000 m2. Cela s'est fait à la vue des autorités et au détriment de nombreuses règles. La commune n' a pas touché un centime.

 

L'histoire dont nous allons vous raconter le détail acommencé dans les années 2000.

 

Cela se passe à 18 kme de Nice à Levens 06.

Levens, dont le maire Antoine Véran a pris la décision - tout seul - de faire combler un vallon. Pas un petit remblai: la surface couverte par des norias de camions durant des années c’est plus de 6000 m2, la hauteur du comblement atteint 10 m par endroits. Une aubaine pour quelques entreprises du BTP qui ont ici plus de mal à trouver des décharges que des chantiers.

 

Le lieu n’est pas anodin. Le "vallon de la Cumba" ou "vallon des pompiers", parce que situé près de la caserne des pompiers, est une zone protégée au POS de la commune. Elle est au pied du village ancien. Elle surplombe un site protégé Natura 2000 et le canal de la Vésubie qui alimente Nice en eau potable...

Le vallon en question est un rieu sec méditerranéen, qui reçoit peu d’eau, sauf tous les 20 ou 50 ans... Mais ce type de problème n’est pas dans les préoccupations de cet élu, qui a toujours affirmé, contre de nombreuses preuves, qu’il n’y aucun problème d’eau ou de catastrophes naturelles sur sa commune....

Dans les années 2000, des camions de toutes provenances - il en vient même de Monaco - jettent, déversent des déchets et des gravats, bref des matériaux de toutes natures.

Ils ne sont pas contrôlés et pour cause, puisque rien de toute cette opération n’est fait dans les normes. Camions incontrôlées, lieu non autorisés pour ce type d’opération...

Lorsque la communauté d’agglomération Nice Côte d’Azur (CANCA) se crée fin 2001, l’instigateur de cette opération est récompensé: le maire de Levens, Antoine Véran, devient le responsable des déchets de Nice Côte d'Azur. (voir notre article du 16 juin 2009 "déchets dans les Alpes Maritimes: la crise" http://lesperdigones.over-blog.com/article-32743796.html)

UN MANQUE À GAGNER DE 1,7 MILLIONS D’EUROS

 

Non seulement cette opération pollue un site, mais elle constitue aussi un manque à gagner important pour la commune. Car enfin se débarrasser des déchets à un coût. Un coût qui varie selon la nature de ce qui est rejeté.

 

Selon une évaluation de l’Association de Défense et de Sauvegarde de Levens (ADSL), l’estimation du volume des remblais est de 15 605 m3 pour environ 28 090 tonnes

 

À l’époque le prix moyen de la tonne pour les gravats propres non triés peut être évalué à 60 euros la tonne (plus bas prix en décharge habilitée). Le manque à gagner pour la commune - au cas ou cette opération aurait été autorisée - (ce qui est peu évident compte tenu du caractère protégé de la zone ) peut être évalué quasiment à 1,7 millions d’euros. Une peccadille pour une commune de 5000 habitants qui possède peu de revenus...

En juillet 2001, le journal de l’opposition municipale « Levens au cœur » s’était ému le premier de cette noria de poids lourds en un tel lieu. « Les premiers camions sont arrivés en mai dernier". (soit juste après les élections municipales NDLR) . " Des mastodontes de plus de trente tonnes, chargés de terre, de rocs et de gravats »…. Et plus loin « …Pendant deux mois, jusqu’à cinquante fois par jour, les camions venus de Menton, Beausoleil, l’Ariane, Tourrette ou Nice plongèrent sur la Gumba …»

Et le journal de l’opposition de poser la question financière « Au fait, se débarrasser de gravats est un opération lourde et onéreuse pour les entreprises. Sur la base de quel accord financier a-t-elle été réalisée ? Il semble douteux que notre maire ait transformé un vallon de la commune en décharge sans contrepartie pour la commune. Laquelle ? »

 

Le 28 septembre 2001, à la séance publique du conseil municipal, le leader de l’opposition, Auguste Guglielmazzi repose la question de l’argent. Il demande aussi « quelles sont les raisons qui ont conduit à obstruer le vallon de la Gumba ? Pourquoi ces travaux n’ont-ils pas fait l’objet d’une délibération du conseil municipal ? » (extraits du Pv du conseil municipal)

Dix ans après le début de cette histoire, on peut vous donner la réponse Pour la commune, il n’y eut pas de contrepartie financière.

 

PRÉFECTURE, GRANDS SERVICES DE L’ÉTAT, ALERTÉS

Quant à l’argumentaire que le maire met en place il est …étonnant. En contrebas se trouve une station d’épuration et bien « la route s’effondrait et cela empêchait le passage du concessionnaire pour récupérer une partie des boues de la station d’épuration… » répond le 1er magistrat.

 

Cela aurait pu cesser, en deux mois une surface de 1000 m2 avait été comblée. Mais les camions connaissaient le chemin...

Et l’opération continua de nombreuses fois au cours des années pour arriver à la superficie et au tonnage mentionnés plus haut.

Le 14 mai 2003 l’opposition municipale (Levens au Coeur) intervient encore, pour poser la question de la nature des matériaux. Elle dit avoir constaté la présence de polystyrène expansé, canalisations électriques, IPN métallique, bois, plaques d'amiente fibro-ciment, incompatibles avec un milieu naturel.

Et cela continue, en séance du 19 mars 2004 une autre question: « de nouveaux dépôts sauvages de gravats viennent d’avoir lieu à la Gumba. S’agit-il de décharge sauvage ou de décharge faite avec l’autorisation de la Mairie. » ?

Le Maire ne se démonte pas et informe qu’il a donné l’autorisation lui-même « à monsieur le Maire de la Roquette sur Var (**) dans le cadre d’un chantier »...

L’opposition écrira en 2003 à la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt, à la Direction des Affaires Sociales et Sanitaires, à la Direction Départementale de l’Equipement, à la DRIRE. Quant à la préfecture des Alpes Maritimes, elle aura copie de tous les courriers...

Le 2 juillet 2005, un dossier conséquent est envoyé "à Mr Le Procureur Eric de Montgolfier" par l'ADSLevens, (cette association a mis à bas un projet de construction d’immeubles privés sur le parking du village), qui demande un rendez-vous.

En Octobre, après une relance de l'association, la vice-procureure, Muriel Fusina, répond:"J'ai bien reçu votre lettre, votre plainte du 2 juillet dernier a été renregistrée sous le numéro 05/13174, elle est actuellement en cours d'enquête... il ne m'est pas possible de répondre favorablement à votre demande de rendez-vous...vous serez avisé des suites données à la procédure lorsque l'enquête sera achevée..."

Un an passe...l'enquête s'éternise...

Le 26 juin 2006, l'ADSLevens, organise une information de la population « avec des fleurs ». Les habitants sont accueillis par des arbustes en pots ou des plantes qui leur sont distribués. Une pétition est signée par de nombreux habitants. La presse a répondu présente. Nice matin, Le Patriote Côte d'azur. France Bleu, France Info ouvrent leurs micros à l’association.

Notre prochain article vous contera l’épisode judiciaire. On parie que peu de monde s’attend à pareil dénouement…..

 

 

 

(**) Le maire de la Roquette sur Var de 1998 à 2006, Jean Jacques Isaia (UMP) était un proche du maire de Levens.

 

 

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