Quelques raisons de rester optimiste

La part des mauvaises nouvelles dans l'ensemble des nouvelles qui nous parviennent est écrasante. Comment faire pour ne pas sombrer dans l'anxiété et l'impuissance ? Quelles raisons avons-nous de rester optimistes ?

Premièrement, il faut savoir éteindre le fil d'actu, se débrancher du flux de catastrophes qui nous engourdit et nous fascine comme des poissons dans leur bocal qui coule. Les médias contemporains sont des machines à capter l'attention. Grâce aux nouvelles technologies, ils sont construits et pensés pour que nous voulions faire défiler les images et les mots. Et comme la peur est une grande animatrice, c'est elle qui en constitue la substance.

Se défaire de l'actualité, c'est une condition pour retrouver le présent. La deuxième chose à faire pour être optimiste, c'est d'être attentif à ce qui existe. Une fois qu'on s'est débarrassé de la sphère médiatique, on peut revenir aux choses et aux êtres autour de nous. C'est primordial, car ce qui rend notre monde encore vivant se trouve dans les interstices, les marges, et les plis de la vie. Le capitalisme n'a pas tout détruit, il ne peut pas tout détruire. Tant qu'il y aura de la vie, il y aura de la coopération, de la solidarité, des symbioses, et des naissances car elles en font partie, essentiellement, autant que la lutte, la maladie et la mort. C'est cela qu'il faut mettre au centre de son attention.

Il faut ensuite apprendre à s'auto-illusionner. La vérité importe, et il est nécessaire de s'accorder sur des faits pour agir collectivement, mais quand l'horizon s'est restreint à un mur, et que l'avenir n'est plus qu'un mot creux, il devient nécessaire de voir au-delà des faits. Cela ne veut pas dire croire en tout et n'importe quoi, mais être capable de nourrir des idéaux qui éclairent notre action. L'énergie du désespoir est parfois suffisante, dans des situations extrêmes, pour survivre ; mais dans notre situation où la survie devient un mode de vie quotidien, nous avons besoin d'espérer, c"est-à-dire de croire que le monde pourrait être meilleur qu'il n'est.

Une raison majeure d'espérer est la finitude même de notre Terre et de ses ressources. La formidable expansion du capitalisme a été rendue possible par la découverte d'énergies fossiles, que l'on peut concevoir comme de gigantesques trésors. L'humanité a gagné un gros lot maudit en découvrant sous ses pieds de quoi alimenter ses entreprises les plus inutiles. Avec l'épuisement de ces ressources, on peut espérer que celles-ci vont cesser. Il n'y a guère que l'énergie nucléaire qui à l'heure actuelle serait capable de les remplacer ; mais elle-même dépendant de stock de métaux radioactifs limités, on en revient à notre finitude. La décroissance apparaît comme une conséquence des lois de la nature.

Enfin, si la nature humaine n'est pas totalement malléable, qu'il y a en nous des constantes et des structures stables, on peut espérer également que les grandes entreprises alliées aux États ne pourront pas faire n'importe quoi de l'humanité. Si la nourriture vient à manquer, tout être vivant se rebelle contre la faim et ceux qui le privent de nourriture; si le sens vient à manquer, l'esprit se rebelle contre la bêtise et les algorithmes qui pensent à sa place. Si certains besoins fondamentaux sont atteints, la révolte commence. Il est toujours triste de devoir perdre quelque chose pour se mettre à agir ; mais il est rassurant de se dire que nous sommes loin d'avoir tout perdu, et que nous avons encore beaucoup de raisons de lutter.

"Le seul fait que nous existons, que nous concevons et voulons autre chose que ce qui existe, constitue pour nous une raison d'espérer" (Simone Weil).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.