De qui se moque-t-on?

Contrairement à ce que pourrait laisser penser la lecture de certains journaux, la présence de 17 femmes nouvellement élues au parlement iranien n'est pas apte à infléchir la politique misogyne des mollahs au pouvoir. Des exemples récents montrent qu'aucune amélioration n'est en vue et que sous la présidence du "modéré" Rohani, la situation n'a pas cessé d'empirer.

Les résultats des récentes élections en Iran ont fait couler beaucoup d’encre. La plupart des médias se sont extasiés parce que dix-sept nouvelles députées, dont quinze qu’ils qualifient de « réformistes » vont siéger au Parlement, le Majlis, qui compte 290 membres.

Si ces femmes ont été élues, dirait Monsieur de La Palice, c’est pace qu’elles se sont présentées. Il leur a donc fallu l’autorisation du Conseil des Gardiens de la Constitution qui filtre les candidatures et écarte quiconque ne prouve pas son allégeance et sa soumission absolue au principe de la suprématie du "guide suprême" religieux, en l'occurrence Ali Khamenei, "aussi bien dans sa croyance intime que dans la pratique".

La présence de ces quelques femmes au Parlement peut-elle faire évoluer les choses, améliorer la condition féminine ? Il faudrait être bien naïf pour le croire ! Le régime se charge de les maintenir dans le droit chemin. Minou Khaleghi, la candidate d'Ispahan, a été disqualifiée par le Conseil des Gardiens de la Constitution peu après son élection, sous le faux prétexte qu’elle aurait serré la main à un homme et ôté son voile lors d'un déplacement en Chine.  Parvaneh Salahchouri, s'est vue obligée de revenir, par écrit, sur ses propos concernant le droit de porter ou non le  hijab, pour pouvoir conserver son siège de députée de Téhéran.

L’Iran est une théocratie de droit divin où le vote populaire ne compte pas pour changer les lois et préceptes décrétés depuis des siècles dans les textes "sacrés" par des générations successives de docteurs de la loi (la charia). Aucune réforme n’est possible dans ce domaine. Il en résulte une législation misogyne immuable, dans la Constitution et les codes pénal et civil du régime islamiste.

Dans ce contexte, les nouvelles élues n’ont qu’à se taire, ce qu’elles font très bien, aucune n’ayant dénoncé, ne serait-ce qu'en termes voilés ou du bout des lèvres, l'exécution de 68 femmes sous la présidence d'Hassan Rohani ou les cent coups de fouet administrés en public à une prisonnière le 27 avril dans le comté de la Golpāyegān, de la province d’Ispahan.

 

Pendant ce temps, la répression des femmes s’accentue.  7000 agents supplémentaires de la police des mœurs, "à la présence imperceptible", ont été déployés à Téhéran pour assurer "la sécurité morale" si menacée par l'apparence des femmes, selon de nombreux mollahs influents du pays. De son coté, Ahmad Khatami l'imam de la prière du vendredi de Téhéran, a rappelé le 29 avril que "26 organismes gouvernementaux sont chargés de lutter contre les femmes mal-voilées". Mais de ceci, les médias zélateurs du « modéré » Rohani, se gardent bien de parler.

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