Macron face aux gilets jaunes

Ce texte vise à éclairer avec le recul la réaction d’ E. Macron au mouvement des Gilets Jaunes et propose une lecture inscrivant les violences policières dans une stratégie politique globale. Entre autoritarisme et concessions, notre président a su manier en même temps le bâton (ou plutôt les balles de défense dans les yeux) et la carotte (où l’a-t-il mise ?).

Une dissection lucide de la stratégie d’Emmanuel Macron face aux gilets jaunes doit aller au-delà des apparences. Pourquoi de telles violences de la part des forces de l’ordre? Quel est le sens des concessions accordées ? Pour bien comprendre la position de l’exécutif dans cette succession d’événements, il faut l’éclairer à l’aune de la peur d’une révolution et d’efforts successifs d’ E. Macron pour reprendre la main.

Plusieurs éléments permettent d’affirmer que les violences policières ne sont pas des débordements mais sont le reflet d’une volonté politique. Ce qui nous conduira à interroger les raisons de l’usage démesuré de la force, au-delà des effets traditionnels escomptés par une posture de fermeté, en montrant qu’il relève d’une stratégie de division guidée par la crainte de l’insurrection. Quant aux décisions présidentielles présentées comme des concessions aux gilets jaunes, nous verrons qu’elles ont été pensées pour bénéficier au grand capital.

Manifestants face aux forces de l'ordre à Rouen, janvier 2019 © Par Daniel BRIOT from Rouen (France) — 2019-01 Manif. Rouen-20-2019-01-05, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=77397505 Manifestants face aux forces de l'ordre à Rouen, janvier 2019 © Par Daniel BRIOT from Rouen (France) — 2019-01 Manif. Rouen-20-2019-01-05, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=77397505

Les violences policières ne sont pas des comportements individuels déplacés mais sont le fruit de décisions politiques

Le déferlement de violences policières ne peut être attribué à des dérives individuelles : elles sont le reflet d’une stratégie politique globale. C’est l’exécutif qui a mis en place les conditions qui ont rendu ces violences possibles, voire inévitables.

Entre l’acte 2 et l’acte 3, le nombre de blessures graves signalées par David Dufresnes passe de 17 à 64, puis à 90 à l’acte 41. Ce qui renvoie à un changement de doctrine : « aller au contact »2. Les discours martiaux portés à l’époque par E. Macron, C. Castaner et E. Philippe en témoignent. "Il est certain que si nous avons une stratégie qui permet aux forces de l'ordre d'être plus mobiles, plus dynamiques, plus fermes, il y a plus de risques", déclarait encore en mars 2019 Edouard Philippe sur France 2, sans que cela ne le fasse sourciller. David Dufresnes a ainsi relevé 29 cas de mutilations chez les gilets jaunes (pour comparaison, 36 en cumulé les 10 années précédentes) et un homicide sur une personne ne participant même pas aux manifestations.

Comment cette explosion de violences a-t-elle été rendue possible ? Par la mise en place de conditions favorables aux violences en suivant trois axes.

D’abord, en encourageant l’usage d’ armes jugées dangereuses qui ne devraient être employées que dans des circonstances très précises selon le Rapporteur des Droits, à savoir les grenades lacrymogènes GLI F4, les grenades de désencerclement GMD et les lanceurs de balle LBD. Bien que l’usage de ces armes ait été dénoncé par l’ONU et le Conseil de l’Europe, elles ont été massivement utilisées. La seule fois où les chiffres ont été rendus publics, Castaner a avoué que les forces de l’ordre avaient employé 1 193 projectiles en caoutchouc, 1 040 grenades de désencerclement et 339 grenades GLI-F4 durant la seule journée du samedi 1er décembre.

En faisant appel à des personnels non qualifiés pour le maintien de l’ordre3. Ainsi, l’armée a été mobilisée contre son propre peuple et le Président de la République aurait ainsi pu provoquer le pire. Les drames sont venus en revanche des officiers de la BAC, employés pour des missions pour lesquelles ils n’ont jamais été formés et munis d’armes qu’ils ne maîtrisaient pas. Employer la brigade anti criminalité pour du maintien de l’ordre, c’est considérer les manifestants comme des criminels. Mal encadrés et non contrôlés, laissés à leur appréciation individuelle4, non formés à l’usage des armes qu’ils auraient à utiliser, n’ayant pas été sensibilisés à la doctrine du maintien de l’ordre telle que doivent l’appliquer les CRS et gendarmes mobiles, les agents en civil de la BAC opérant en toute liberté ne pouvaient que commettre des bavures. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Enfin, en ne sanctionnant pas les coupables de bavures (zéro peine de prison ferme malgré tous les cas signalés, arme ayant entraîné la mort de Zineb Redouane à Marseille non remise à l’IGPN sans que cette dernière n’y voie rien à redire, etc...) ce qui revient pour l’institution à cautionner les violences de ses membres. Chaque fois qu’un policier qui commet des bavures n’est pas condamné, il redéfinit ce qui relève de l’acceptable et entraîne avec lui l’institution dans son entier. Tant par le sentiment d’impunité des collègues que par l’image négative véhiculée au reste de la société.

Quand on confie à des personnels non formés des armes dangereuses et qu’ils se savent impunis, les drames ne sont plus un risque : ils sont certains. Alors pourquoi ?

La raison la plus évidente de la démonstration de force du pouvoir : marquer une posture de fermeté et accuser l’adversaire des violences commises en retour

La démonstration de force est d’abord un moyen de décourager d’agir par la menace de la punition et elle prend plusieurs formes : policière, judiciaire, législative. En effet, les trois pouvoirs ont été mobilisés (ce qui révèle d’ailleurs une faille dans la séparation des pouvoirs censée fonder la République). Utiliser la violence policière peut être d’abord analysé très simplement et relève du sens commun : si s’engager dans une manifestation contre le gouvernement, c’est prendre le risque d’être mutilé ou éborgné, cela peut décourager le badaud. Cette démonstration de force est également caractérisée par une répression judiciaire sévère : 800 peines de prison ferme entre novembre 2018 et mars 2019. La répression a continué ensuite : entre novembre 2018 et novembre 2019, bornes chronologiques du mouvement massif de manifestations, 3204 condamnations ont été prononcées, dont 2282 peines de prison ferme ou avec sursis, et 900 peines alternatives5. Le procès dit du « saccage de l’arc du triomphe » est encore en cours et a déjà vu un GJ condamné ce mois-ci à deux ans de prison pour avoir volé un sac contenant un gilet pare-balle dans un fourgon de police. Précisions que la plupart des prévenus avaient un casier judiciaire vierge. Cette rapidité et cette sévérité de la Justice témoignent d’une volonté d’impressionner la population contre toute velléité d’insurrection. En effet, force est de constater que la dimension politique de ces actes de délinquance, pourtant de faible intensité, leur vaut des condamnations particulièrement lourdes. A cela s’ajoute le renforcement de l’arsenal législatif comme réponse aux incidents. Ainsi, la loi anticasseurs du 10 avril 2019 permet à l’État de contrôler la participation individuelle de chaque manifestant en l’autorisant ou non à aller défiler sur la base des intentions qu’il lui prête.

Mais la violence policière revêt des caractéristiques symboliques propres qui engendrent d’autres conséquences que la simple peur de la sanction, et dont le pouvoir ne peut qu’avoir conscience. Une analyse politique plus fine s’impose.

En effet, l’usage de la force peut s’avérer contre-productif et cristalliser les mécontentements, faire dégénérer les manifestations pacifiques en émeutes et encourager les violences en retour, voire attirer dans le mouvement des groupes plus radicaux qui se substitueront aux manifestants pacifistes inquiets des risques.

Toutefois, cela permettra au gouvernement d’avoir des images de violences à présenter au JT pour décrédibiliser les manifestants et les présenter comme extrêmistes ou radicaux. A l’image de Christophe Dettinger qui, après des jours de harcèlement policier dans des manifestations pacifistes, en est venu aux poings avec des policiers qui empêchaient la circulation des manifestants. Cette excitation attisée des manifestants légitimera en retour une violence accrue des policiers qui sera même demandée par la « majorité silencieuse », qui n’a accès aux manifestations que par sa télévision.

Cette posture de fermeté est donc également un message à l’égard de ceux qui ne participent pas aux événements. Elle est censée donner l’image d’un exécutif qui contrôle la situation et restaure son autorité contestée, qui maintient l’autorité de l’État, la loi et l’ordre menacés par les émeutiers. Durant toute la période, l’exécutif niera les violences policières et n’hésitera pas à attribuer aux manifestants des intentions et des actes fictifs. Ainsi, si Castaner est « sidéré que l’on parle de violences policières », il n’hésite pas à affirmer que les manifestants veulent « tuer » les forces de police (alors que seule la réciproque a eu lieu), « détruire Paris » (alors que seuls des symboles du capitalisme sans valeur patrimoniale étaient visés, comme des banques et le Fouquet’s, et que l’afflux de provinciaux vers la capitale s’explique par l’appel de Macron à « aller le chercher » : seuls les puissants et le Président de la République au premier rang étaient ciblés) ou encore « attaquer l’hôpital Pitié Salpêtrière » (ce qui s’est avéré une fake news véhiculée par le ministre).

Nos hommes politiques connaissent les leçons de l’histoire. Lorsqu’A. Thiers réprime la Commune dans le sang en 1871, il montre que l’Assemblée est capable de maintenir l’ordre et la sécurité et assoit ainsi paradoxalement la République dans l’esprit des provinciaux rassurés. Il est depuis nécessaire pour tout gouvernement républicain de montrer qu’il ne se laisse pas déborder par une insurrection et qu’il est le garant de l’ordre et la sécurité.

Cependant dans le cas présent, la majorité silencieuse, d’après les sondages, était favorable aux gilets jaunes. Les révoltes émergent partout en province, et nombreux sont ceux qui ont rejoint les cortèges parisiens. Le gilet jaune n’est pas une avant-garde : c’est le Français moyen. Celui-ci, pour la première fois partie prenante de l’événement, a pu constater par lui-même le décalage entre ce qu’il pouvait voir sur les chaînes d’information en continu et la réalité telle qu’il la voyait tous les samedis. Le divorce avec les chaînes d’information nourrira d’ailleurs plusieurs épisodes de la période, avec des journalistes pris à partie par les manifestants au son de « BFMerde ».

Qui E. Macron voulait-il alors rassurer en réprimant avec férocité le mouvement? Les clients du Fouquet’s, les riverains et touristes arpentant les Champs Elysées, les investisseurs étrangers : bref une infime partie de la population, mais celle qui a le pouvoir et qui le lui a conféré6.

Mais une autre raison, moins évidente, explique l’usage d’une force démesurée et inédite sous la Vè République. Elle me semble une dimension essentielle bien que jamais mise en lumière.

Couper la police du reste des citoyens

Pour que l’émeute dégénère en révolution, il faut que les forces chargées du maintien de l’ordre changent de camp et rejoignent leurs concitoyens. En 1789, une partie de l’armée fraternisa avec le peuple révolutionnaire : dès le 14 juillet, des régiments de cavalerie et d’infanterie décidèrent de ne pas résister à l’assaut populaire des Invalides et des soldats des gardes françaises participèrent même à la prise de la Bastille. En 1871, la Commune débuta le 18 mars lorsque 4000 soldats, envoyés par le gouvernement de Versailles pour récupérer les canons de Montmartre et Belleville, choisirent de désobéir et refusèrent de tirer sur la foule, préférant rallier l’insurrection. La garde nationale, composée de volontaires issus du petit peuple et dont le gouvernement avait décidé de supprimer l’indemnité journalière, prit également part au mouvement. Il fallut compter sur les soldats faits prisonniers par les prussiens pour écraser plus tard cette révolte, soldats non informés des tenants et aboutissants de la Commune voire désinformés par la lecture imposée de journaux réactionnaires. L’armée et les forces de l’ordre jouent donc un rôle décisif dans les révoltes, qu’elles les écrasent ou qu’elles les rejoignent.

Quelle panique a dû ressentir E. Macron au début du mouvement des GJ, devant la bonne entente entre les manifestants et les policiers censés les encadrer ! Nous n’avions pas affaire à des militants d’extrême gauche, mais à des individus peu politisés de la classe moyenne, partageant avec les policiers le sentiment d’appartenir à une même classe sociale. Le respect de la police des premiers manifestants les inclinait à espérer une fraternisation. Il leur permettait en tout cas jusqu’alors un traitement agréable. Les scènes de discussion aimable entre policiers et manifestants se multiplient lors de l’acte 1 et 2 et des appels à rejoindre le mouvement sont entonnés.

Il était donc nécessaire et urgent pour E. Macron de couper la police du reste de la population et de s’en rattacher les faveurs…

Pour ce qui est des faveurs, il s’agit d’acheter la fidélité des policiers. Ainsi, les heures supplémentaires non payées depuis longtemps le furent subitement, la confiance aveugle du pouvoir en la police fut exagérément affichée quitte à nier l’existence de bavures, et se préparait une loi sécurité globale pour leur assurer que ces violences ne soient plus diffusées.

Pour ce qui est de couper la police du reste des manifestants, il s’agissait de les désolidariser en rendant les forces de l’ordre agressives pour salir leur image. C’est pour cela que l’on confia le maintien de l’ordre à des branches de la police non qualifiées en leur demandant d’user de tactiques agressives et en couvrant tous les actes odieux. L « inhibition » quant à l’usage des LBD est même dénoncée par Edouard Philippe. Selon C. Castaner, "Il y a des responsables dans la hiérarchie, des policiers qui ont douté, et ce doute n'est pas acceptable quand vous êtes confrontés à l'hyperviolence"7. Jusqu’au milieu du mouvement (la citation relatée date de mars 2019), il a a fallu pour le gouvernement lutter contre une éventuelle défection des policiers en encourageant l’usage de la force et en faisant pression sur ceux qui restaient mesurés. Cela est totalement contre-intuitif mais pour E. Macron et le gouvernement, la situation était bien plus critique au vu des scènes paisibles de collusion entre la police et les manifestants que lors des affrontements violents qui ont eu lieu ensuite. En incitant à la violence policière, le pouvoir a réussi à couper le lien entre forces de l’ordre et manifestants.

Si cela permettait de protéger le pouvoir d’un éventuel retournement des forces de l’ordre contre lui, cela ne calmait pas le mécontentement populaire. Il fallait donc donner l’impression d’écouter les revendications et faire quelques concessions.

Faire payer les gilets jaunes

Devant le danger qui menaçait son autorité, E. Macron a dû céder à la revendication originelle des GJ. Ainsi, après deux semaines de manifestations intensives, la taxe sur l’essence a été abandonnée le 5 décembre 2018. Mais il était trop tard, les revendications de départ avaient pris de l’ampleur et avaient muté en une demande plus générale de justice sociale.

Dans son discours du 10 décembre, E. Macron semble donc multiplier les concessions. Si la violence de la semaine précédente est verbalement condamnée, elle seule a permis une réorientation de la politique gouvernementale. Hausse du SMIC de 100 euros par mois, heures sup et primes de fin d’année défiscalisées. Mais une hausse du SMIC « sans le moindre coût pour l’employeur » nuance de suite E. Macron pour soulager son électorat. Alors à qui profitent réellement ces mesures ? Aux employeurs et au grand capital : pour eux, ce sont des cotisations et des impôts en moins, la prise en charge en partie des salaires modestes par l’État. On prend dans le portefeuille des gilets jaunes l’argent qu’on leur distribue. Pire, au regard du profil des gilets jaunes, plutôt classe moyenne que smicards, il est possible qu’ils ne voient pas la couleur de l’argent qu’on leur prend. Les précédentes revalorisations salariales, en 1936 ou en 1968 par exemple, étaient assurées par l’employeur. Pas celle accordée par E. Macron ! Ce dernier la fait porter sur le contribuable et écrase encore plus les citoyens au profit des patrons et actionnaires des entreprises. Ces 100 euros par mois, ce sont aussi 100 euros offerts aux patrons.

L’illusion d’une pacification démocratique

Le pic de l’esbroufe est atteint par l’idée de Grand Débat. Il s’agit d’opposer à l’expression violente de la colère et des revendications une proposition républicaine (entendre par là légale, pacifique et ne perturbant pas l’économie) d’expression démocratique. Comme expliqué dans mon précédent article, cela passe d’habitude par la légitimation électorale du gouvernement, afin de dénoncer le manque de représentativité de la rue en s’appuyant sur « la majorité silencieuse ». Ainsi, De Gaulle, en 68, avait dissout l’Assemblée pour reconquérir la légitimité par des élections législatives. Mais E. Macron sait qu’il est impopulaire à grande échelle et ne peut se permettre d’assumer un vote (qui pourrait prendre la forme, dans notre Vè République, d’une élection législative ou d’un référendum).

Qu’à cela ne tienne ! E. Macron est inventif et se contente de proposer un « grand débat » creux. Non content de se limiter à une expression des idées des citoyens sans moyen de les faire appliquer, le Grand Débat, censé permettre de voir émerger des idées venues d’en bas, s’est vu transformé en un énième exemple de la verticalité du pouvoir. En effet, E. Macron en a fait une tribune pour justifier sa politique et exprimer ses propres idées. Les longues séances filmées en témoignent : vous pouvez le voir déblatérer et prêcher la bonne parole, beaucoup moins écouter les doléances et propositions des citoyens qu’il rencontre.

Non seulement E. Macron a désarmé les revendications en les réduisant à des paroles, mais en plus il a confisqué cette parole.

Néanmoins, il faut préciser que cette stratégie n’a pas dupé grand monde, à en juger par la faible participation aux cahiers de doléances qui précédaient les débats. Aussi, malgré les pseudo-concessions du pouvoir, les manifestations se sont poursuivies et se sont même renforcées par la réaction à la réforme des retraites. C’est le coronavirus qui a mis -temporairement ?- un terme aux révoltes, pas la stratégie mise en place par l’exécutif.

En conclusion, les bavures ne seraient pas des dommages collatéraux imputables seulement à des individus isolés. Tout porte à penser qu’elles s’inscrivent dans une stratégie politique globale reflétant la terreur dont E. Macron a été saisi face à la déferlante populaire dirigée contre lui. Par peur d’une révolution, E. Macron s’est appliqué à diviser les policiers et leurs concitoyens en mettant bien en avant qu’ils étaient là, non pour les protéger et les servir comme ces derniers le croyaient, mais pour garantir l’oppression des classes dominantes en empêchant la colère des dominés de s’exprimer. Entre l’ordre et la démocratie, c’est l’ordre qui a été privilégié. Quant aux concessions affichées, elles n’ont été permises que par la peur que les émeutes ont inspiré au Président et à la classe qu’il représente. Mais elles ont été savamment réfléchies, d’une part pour épargner le grand capital, et d’autre part pour permettre à E. Macron de persévérer dans sa vision verticale du pouvoir.

Il n’empêche que le mouvement des gilets jaunes constitue un événement historique car il y aura un avant et un après, indépendamment de la teneur insignifiante des mesures lâchées. Parce qu’ils se sont, pour la première fois pour la plupart, placés au coeur de l’événement politique, parce qu’ils ont décidé de reprendre les rênes, les gilets jaunes ont fait par eux-mêmes l’expérience de la faillite des institutions françaises. Par conséquent, cet épisode de notre histoire aura vu le divorce entre une partie de la classe moyenne et les institutions diverses sur lesquelles reposent la société : médias mainstream servant le discours gouvernemental au risque de la désinformation, forces de l’ordre faisant un usage démesuré et injuste de la violence, justice au service des puissants et sévère avec les petits, gouvernement aux discours déconnectés et méprisants. Cette perte de confiance dans les différents organes de pouvoir, dont l’autorité reposait largement sur les classes moyennes, a définitivement atteint leur légitimité. Cette altération des représentations a modifié en profondeur les relations entre ces divers acteurs sociaux et aura forcément une influence sur les comportements, tant dans la vie quotidienne que dans les événements à venir...

1https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan pour un répertoire bien plus complet des violences commises

2https://www.mediapart.fr/journal/france/081218/sur-les-champs-la-strategie-du-flashball pour un reportage précis sur l’attitude agressive de la police lors de l’acte III

3Sur ce sujet, voir l’excellent reportage https://www.france.tv/france-2/infrarouge/2292723-l-ordre-a-tout-prix.html où des professionnels critiquent la violence engendrée par l’appel à des personnels non qualifiés et dénoncent la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre lors de la crise des GJ

4https://www.mediapart.fr/journal/france/160119/gilets-jaunes-les-armes-de-l-escalade-policiere?page_article=2

5Source: https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-le-bilan-des-sanctions-judiciaires-contre-le-mouvement_4344123.html

6Sur ce sujet, voir mon article https://blogs.mediapart.fr/leucha/blog/260221/comment-les-classes-dominantes-ont-detourne-le-suffrage-universel

7https://www.mediapart.fr/journal/france/190319/gilets-jaunes-le-gouvernement-assume-les-risques-dun-durcissement sur le discours de fermeté du pouvoir, valorisant l’usage des armes

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