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Billet de blog 11 nov. 2021

Nouvelles technologies de l’information : comment la bêtise est devenue ingouvernable

La bêtise est devenue ingouvernable. Elle était le levier sur lequel s’appuyaient les gouvernants et les politiciens. Elle est maintenant le moteur des révoltes. Deux voies s’offrent alors aux gouvernements : éduquer pour lutter contre la bêtise ou glisser vers l’autoritarisme.

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Cette semaine, des groupes de jeunes ont déferlé par centaines sur le palais des sports de Marseille pour se livrer à des dégradations matérielles parce que quelqu’un avait lancé l’idée sur TikTok. Les réseaux sociaux ont offert à la bêtise un porte-voix qui lui donne une capacité de nuisance sociale inédite. Cela va-t-il pousser les gouvernements à réagir et à lutter véritablement contre la bêtise?

Trois structures médiatiques à travers le temps, trois rapports différents à la bêtise

Il fut un temps où l’ORTF avait le monopole de l’information avec les deux seules chaînes de télévision et les quatre seules chaînes de radio autorisées, sous l’égide d’un ministère de l’information. Ces chaînes permettaient de dicter une vision officielle de l’information à des citoyens qui lui étaient soumis, leur présentant une seule interprétation du monde, leur imposant la rectitude de cette vision univoque. « La voix de la France » affirmait même fièrement G. Pompidou pour qualifier ces porte-voix de l’orthodoxie gouvernementale. Plus les spectateurs étaient simples d’esprit, moins leur esprit critique était développé et plus ils étaient enclins à absorber sans moufter la vision monopolistique du monde qui leur était proposée par des médias audiovisuels soumis au pouvoir.1 Certes, la teneur culturelle des programmes était plus dense mais l’information était incomplète et partiale. Propager la connaissance ne devait pas menacer l’adhésion à la politique du gouvernement.

On aurait pu penser que l’ouverture des ondes hertziennes à des chaînes privées sous la présidence de F. Mitterrand, dans les années 80, allait renforcer l’esprit critique. Elle a au contraire détourné les spectateurs de leur citoyenneté pour les abrutir, en privilégiant le divertissement au sens pascalien, celui qui vise à vous divertir de l’essentiel, à vous distraire. C’est la loi de l’audimat : les médias ont perdu leur rôle civique en adoptant une fonction économique, puisque le moteur n’était plus l’information et la bonne interprétation du monde mais le prix des espaces publicitaires. La masse abêtie n’était même plus soumise, elle était carrément tenue à distance des décisions politiques, il n’était même plus besoin de les lui faire accepter. On se rappelle du discours du pdg de TF1 qui disait vendre du « temps de cerveau disponible » aux publicitaires. Temps de cerveau qu’ils n’utiliseraient pas pour réfléchir, ce qui laissait le champ libre aux élites pour s'occuper des décisions politiques. Durant les années 80-90, le but de l’audiovisuel est de distraire et l’on se désintéresse du sérieux. Bien sûr, détourner de l’information ne suffisait pas car il y a toujours eu des âmes résistantes pour s’y intéresser. Le grand capital s’appliquait donc aussi à diffuser des fausses informations à son avantage en les parant des habits de la vérité: contre-études pseudoscientifiques biaisées sur les non-méfaits du tabac, appui au climato-scepticisme qui permettait de ne pas remettre en cause les piliers d’une économie basée sur l’énergie fossile... Naomi Oreskes et Erik Conway ont très précisément documenté ce qu'ils nomment les "marchands de doute", scientifiques payés par l'industrie pour nourrir des controverses paralysantes pour l'action publique. Ainsi, Exxon Mobil, la société pétrolière et gazière, finance aujourd'hui encore des études visant à dédouaner l'industrie de son rôle dans le réchauffement climatique. Les fake news, pourquoi pas tant qu’elles étaient émises par le grand capital et que ça permettait de faire tourner l’économie ou tant qu’elle était émise par le gouvernement et que ça permettait d’éviter les contestations. L’abêtissement était le moteur de l’inaction politique et la mise hors tension de la raison le moteur de la consommation compulsive. Cette deuxième phase de l’information, à défaut de défaire les téléspectateurs de leur soumission au pouvoir politique2, y a donc ajouté la soumission aux pouvoirs économiques. Pourquoi dans ces conditions vouloir éduquer, cultiver, élever les âmes et les esprits ?

Aujourd’hui, nous avons affaire à une multiplication inédite des sources d’information avec la massification d’internet. Nous sommes passés du « télé » au « inter » : c’est à dire qu’il n’y a plus un émetteur et un récepteur dans une relation verticale mais que, dans une relation plus horizontale, chacun peut passer tour à tour du récepteur à l’émetteur. N’importe qui peut passer du statut de l’informé à celui de l’informant. Le respect de la déontologie journalistique, la détention d’un certain savoir, tout cela ne vaut plus et seul compte le nombre d’abonnés qui vous suit. Conséquence de l’étape précédente dans l’évolution de l’audiovisuel, les citoyens se sentent désinformés et sont en quête de sens, ils sont en demande d’information pour essayer de comprendre le monde. Mais ils vont aller chercher la plus spectaculaire et, dans un monde où la loi de l’audience prévaut là encore, ce sont les fausses informations qui tirent leur épingle du jeu. Aujourd’hui l’idiot n’est plus soumis au discours de l’ORTF, ni même à celui de TF1. Il peut tomber sous le charme de celui d’un autre idiot. Il peut même être l’idiot qui prend la parole. Qui croire ? Des indices peuvent se glisser dans les textes comme l’orthographe, la syntaxe et la manière d’écrire. C’est plus compliqué face aux vidéos mais il reste la part de vrai que l’on est capable de détecter grâce à ses propres connaissances, la crédibilité que l’on peut accorder à la source, la posture que l’on connaît du media pour avoir un recul critique sur son interprétation du monde. Le flot d’informations censé la rendre accessible à tous ne lui a pas ôté son caractère discriminant. La bêtise reposait sur un trop-vide dans l’étape précédente, elle repose désormais sur un trop-plein : saturation des informations, impossibilité de les traiter, de les évaluer, de les interpréter.

Notons que l’arrivée d’internet n’a pas supplanté la télévision qui a su s’adapter et s’aligner. Une émission comme celle animée par Pascal Praud, « l’heure des pros », repose sur ce sentiment que n’importe qui peut s’exprimer, avec un présentateur qui n’a de professionnel que le nom. L’émission populaire de J.-J. Bourdin sur RMC donne directement la parole à des auditeurs qui appellent mais se garde bien de mettre en lumière les critères qui président à leur sélection. Les discours poujadistes, c’est à dire une tendance de droite réactionnaire, semblent nettement privilégiés par rapport aux discours de gauche. Le tout est de donner l’impression que ce n’est pas le journaliste mais l’opinion populaire qui s’exprime. Contraintes de valoriser le bon sens populaire, les télévisions privées et radio préfèrent mettre en avant les opinions d’extrême droite à celles de gauche. Par ailleurs, la télévision a su absorber le politique dans ses émissions de divertissement, mêlant les sujets de fond à l’entertainment comme dans l’émission de C. Hanouna « Balance ton poste »: on appelle cela l'infotainment. Ces tendances conjuguent des héritages propres à la télévision depuis les années 80 (l’objectif de divertissement) et la conjoncture actuelle qui place tous les émetteurs de discours au même niveau.

Nous voilà donc face à une évolution en 3 actes du rapport entre les médias et la bêtise : monopole d’État sur l’information qui met l’esprit critique hors d’état de nuire, apparition de chaînes privées qui optent pour la diversion voire l’exclusion des spectateurs du champ politique par le divertissement, puis multiplication des sources d’information par internet et prolifération des fake news qui s’appuie sur l’incapacité à distinguer le vrai du faux et la renforce.

La posture du téléspectateur a évolué en parallèle à ces trois phases : le citoyen religieux, qui avait foi en les institutions, a fait place à l’individu consommateur puis nous assistons à un retour du citoyen mais un citoyen en mal de religion, qui va placer sa foi ailleurs que dans les sources d'information instituées. En effet, le rapport à l’information pour un individu non éclairé relève de la révélation mais chacun a désormais un Livre différent.

La logique du point de vue des médias reste la même dans le deuxième et le troisième acte: faire de l’audience. Mais dans le troisième acte, il n’y a plus de cadre donc il n’y a plus de règles. La vérité du propos n’est plus un pré-requis et nul besoin de se parer des attributs classiques de la vérité avec des arguments d’autorité scientifique. Cela ouvre la voie à toutes les possibilités. Chacun peut donner son point de vue sur le monde, proposer sa propre grille de lecture sur les faits mais surtout, et c’est cela qui est inédit, énoncer ses propres faits. En témoignent les expressions nouvelles de « faits alternatifs » ou de « post-vérité », apparues aux Etats-Unis pour recouvrir cette nouvelle réalité.

Quelles conséquences politiques à ces nouvelles structures de l’information ?

La masse abrutie n’est plus une masse soumise, elle est devenue ingouvernable. Pour reprendre un mot souvent adopté par les rebelles des réseaux sociaux et le retourner contre eux, les moutons existent toujours et sont sans doute encore plus nombreux mais ils ne suivent plus le même berger. Surtout, n’importe lequel de ces moutons peut devenir berger.

Le mouvement antivax. L’invasion du capitole de Washington le 6 janvier 2021. Cette française qui a enlevé l’enfant qui lui avait été retiré, en suivant à distance les consignes d’une figure du complotisme qui avait réussi à lui apporter le concours de 10 personnes, dans ce que la presse a baptisé « l’affaire Mia ». Autant de conséquences hétéroclites d’un seul et même phénomène : l’information libre sur internet. La possibilité pour n’importe qui de dire n’importe quoi et de le diffuser à grande échelle.

Mais loin de moi l’idée de rejeter en bloc cette évolution comme peuvent le faire les grands bourgeois3 angoissés par les désordres de la fin des années 2010. Au lieu de simplement renforcer l’individu-consommateur, les réseaux sociaux -et c’est un dommage collatéral qui n’était pas prévu- ont excité l’individu-citoyen et exacerbé ses mécontentements. Ce qui devait être l’opium du peuple joue en fait le rôle d’ecstasy. On comprend alors l’angoisse actuelle des gouvernements à l’égard des réseaux sociaux pour les désordres et mouvements sociaux qu’ils peuvent engendrer. Stigmatiser le rôle des réseaux sociaux, cela revient à négliger la part de lucidité dans ces révoltes afin d’en contester la légitimité. La peur des réseaux sociaux qui les obsède n'est autre que la peur du peuple qui les hante.

Les élites ont tôt fait d'assimiler à de la bêtise ce qui relève en fait d'intérêts de classe divergents bien cernés. Or, on peut distinguer les mécontentements populaires qui reposent sur des fake news et ceux qui reposent sur un mécontentement face à des faits avérés.

Ainsi, on doit aussi à l’information libre sur les réseaux des événements politiques plus positifs comme les printemps arabes ou, en France, le mouvement des gilets jaunes. Comment est-ce que je classe ce qui relève de conséquences positives ou négatives ? Nul jugement moral personnel. Sont positifs les mouvements de révolte qui constituent une véritable émancipation car ils reposent sur une connaissance des faits : la colère contre la taxe carbone puis plus largement contre l’injustice fiscale pour les gilets jaunes, la conscience de régimes autoritaires, de la monopolisation du pouvoir par les générations qui ont participé à la décolonisation et la volonté de démocratie pour les printemps arabes.

Pour les autres mouvements cités plus haut, ils reposent respectivement sur la croyance farfelue que les vaccins seraient un moyen pour Bill Gates de contrôler la population avec l’implantation de puces 5G, sur la dénonciation mensongère d’une fraude électorale par Trump pour justifier sa défaite aux présidentielles ou encore sur un prétendu complot pédophile mondial soutenu par des pizzeria…

La nouvelle structure de l’information est telle aujourd’hui que la bêtise devient non plus un socle mais un fléau pour l’autorité des gouvernements.

Par exemple, la politique sanitaire d’E. Macron pâtit des idées fausses répandues au sujet des vaccins sur internet. Là où le Président de la République n’a pas réussi à convaincre des bienfaits du vaccin en s’appuyant sur les données scientifiques et les probabilités qui lui sont largement favorables, il a dû imposer un pass sanitaire. Or, celui-ci rend E. Macron impopulaire en donnant une vision autoritaire de son pouvoir.

Aux Etats-Unis, l’événement phare qui illustre ce danger est l’invasion du Capitole provoquée par les tweet de Trump et l’influence du mouvement complotiste Qanon sur internet. La désinformation devient inquiétante pour l’ordre social. Il y a des violences, il y a des foules, il y a des masses qui n’agissent pas rationnellement. On décide alors de bloquer Trump sur twitter : les twitts pour dire n’importe quoi ok si ça rapporte, mais il ne faudrait pas quand même que ça mette le peuple en action.

Ce qui est inquiétant pour les autorités, c'est que les mouvements de révolte n'ont plus besoin de structure, aucune institution ne vient les cadrer. Ni parti, ni syndicat. La technologie à elle seule crée le lien, le réseau social, dans une totale horizontalité où la masse, sans hiérarchie responsable pour répondre de ses actes, effraie.

L’information précède l’action et son importance politique est capitale : il est donc important de permettre au peuple de pouvoir distinguer le vrai du faux. La bonne nouvelle est que, maintenant que la bêtise gêne le pouvoir exécutif au lieu de lui donner le champ libre, maintenant qu’elle menace l’ordre social, peut-être l’éducation va-t-elle enfin devenir une priorité politique pour les gouvernements ?

La maîtrise d’une culture solide qui sert à jauger de la crédibilité d’une information, la finesse de l’esprit critique, la capacité à évaluer la qualité des sources, autant de qualités de plus en plus nécessaires à l’ensemble des citoyens. En effet, ils sont passés d’un statut passif de réceptacle de l’information à celui, actif, qui les place en position de recherche voire d’émetteur de l’information.

Malheureusement, plutôt qu’investir dans l’éducation, ce gouvernement préfère glisser vers plus d’autoritarisme en proposant des lois contre les fake news. A défaut de donner les armes à chaque citoyen pour distinguer le vrai du faux, E. Macron et son parti préfèrent s’en arroger le pouvoir.

Pourtant, ce gouvernement manie lui-même le mensonge et la fausse nouvelle sous toutes ses formes. Les discours de Sibeth N’Diaye sur l’inutilité des masques au début de la crise parce que les stocks avaient été vidés, les chiffres complètement faux de Blanquer sur le coronavirus dans les écoles pour les maintenir ouvertes, la violence policière déniée par Castaner pour continuer à éborgner les manifestants, l’islamo-gauchisme inventé par Vidal pour discréditer l’opposition, l’omission de la courbe des contaminations en France par Castaner lorsqu’il la compara aux autres pays européens pour masquer les échecs du gouvernement… Quant à la loi sécurité globale qui prévoyait d'interdire la diffusion de vidéos de violences policières, elle témoigne moins d'un amour de la vérité que de la volonté de contrôler l'information et de défendre le discours orthodoxe des classes dominantes.

L’État doit-il avoir le monopole de la fake news légitime ? Doit-il s’arroger le pouvoir de décider de l’information qui est digne ou non d’être diffusée ? Cela est réactionnaire et illusoire : les technologies actuelles ont rejeté cette prétention dans une époque révolue.

Les masses ont bien conscience que les gouvernements peuvent mentir à des fins politiques et à défaut de parvenir à démêler le vrai du faux, nombreux sont ceux qui rejettent le discours des autorités en bloc dans une forme de scepticisme généralisé.

C’est pour cela qu’ils se tournent vers des discours alternatifs sur internet, avec parfois un aveuglement très paradoxal eu égard à leur dénonciation des « moutons ». Cela peut s’expliquer parce que l’attitude active de recherche d’informations sur son ordinateur et l’absence d’humain véritable en face de soi donnent l’impression que l’on s’est informé « par soi-même », que l’information n’a pas été reçue d’un autre et surtout pas d’une autorité intellectuelle, scientifique ou politique discréditée. On a l’impression que l’on a construit sa propre opinion. En réalité, on est guidé par les algorithmes qui régissent internet et nos propres biais de confirmation. En effet, la plupart des gens cherche moins à apprendre qu’à être conforté dans ses idées : les algorithmes placent les internautes dans leur bulle informationnelle selon leurs opinions préexistantes et chacun a naturellement tendance à croire une information qui confirme sa vision du monde.

Un peuple non éduqué, c’était un peuple soumis aux pouvoirs, politiques et économiques. Aujourd’hui, c’est un peuple qui ne sait pas trop exactement contre quoi s’indigner et qui se révolte tous azimuts. Ce qui se jouait dans la bêtise, c'était la soumission et la dépendance à l'orthodoxie face à l'émancipation. Ce qui se joue aujourd'hui, c'est la vulnérabilité vis à vis d'une multiplication des discours fallacieux face à la capacité de discernement qui permet de trier ces discours. L’horizontalité de l’information peut être une évolution formidable et tendant vers plus d’égalité. Elle dote chaque citoyen de nouveaux pouvoirs, de capacités nouvelles à s’informer et même à informer et constitue en ce sens un outil démocratique. La liberté d'expression, proclamée formellement depuis la Révolution française, devient plus que jamais effective grâce aux technologies qui donnent les possibilité à chacun d'être écouté. Ainsi, cette liberté glisse désormais vers une égalité d'expression sans même que celle-ci n'ait été préalablement théorisée ni souhaitée. L'accessibilité des réseaux sociaux à toutes les classes sociales et la liberté qui les anime peuvent pourtant constituer un vent d'air frais face à la monopolisation de la parole médiatique par les classes dominantes et leur discours néolibéral de plus en plus monolithique.

Cette capacité dexpression acquise par tous, que l'on peut considérer  comme une "capabilité" au sens d'Amartya Sen, c'est à dire comme une liberté non seulement formelle mais effective, est un progrès démocratique. Elle peut avoir en apparence des effets paradoxaux: "on ne peut plus rien dire" diront les classes dominantes qui monopolisaient jusqu'alors l'espace médiatique. En réalité, s'ils ont ce sentiment, c'est parce que des groupes sociaux nouveaux peuvent prendre la parole sur les réseaux sociaux. Les mâles blancs de 50 ans peuvent toujours s'exprimer sur les ondes, mais ils s'exposent à un discours contradictoire des femmes, des "racisés" ou des jeunes sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas que les classes dominantes ne peuvent plus rien dire mais c'est qu'elles peuvent être contredites et leur vision du monde contestée.

Autre effet paradoxal: ce progrès démocratique peut entraîner des gens dans l'erreur par la diffusion de fake news. La capacité donnée à tous de s'exprimer ne signifie pas que tous les discours ni que toutes les opinions se valent, mais c'est au public d'être capable d'en juger.

Au lieu de voir les moyens technologiques donnant la parole à chaque citoyen comme un danger, il faut accompagner cette évolution en donnant à chacun les moyens intellectuels d’une réelle émancipation. Travailler à la diffusion du savoir et à la formation d'un esprit critique, pour que tout le monde puisse avoir un avis éclairé, plutôt que garder jalousement le monopole de la parole comme tentent vainement de le faire les élites qui se le sont arrogé dans les médias traditionnels.

Avec le développement des réseaux sociaux et d'internet, c'est donc moins la démocratie qui est en danger que la technocratie. Les classes dominantes ne peuvent plus enjamber l'avis des masses et n'en ont plus la maîtrise.

1Cela ne signifie pas que cette génération était plus bête. Ils ne disposaient pas de discours alternatifs au discours dominant dans l’audiovisuel mais bénéficiaient de ses vertus éducatives. Aussi, la presse écrite était plus pluraliste et plus lue qu’aujourd’hui mais ce billet n’est pas une analyse globale des médias, simplement du rapport du pouvoir à la bêtise, rapport qui se construisait principalement par les médias audiovisuels.

2Le secret d’État a particulièrement entouré le mandat de F. Mitterrand. Voir par exemple tous les travaux récents des historiens au sujet du génocide du Rwanda.

3 comme a pu le faire le documentaire à succès produit par Netflix au sujet des réseaux sociaux, « Derrière nos écrans de fumée », à charge contre les réseaux sociaux. En écoutant les témoignages des anciens cadres de facebook interrogés dans le documentaire, on est d’abord agréablement surpris de voir qu’ils ont pris conscience des dangers de leur création. Puis on comprend dans les 10 dernières minutes qu’ils ne regrettent d’avoir modifié les comportements que dans la mesure où, bourgeois devenus grands bourgeois, ces comportements se retournent contre eux. Le documentaire pose patiemment ses arguments critiques contre les réseaux sociaux en démontrant qu’ils nous considèrent en individu consommateur. Puis tout s’accélère à la fin pour nous faire adhérer sans esprit critique à la thèse selon laquelle les réseaux sociaux sont dangereux pour la démocratie. A la va-vite, nous assistons à une diatribe contre les révoltes, émeutes et manifestations populaires de la fin des années 2010 en amalgamant tout dans un grand glougi boulga.

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