Pollution de Notre-Dame : le soleil de plomb et la sécheresse doublent la mise

Alors que ce scandale sanitaire prend l’allure d’une partie de poker menteur, des températures extrêmes et une pluie rare ont fixé le plomb sur les toits de Paris. C’est abracadabrantesque, mais des Canadairs auraient dû être envoyés en avril pour enlever ce poison, entre La Cité et Neuilly. Quand notre ETOILE et SATURNE s’alignent avec JUPITER ...

Notre-Dame et son choeur en fusion

Entre 18 heures 51 (15 avril) et 2 heures 05 (16 avril), 300 à 400 tonnes de plomb sont tombées au sol, partiellement fondues par la puissance thermique de l’incendie. Une partie s’est évaporée, produisant des oxydes toxiques sous forme d’aérosols, et se dispersant au bon gré du vent, en suivant les directions Ouest et Nord-Ouest de Paris. Ce panache de fumées déposait ses particules fines au fur et à mesure de son passage au-dessus des immeubles haussmanniens, arrosant les toitures de zinc et les terrasses aménagées. Ainsi, le choeur de la cathédrale a pris l’allure d’un réacteur en fusion, aux ordres de Vulcain, avec un foyer nourri par les chênes centenaires de sa charpente.

 

La traversée de Paris

L’évaporation du plomb a entraîné la formation de Monoxyde de Plomb PbO (jaune au rouge), et de Dioxyde de Plomb PbO2 (teinte noirâtre). Ces polluants se retrouvèrent en suspension dans le nuage de fumées qui va assurer leur transport, leur diffusion et pour finir leur dépôt en surface. C’est ce que l’on appelle le « phénomène de dispersion atmosphérique », caractérisable physiquement par un indicateur comme la concentration en substances, variable dans l’espace et dans le temps. Ainsi, la dispersion dépend de plusieurs paramètres physiques, qui ont été plutôt favorables dans le cas de l’incendie de Notre-Dame. Comme une hauteur importante de la source de rejet (par rapport au sol), que l’on peut estimer à environ 120 mètres. Ou l’absence d’obstacles, vu la hauteur faible des bâtiments (absence d’IGH). Ou encore des conditions météorologiques propices comme la stabilité de l’atmosphère, l’absence de précipitations et une faible vitesse du vent (entre 5 et 18 km/h). Bref, toutes les conditions étaient réunies pour que les émissions se propagent sur de longues distances et selon un profil de concentration à faible décroissance. Avec des particules fines de quelques microns, il devient facile de parcourir des dizaines de kilomètres.

 

La comparaison à un « petit Chernobyl » est légitime

La comparaison de cette affaire à un petit Tchernobyl a semblé exagérée pour certains, mais les réactions à contre-temps par les pouvoirs publics semblent nous donner raison. D’abord, leur déni et leur insouciance dangereuse pour défendre notre sécurité et notre santé, ressemblent fort à l’épisode du nuage de Tchernobyl s’étant arrêté à la frontière franco-allemande. Ensuite, leurs mensonges par actions et par omissions renforcent l’inquiétude et le désarroi des riverains. Et enfin, leur désorganisation et leur négligence laissent présager une catastrophe sanitaire devenue hors de contrôle. L’arrêt du chantier, par manque de sécurité vis-à-vis du personnel, en est une preuve. En plus, le Climat vient de nous jouer une drôle de farce. Avec un record de température de 42,6 °C et une pluviométrie très faible de 20 mm en avril et en juillet, il semblerait que les micro-particules de plomb ne demandent qu’à se fixer davantage sur les toits, soit par un phénomène d’adhérence sur le zinc brûlant qui constitue le matériau de prédilection des couvertures (le plomb fond à température plus faible que le zinc), ou soit par un principe d’encapsulage ou d’agglomérat, grâce aux substances issues de la pollution urbaine. Ou quand ce plomb se transforme en épée de Damoclès ...

 

Dépollution du « choeur » du réacteur

Le chantier de reconstruction doit commencer avec cette épreuve du déplombage de l’édifice religieux, digne d’un chantier de désamiantage par les risques sanitaires qu’il représente. L’arrêt provisoire de cette opération démontre bien la complexité d’une telle dépollution, mais on doit s’appuyer sur un savoir-faire acquis depuis une vingtaine d’années avec les travaux réglementés du retrait de l’amiante. Pour ce faire, il faudrait d’abord procéder à un Zoning du bâtiment, suivant un découpage en trois zones (avec des SAS) :

- Zone 0, avec une concentration en plomb supérieure à la Valeur Toxicologique de Référence (VTR) et une intervention avec un scaphandre alimenté en air respirable

- Zone 1, avec une concentration en plomb inférieure à la Valeur Toxicologique de Référence (VTR) et une intervention avec un masque ventilé (type Versaflo)

- Zone 2, sans présence de plomb et avec le port d’un masque ant-poussière type FFP3. 

Il serait préférable d’obtenir la meilleure étanchéité par rapport à l’extérieur, et de mettre le monument en dépression, avec une filtration absolue en sortie. Quant au retrait complet du plomb, il suivrait le même protocole que celui de l’amiante, avec : entreprises habilitées, personnel formé et surveillé médicalement, plans de retrait, autosurveillance environnementale en continu, traçabilité des déchets, etc.

 

La machine à remonter le temps

Au lieu de jouer le souverain opportuniste faisant le buzz et rameutant son clan de donateurs mondains, un plan d’actions digne d’un responsable d'Etat aurait pu être le suivant :

- création d’une cellule de crise à compétences multiples (médecine, physique, mécanique, environnement, biologie, ...)

- cartographie des concentrations en plomb sur le secteur Ouest/Nord-Ouest de Paris, avec prélèvements aériens, au sol et en toiture, et suivi médical d’une cohorte de volontaires

- étude détaillée de la dispersion atmosphérique du nuage toxique et Evaluation des Risques Sanitaires (ERS), avec recollement par une campagne d’échantillonnages et communication aux riverains

- nettoyage préventif et rapide des toitures du secteur Ouest/Nord-Ouest de Paris, grâce à l’usage de Canadairs (ou équivalents) et avec un larguage dosé de l’eau (phénomène de pluie)

- information en continu du public et vigilance partagée.

Il n’est peut-être pas trop tard pour se rattraper.

 

Parisiennes, Parisiens, demandez à vos élus et aux institutions d'aller voir sur vos toitures, de s’éloigner de l’Ile de la cité, et d'évaluer les impacts de cet incendie, plus loin, dans votre secteur Ouest/Nord-Ouest ...

 

 

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