Beyrouth, Toulouse : mêmes causes, mêmes effets

Ces 2 villes ont le point commun d’avoir été soufflées par une explosion à partir d’un stockage de nitrate d’ammonium. La chimie nous rappelle à ses dangers et que la moindre négligence ne pardonne pas. Notre pays produit, importe et transforme cet ammonitrate, mettant sa population en danger par la proximité directe de ces activités à risques …

Un exemple parmi tant d’autres

J’habite cette région des Hauts-de-France qui possède un site industriel de production de nitrate d’ammonium, classé Sévéso seuil haut, sur la commune de Mazingarbe (près de Lens), à un kilomètre seulement du centre ville. Cette usine avait été épinglée en septembre 2001, quelques jours après le drame de Toulouse, car elle n’était pas aux normes. Pour mémoire, elle appartenait au même groupe Grande Paroisse (Total), avant d’être revendue à un investisseur espagnol. Elle est bien plus grande que son ancienne cousine du sud-ouest, avec un stockage cent fois supérieur. Des améliorations ont été apportées en limitant les risques à la source, certes, mais « le risque ZERO n’existe pas ». On va vous vendre des analyses de risques aux impacts maîtrisés et des zones de danger dépassant rarement le kilomètre, alors qu’une explosion peut être ressentie jusqu’au département voisin. Ce « fleuron industriel » est entouré de maisons et d’écoles, mais dormez tranquilles car il n’a jamais été aussi sûr, sur le papier du moins …

 

Un terrain miné aux quatre coins de l’Hexagone

Notre puissance agricole a un prix. Ainsi, la France absorbe 8% de la consommation mondiale de nitrate d’ammonium, en important quelques centaines de milliers de tonnes. Cette quantité astronomique de produit dangereux transite par les ports, avant de poursuivre sa livraison par transport ferroviaire au milieu de nos campagnes. A titre d’exemple, le port de Saint-Malo voit passer 60000 tonnes de ce produit chimique, à raison d’une quantité maximale admissible de 7500 tonnes à la fois, soit 25 fois la valeur du stock ayant explosé à AZF Toulouse, ou encore 3 fois celle de Beyrouth. La cité corsaire pourrait disparaître de la carte suite à un problème technique ou un acte de malveillance. Notre pays compte une bonne centaine de sites classés Sévéso stockant des ammonitrates, dont 16 classés en seuil haut, particulièrement surveillés et répartis sur tout le territoire. De plus, des sites de production comme le Grand-Quevilly (Seine Maritime) et Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) se retrouvent au milieu de complexes industriels énormes, avec un effet domino incommensurable en cas d’explosion.

 

Un conseil au Président de la République

La visite de notre Président sur les ruines encore fumantes de Beyrouth aurait dû se solder par la visite inopinée de plusieurs installations de notre pays, afin de se forger une première impression sur l’état de gestion de de surveillance de ces ICPE à risques majeurs. Je pense qu’il aurait eu son lot de surprises et provoqué une commission spéciale de sécurité afin de faire un état des lieux et renforcer les lois. On a oublié trop visite Toulouse et on continue à faire le « business as usual ». Avec un sous-effectif flagrant des structures d’inspection de la DREAL au niveau des préfectures, et un site sur deux faisant l’objet d’une visite de contrôle par an, les industriels ont toute latitude pour ne pas respecter la réglementation, soit dans une logique de profit, soit par une méconnaissance de la législation. Les sanctions sont encore trop faibles, comparées aux conséquences humaines et matérielles de telles tragédies. Enfin, les épisodes caniculaires et récurrents de ces dernières années, engendrent des montées en température qui n’ont pas été prises en compte dans les analyses de risques lors de la conception des installations. Sachant qu’une source intense de chaleur est un facteur potentiel pour la détonation du nitrate d’ammonium, une mise à jour urgente s’impose pour les études de dangers.

 

« … la santé n’a pas de prix, je ne transigerai sur rien … » (E. Macron)

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