Pollution au plomb de Notre-Dame : les pouvoirs publics sont à la ramasse

Les pouvoirs publics ont compris tardivement l’ampleur de la pollution au plomb dans l’environnement de Notre-Dame. En plus, ils ont mal interprété le phénomène de dispersion vers le secteur Ouest/Nord-Ouest, procédant à des premiers contrôles inutiles dans une zone non impactée par le nuage toxique. Malgré un sursaut en juillet, la tâche est encore immense et la rentrée scolaire approche ...

Episode de pollution au plomb

La puissance thermique de l’incendie a entraîné l’évaporation du plomb et donc la formation de Monoxyde de Plomb PbO (jaune au rouge), et Dioxyde de Plomb PbO2 (teinte noirâtre). Ces polluants se retrouvèrent en suspension dans le nuage de fumées qui va assurer leur transport, leur diffusion et pour finir leur dépôt en surface. C’est ce que l’on appelle le « phénomène de dispersion atmosphérique », caractérisable physiquement par un indicateur comme la concentration en substances, variable dans l’espace et dans le temps. Ainsi, la dispersion dépend de plusieurs paramètres physiques, qui ont été plutôt favorables dans le cas de l’incendie de Notre-Dame. Comme une hauteur importante de la source de rejet (par rapport au sol), que l’on peut estimer à environ 120 mètres. Ou l’absence d’obstacles, vu la hauteur faible des bâtiments (absence d’IGH). Ou encore des conditions météorologiques propices comme la stabilité de l’atmosphère, l’absence de précipitations et une faible vitesse du vent (entre 5 et 18 km/h). Bref, toutes les conditions étaient idéales pour que les émissions se propagent sur de longues distances et selon un profil de concentration à faible décroissance. Avec des particules fines de quelques microns, il devient facile de parcourir des dizaines de kilomètres.

 

L’Ecole Saint-Benoît, première d’une longue série

Située rue Saint-Benoît dans le sixième arrondissement, l’école Saint-Benoît composée d’une maternelle et d’une primaire, a été fermée le 25 juillet 2019, par mesure de prévention, suite à la découverte d’une concentration en poussières de plomb préjudiciable en extérieur, au niveau de la cour de récréation. L’établissement accueillait un centre de loisirs pendant la période de vacances. La mesure indiquait une valeur de 7000 microgrammes/m2, pour un seuil de précaution évalué à 1000 microgrammes/m2*, soit plus de 7 fois le seuil admissible. Une première opération de nettoyage n’a pas permis de redescendre sous ce seuil, avec une valeur de 3500 microgrammes/m2. A partir de ce constat d’échec, les autorités ont pris une décison radicale : enlever le revêtement existant, avec toutes les précautions qui s’imposent, et recouler un nouvel enrobé. Ainsi, des photos montrent des ouvriers en combinaison étanche et masque respiratoire de rigueur, en train d’évoluer au milieu de la cour. Nous sommes loin de l’insouciance des mômes qui ont foulé le sol des heures durant, d’avril à juin, en soulevant les particules toxiques de plomb, les inhalant ou les ingérant au passage. Coût estimé des opérations : 200 000 euros.

*valeur difficile à comprendre par rapport à une autre : 70 microgrammes/m2 en moyenne sur l’ensemble des pièces fréquentées par des enfants de moins de 7 ans

 

Etude de la dispersion atmosphérique

Une simulation de la dispersion atmosphérique du nuage toxique, via un un modèle de calculs simplifié de type gaussien, donne les résultats suivants (tendance) :

- hypothèse de calculs : débit d’émission à 300 kg/h* / hauteur du nuage à 120 m / vitesse du vent à 3 m/s / classe E-F / période de nuit / milieu urbain

*1% des 300 tonnes de plomb évaporés sous formes d’aérosols, pendant 10 heures (et non pas la totalité car peu envisageable d’un point de vue physique)

- indicateur de concentration en pollution (sans unité) : 0,02 à 500 m .......... 1.13 à 1000 m .......... 2 à 1500 m .......... 2,19 à 2000m .......... 1,95 à 3000 m .......... 1,64 à 4000 m .......... 1,38 à 5000 m .......... 1,19 à 6000 m*

*distance entre la cathédrale et l’intra-muros

Ces valeurs démontrent bien qu’il faut aller investiguer au-delà de 1000 m, suivant un secteur Ouest/Nord-Ouest* de Paris, au niveau des arrondissements suivants : 1er, 6ème, 7ème, 8ème, 16ème et 17ème. On observe un maximum à une distance de 2000 m du foyer de l’incendie, mais aussi des valeurs encore élevées au niveau du boulevard périphérique (6000 m).

*vent venant de l’Est/Sud-Est, les 15 et 16 avril 2019

 

La liste est longue

Une première recherche, selon les critères précédemment cités, donne une petite idée de la liste des écoles élémentaires et maternelles à contrôler :

- 1er arrondissement : Ecole élémentaire de l’Arbre Sec, Ecole maternelle Saint-Germain l’Auxerrois, Ecole élémentaire d’Argenteuil, Ecole maternelle Sourdière, Ecole polyvalente Cambon

- 6ème arrondissement : Ecole élémentaire de Vaugirard, Ecole élémentaire du Jardinet, Ecole maternelle Saint-André des Arts, Ecole élémentaire Saint-Benoît, Ecole maternelle Saint-Benoît

- 7ème arrondissement : Ecole polyvalente Chomel, Ecole élémentaire de la Motte-Picquet, Ecole élémentaire Las Cases, Ecole maternelle Verneuil, Ecole maternelle Vaneau, Ecole élémentaire Duquesne, Ecole élémentaire Eblé, Ecole maternelle Eblé, Ecole maternelle Saint-Dominique, Ecole élémentaire Général Camou, Ecole maternelle Rapp

- 8ème arrondissement : Ecole élémentaire Surène, Ecole polyvalente Robert Estienne, Ecole polyvalente Paul Baudry, Ecole polyvalente Louis de Funès, Ecole polyvalente Monceau, Ecole maternelle Roquepine, Ecole élémentaire de la Bienfaisance, Ecole maternelle de la Bienfaisance, Ecole maternelle Moscou, Ecole élémentaire Florence

- 16ème arrondissement : ..........

- 17ème arrondissement : ..........

Il faudrait y ajouter les crèches. Ainsi, en priorité, des prélèvements et des analyses de plomb dans les poussières au sol, en extérieur, au niveau des aires de jeux et des cours de récréation, permettraient de comparer la mesure au seuil de précaution évalué à 1000 microgrammes/m2.

 

Au secours, Monsieur Villani

Avec quelques tonnes (au moins) de plomb dispersés sous forme de micro(ou nano)particules, une valeur admissible de 70 microgrammes/m2 en moyenne sur l’ensemble des pièces fréquentées par des enfants de moins de 7 ans et une concentration maximale de 0,5 microgramme/m3 par inhalation, les risques sanitaires sont immenses. Mais ces risques ont existé au moment de l’incendie par le déplacement du panache (inhalation), et sont toujours présents aujourd’hui par rapport au dépôt de particules toxiques dans l’espace survolé. Il devient urgent de procéder à des Evaluations de Risques Sanitaires (ERS) relatives à ces deux mises en danger, afin de mesurer les impacts effectifs sur la santé des pompiers, des riverains et des touristes. En plus, la suspension à titre préventif du chantier de dépollution de l’édifice, avec une date de reprise sans cesse repoussée (le 12 août, puis le 19 août ...), traduit bien un flottement caractérisé au niveau du pilotage et du professionalisme de la cellule de crise, constituée pour traiter cette catastrophe sanitaire. Pourtant, les compétences et les têtes bien pensantes ne manquent pas pour faire bien. Hissons-nous au-delà du paraître politque et donnons les pleins pouvoirs au savoir-faire scientifique. Allez, Monsieur Cédric Villani, prenez le leadership de ce groupe et vous pourrez peut-être revenir pour briller le siège de Maire de Paris ...

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