Notre-Dame : plombée, le roi devra revoir sa copie

Le rêve de Macron de reconstruire la cathédrale, sur un quinquennat, a du plomb dans l’aile. Le feu a transformé l’édifice en un petit Tchernobyl, avec quelques centaines de tonnes de plomb à évacuer, et sans compter les trilliards de particules toxiques dans l'ambiance. Ou quand SATURNE se rappelle à JUPITER.

Un incendie hors norme

18 heures 51 (15 avril) ..... 2 heures 05 (16 avril)

soit seulement 7 heures pour anéantir une forêt de 1300 chênes, sans compter le bois de sous-toiture et 200 à 300 tonnes de plomb, tombées au sol et partiellement évaporées sous forme d’aérosols, particules dispersées au bon gré d’Eole dans l’ouest parisien. On a du mal à imaginer la puissance thermique produite par un tel brasier, mais la hauteur impressionnante des flammes et le débit massique des fumées en furent des indicateurs significatifs. Un refroidissement aux lances à gros débit qui s’ensuivit, pendant une période longue de 5 heures, fut nécessaire pour sécuriser les lieux. Le vaisseau de pierre s’offrait à la voûte céleste, avec un décor d’apocalypse, mais Notre-Dame sera sauvée après une lutte acharnée des soldats du feu, mais à quel prix ...

 

Un incendie, ou plutôt une catastrophe industrielle

Mais il y a un problème, et de taille ... la présence de ce sacré Plomb. Ce matériau fut utilisé, au fil de la construction, car Paris ne disposait pas de carrière d’argile à proximité pour la fabrication de tuiles en terre cuite. Ainsi, la couverture était constituée de milliers de plaques, d’une épaisseur d’environ 5 mm, offrant une bonne résistance dans le temps. Cet ouvrage, traversant des siècles d’histoire, a vu sa toiture en plomb s’effondrer au fur et à mesure que les flammes absorbaient les bois de charpente. Le métal devait même couler comme la cire d’un cierge de Pâques ...

 

Le plomb, en fusion et en évaporation

Le plomb a été utilisé avant l’acier car il offrait des facilités de mise en oeuvre, mais ses qualités se sont transformées en défauts dans ce tragique incendie. Il fond à basse température, 330°C, commence à s’évaporer à 500°C, et finit par bouillir à 1750°C. Avec des températures de flamme pouvant varier entre 1000 °C et 2000°C, il est clair que le métal a pas mal fondu, et s’est même évaporé partiellement. Ainsi, en témoigne la couleur orangée des fumées, traduisant la présence du Monoxyde de Plomb PbO (jaune au rouge), avec en plus du Dioxyde de Plomb PbO2, de teinte noirâtre. Ces substances toxiques, sous forme d’aérosols, ont traversé la capitale suivant un vent venant du Sud-Est / Est, et de faible vitesse (entre 5 et 18 km/h). Le nuage toxique a pris tout son temps pour la Traversée de Paris, avec un profil de concentration à décroissance lente et donc d’une grande toxicité pour la population, mais également pour les pompiers d'intervention ...

 

Le plomb, et son risque de saturnisme

Le saturnisme est une intoxication au plomb, particulièrement dangereux pour les enfants en bas âge (jusqu’à 7 ans) et les femmes enceintes. Ainsi, il est classé comme agent Cancérigène probable et Réprotoxique (CMR), et peut engendrer des effets sur le système nerveux, les reins, le système hématologique et cardiovasulaire. En cas d’exposition accidentelle, il faudrait réaliser un contrôle, sous forme de dosage dans le sang (plombémie), dans les 8 jours. Or, les services publics ont invité les riverains à se rendre à un centre de dépistage qu’à partir du 4 juin, soit 7 semaines après l’incendie (suite à un cas positif sur un enfant). On peut encore mesurer la faculté de réaction et d’anticipation de notre Grande Puissance Publique ...

 

Notre-Dame, un chantier de déplombage digne d’un désamiantage

Le chantier demeure une « zone interdite », mais il doit ressembler à un petit Tchernobyl avec des SAS d’accès contrôlés, compartimentés en blocs sales et blocs propres, des pédiluves afin d’éviter les contaminations croisées et des zones en dépression. Les compagnons doivent évoluer en combinaison étanche, jetable et à usage unique, des pieds à la tête, comme des cosmonautes à scaphandre léger. Sauf que notre cher donateur, Monsieur Pinault, semble avoir eu un traitement de faveur pour visiter les lieux, sans protection et sans passage obligé à la pataugeoire. Le pouvoir du prince, sans savoir qu’il se mettait en danger et qu’il avait le devoir de montrer l’exemple. Ainsi, le chantier de reconstruction devrait commencer avec cette épreuve du déplombage, digne d’un chantier de désamiantage par les risques sanitaires qu’il représente, et en respectant la réglementation en vigueur (plans de retrait, entreprises habilitées, confinement, autosurveillance environnementale en continu, traçabilité, ...), soit une bonne année au moins de travail, avant de pouvoir reconstruire. Monsieur Macron, il faudra patienter et ne pas se sentir au-dessus des lois ...

 

PARISIENNES, PARISIENS

A la veille de ce 14 juillet et du défilé sur les Champs-Elysées, sachez que vos toitures sont plombées et prenez les précautions qui s’imposent, tout en exigeant une Evaluation des Risques Sanitaires (ERS) pour quantifier les risques du passage d’un nuage toxique sur votre santé.

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