Cancers pédiatriques de Sainte-Pazanne et d'Igoville : la piste industrielle

La découverte rapprochée de 2 clusters de cancers pédiatriques aurait dû entraîner la saisine d’une enquête sanitaire exceptionnelle de la part des pouvoirs publics. A la place, le doute et le déni plongent les familles dans un isolement insupportable. L’incendie récent de Lubrizol en est l’illustration parfaite. CITOYENS, comptons sur NOUS, rien que sur NOUS ...

Risques industriels, l'Etat se désengage

Cet article partage une réflexion scientifique sur 2 faits divers qui sont la partie visible d’un « iceberg » parti à la dérive, à savoir le laisser-faire donné aux industriels de notre pays, dans la gestion et la maîtrise de leurs risques vis-à-vis de l’environnement. L’excuse de la simplification administrative permet dorénavant de se développer ou même de créer des activités, comme l’exploitation d’un bâtiment de logistique de plusieurs hectares, sans enquête publique, et donc sans évaluation environnementale par le biais d’études de dangers et d’études d’impact. Avec des cellules de stockage de plusieurs milliers de tonnes, et un risque d’incendie pouvant générer un panache de fumées toxiques de grande envergure, contenant des cyanures d’hydrogène et autres contaminants, suite à la combustion de matières plastiques, non nocives à l’apparence. Et quand une ministre annonce fatalement que l’industrel doit payer en cas de dommages dramatiques pour la santé de la population, on peut lui répliquer que la santé n’est pas négociable sur l’autel du profit de quelques actionnaires de passage. Le retrait progressif de notre puissance publique pour assurer cette gouvernance présage d’un avenir avec des catastrophes civiles et sanitaires plus fréquentes.

 

Cluster de Sainte-Pazanne, alerte au RADON

Sainte-Pazanne, Port-Saint-Père, Saint-Mars-de-Coutais, Saint-Hilaire-de-Chaléons, Rouans, ... autant de communes limitrophes du Pays de Loire, qui ont un dénominateur commun, à savoir l’apparition de 17 cas suspects de cancers pédiatriques dans un espace-temps très réduit. Avec une prédominance de leucémies, et un bilan lourd de trois décès à ce jour. Pour quatre cas d’enfants scolarisés dans le même établissement, l’attention s’est portée sur une école privée avec la suspicion d’une exposition à du radon, un gaz radioactif d’origine naturelle, issu de la désintégration de l’uranium et du radium dans la croûte terrestre. Ainsi, certaines roches, comme le granite, en contiennent davantage. Malgré une concentration élevée, cette piste a été écartée. Pour le moment, car il faut peut-être rechercher le radon un peu plus loin. Ainsi, avec plusieurs dizaines de carrières en exploitation, le département de Loire-Atlantique est dans les premiers rangs nationaux pour l’extraction de roches massives, de sables et autres matériaux. La production s’éleverait à plusieurs dizaines de millions de tonnes. En plus d’une radioactivité naturelle omniprésente, les eaux de carrières renferment des métaux lourds, comme l’arsenic, le chrome, le mercure, le sélénium, le cuivre, le zinc, etc.

 

RADIOACTIVITE NATURELLE des roches = RISQUES RADIOLOGIQUES pour la population

En visionnant une carte géographique centrée sur Sainte-Pazanne, on peut être surpris par l’existence de plusieurs carrières, dont une de très grande importance et à proximité directe : la carrière de Bréfauchet, entre Rouans et Chéméré. Cette unité s’étale sur une centaine d’hectares, et franchirait la barre du million de tonnes de roches extraites, en particulier le gneiss et la leptynite (mélange de quartz, mica, ...). Or, ces matériaux possèdent une radioactivité moyenne avérée, induite par la présence d’uranium et de thorium, à longue durée de vie. Quand le radon se libère naturellement par le sol, on peut considérer des concentrations faibles. Par contre, avec des capacités d’extraction de plus en plus importantes, avec des engins de chantier de plus en plus puissants, associés à des opérations de concassage et de broyage recherchant une granulométrie toujours plus fine, on peut suspecter un dégagement de gaz radioactif de grande importance dans l’environnement, avec des concentrations largement supérieures au seuil réglementaire. Soit, des petites bombes nucléaires version « tir aérien », de faible intensité certes, mais larguées de façon chronique dans l’espace mitoyen et aux quatre vents. En espérant que ce risque radioactif soit inscrit (comme dans le marbre) et autosurveillé, au niveau de l’arrêté préfectoral autorisant l’activité de cette ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), sinon ce serait un manquement flagrant à la sécurité de la population et la mise en danger de la vie d’autrui.

 

Cluster d’Igoville, alerte aux STEP

Igoville, Pont-de-l’Arche, Gouy, ... autant de communes limitrophes de l’Eure, qui ont un dénominateur commun, à savoir l’apparition de 10 cas suspects de cancers pédiatriques dans un espace-temps très réduit. Un point commun apparaît avec Sainte-Pazanne, à savoir l’existence de carrières à proximité de l’épicentre, mais une extraction d’alluvions plutôt que de roches dures, donc supposant une faible radioactivité induite. L’investigation se porterait sur une concentration de sites industriels, comme une usine papetière, une unité de chimie fine et une activité de produits pharmaceutiques vétérinaires. Ces 3 entités ont un point commun, à savoir l’exploitation d’une station d’épuration autonome, pour le traitement de leurs eaux industrielles (STEP). Ainsi, ces installations sont souvent à ciel ouvert, et mettent en oeuvre des process complexes qui doivent fonctionner comme des horloges. Le moindre dysfonctionnement ou une variabilité sur les conditions d’entrées au niveau des effluents peuvent engendrer des risques importants, comme l’émission de produits toxiques inconnus ou en forte concentration dans l’environnement direct. De plus, la mise en oeuvre de nouvelles technologies, vendues comme plus performantes et plus économiques, doit être accompagnée d’un suivi et d’un contrôle sans faille, au niveau des risques et des impacts. En un mot, maîtriser pour respecter son environnement ...

 

Conseils aux collectifs de victimes

Face aux carences et à la lenteur des services de l’Etat, le collectif de Sainte-Pazanne a très bien réagi en s’entourant d’experts bénévoles, en lançant un fond de souscription démocratique et en faisant réaliser ses propres analyses. Il faut aller encore plus loin :

- mutualiser les collectifs de Sainte-Pazanne et d’Igoville

- lancer un appel à des experts indépendants et bénévoles

- constituer un groupe de travail avec ces experts et autres spécialistes scientifiques

- réaliser une campagne de mesures et de prélèvements à proximité des sites soupçonnés (compteur de radioactivité, dosimètres fixés au niveau des clôtures, échantillonnages, ...)

- mener une Evaluation des Risques Sanitaires selon les bonnes pratiques du code environnemental.

La catastrophe sanitaire de Lubrizol, bombe sanitaire à retardement, doit servir de catalyseur à une prise de conscience collective et à une prise en mains de la défense notre environnement ... nous en avons l’intelligence et les moyens !

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