Cancers pédiatriques de Loire-Atlantique et du Jura : la faute au RADON ?

Les 2 clusters de cancers pédiatriques de Sainte-Pazanne (44) et de Morbier (39), dévoilés discrètement au grand public, ont une part de mystère ... Pourtant, ces 2 affaires ont 2 dénominateurs communs : la présence naturelle du RADON et l’existence de carrières dans l'environnement. Et si l’activité anthropique dispersait ses radionucléides et empoisonnait nos Enfants ?

Rappel des faits, crise sanitaire en Pays de Loire

Sainte-Pazanne, Port-Saint-Père, Saint-Mars-de-Coutais, Saint-Hilaire-de-Chaléons, Rouans, ... autant de communes limitrophes qui ont un point commun, à savoir l’apparition de cas suspects de cancers pédiatriques dans un espace-temps très réduit. Avec une prédominance de leucémies, et un bilan lourd de trois décès à ce jour. Pour 4 cas d’enfants scolarisés dans le même établissement, l’attention s’est portée sur une école privée avec la suspicion d’une exposition à du radon, un gaz radioactif d’origine naturelle, issu de la désintégration de l’uranium et du radium dans la croûte terrestre. Ainsi, certaines roches, comme le granit, en contiennent davantage. Malgré une concentration élevée, cette piste a été écartée et la rentrée scolaire a pu se passer normalement, avec des mesures préventives, comme une aération performante des locaux et un plan de surveillance sur la présence de radon. D’autre part, plusieurs campagnes de prélèvements et d’analyses, réalisées dans l’air, l’eau et les sols, n’ont mis en évidence aucune cause probable, comme l’existence d’une ancienne usine de traitement du bois, la proximité d’une carrière de granulats en exploitation ou l’impact éventuel de champs électromagnétiques induits par des lignes électriques. Cependant, une étude épidémiologique a été lancée par Santé publique France afin de récolter des données et d’établir d’éventuelles corrélations. Si nos institutions sont aussi efficaces que lors de la saisine pour l’affaire des « Bébés sans bras », on n’est pas prêt de connaître la vérité pour enrayer cette crise sanitaire.

 

RADIOACTIVITE NATURELLE des roches = RISQUES RADIOLOGIQUES pour la population

En visionnant une carte géographique centrée sur Sainte-Pazanne, on peut être surpris par l’existence de plusieurs carrières, dont une de très grande importance et à proximité directe : la carrière de Bréfauchet, entre Rouans et Chéméré. Cette unité s’étale sur une centaine d’hectares, et franchirait la barre du million de tonnes de roches extraites, en particulier le gneiss et la leptynite (mélange de quartz, mica, ...). Or, ces matériaux possèdent une radioactivité moyenne avérée, induite par la présence d’uranium et de thorium, à longue durée de vie. Quand le radon se libère naturellement par le sol, on peut considérer des concentrations faibles. Par contre, avec des capacités d’extraction de plus en plus importantes, avec des engins de chantier de plus en plus puissants, associés à des opérations de concassage et de broyage recherchant une granulométrie toujours plus fine, on peut suspecter un dégagement de gaz radioactif de grande importance dans l’environnement, avec des concentrations largement supérieures au seuil réglementaire. Soit, des petites bombes nucléaires version « tir aérien », de faible intensité certes, mais larguées de façon chronique dans l’espace mitoyen et aux quatre vents. En espérant que ce risque radioactif soit inscrit (comme dans le marbre) et autosurveillé, au niveau de l’arrêté préfectoral autorisant l’activité de cette ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), sinon ce serait un manquement flagrant à la sécurité de la population et la mise en danger de la vie d’autrui.

 

Nouvelle crise sanitaire dans le Haut-Jura

Depuis quelques heures, on prend connaissance de l’existence d’un nouveau cluster de dix cas de cancers pédiatriques dans le Haut-Jura, et en particulier sur 5 communes toutes mitoyennes : Morbier, Morez, Prémanon, Les Rousses et Saint-Pierre. Des noms bien connus pour les amateurs de fromage et de ski de fond. Mais cette concentration, à une telle altitude et dans un secteur aussi naturel, soulève une vague d’incompréhension sur un plan scientifique. La proximité de la Suisse nous rappellerait plutôt l’air pur et l’herbe fraîche de ses pâturages. Par contre, cette région montagneuse est naturellement exposée au radon. Voici un premier point commun avec le sol granitique de Loire-Atlantique. Sur un plan industriel, à part les activités mécaniques traditionnelles, aucune activité polluante à l’horizon. Par contre, en visionnant une vue par satellite de la zone, on découvre une carrière en activité, de dimension moyenne, située au niveau de la Route du Fort de Risoux, sur la commune des Rousses. Second point commun avec le cluster de Sainte-Pazanne. Après information, ce site est une carrière d’exploitation de roches massives, équipée d’une centrale de concassage et de criblage. Elle a fait l’objet d’une demande d’autorisation d’exploiter à ciel ouvert dans le cadre d’une extension, en septembre 2013, avec une capacité maximale de 160 000 tonnes/an. De plus, l’exploitant souhaitait accueillir des matériaux inertes, à raison de 35 000 m3/an , afin de répondre à une demande locale et de permettre un comblement partiel pour la remise en état du site. En un mot, une usine à faire de la poussière “ radioactive ” et une décharge à ciel ouvert ...

 

On nous refait le coup du nuage de Tchernobyl

Alors que ce secteur jurassien est géologiquement chargé en radon, l’arrêté préfectoral pour l’extension de la carrière ne préconise uniquement que “ l’humidification des matériaux pour maîtriser les poussières ...  » afin de minimiser l’impact environnemental. C’est connu, le radon s’arrête à la frontière franco-suisse, comme le prouve une étude comparative de la prise en compte du risque dans chaque état. Ainsi, la carte du radon en Suisse classe le secteur proche des Rousses à un niveau élevé (région à concentration accrue en radon - zone rouge), alors que la cartographie de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) ne mentionne aucun potentiel radon côté français. Cet écart français, amplifié par l’absence de prise en compte d’un dégagement anthropique de radon lors du concassage et du broyage de la roche, est une erreur fatale qui pourrait mettre la population en danger, ainsi que les salariés des entreprises d’exploitation de ces carrières. De plus, le site industriel jurassien est situé sur une hauteur, implantation stratégique favorisant la dispersion d’aérosols chargés en particules radioactives, aux quatre vents.

 

Conseils aux collectifs de victimes

Face aux carences et à la lenteur des services de l’Etat, le collectif de Sainte-Pazanne a très bien réagi en s’entourant d’experts bénévoles, en lançant un fond de souscription démocratique et en faisant réaliser ses propres analyses. Il faut aller encore plus loin :

  • mutualiser les collectifs avec celui de Sainte-Pazanne
  • lancer un appel à des experts indépendants et bénévoles
  • constituer un groupe de travail avec ces experts et autres spécialistes scientifiques
  • réaliser une campagne de mesures et de prélèvements à proximité des sites soupçonnés (compteur de radioactivité, dosimètres fixés au niveau des clôtures, échantillonnages, ...)
  • mener une Evaluation des Risques Sanitaires selon les bonnes pratiques du code environnemental

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.