LEVI'S
Abonné·e de Mediapart

42 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 juin 2020

Une baraque à frites XXL chez les Ch’tis

Après des entrepôts XXL pour Amazon et Alibaba, un investissement étranger de 140 millions d’euros pour une usine de production de 1500 tonnes de frites surgelées par jour dans le Grand Nord. Conscients des nuisances toxiques, sonores et olfactives à venir, les Villageois de Saint-Georges-sur-l’Aa n’ont plus la patate …

LEVI'S
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Extrait de « Bienvenue chez les Ch’tis » - Michel Galabru (le Grand Oncle)

  • Philippe : Il fait très froid ?
  • Le Grand Oncle : Oofff … en été, ça va, parce que tu as zéro, zéro-un. Mais l’hiver, ça descend, ça descend, ça descend : moins dix, moins vingt. Moins vingt, moins trente. Tu dis : je reste couché, ils te foutent du moins quarante. Tu vois ?
  • Philippe : Moins quarante ?
  • Le Grand Oncle : C’est le Nooord !

Saint-Georges-sur-l’Aa, village martyr du risque industriel

A 5 kilomètres de Gravelines et sa centrale nucléaire, avec 6 réacteurs de 900 Mégawatts (la plus grande d’Europe) … à 10 kilomètres de Dunkerque et sa quinzaine d’usines classées SEVESO seuil haut, y compris l’usine sidérurgique d’Arcelor Mittal … et maintenant à 800 mètres d’une future usine de production de frites surgelées, à capitaux belges, Saint-Georges-sur-l’Aa n’a plus rien à envier aux zones noires des pollutions industrielles comme Fos-sur-mer, Lacq ou Saint-Nazaire. Certes, les villageois seront moins bombardés de substances toxiques classées CMR, mais ils vont rentrer dans un enfer environnemental, et seront sacrifiés sur l’autel de notre sacrée attractivité nationale, si chère à nos politiciens de passage. Cette commune, au cœur du plat pays de la Flandre Maritime, n’est située qu’à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, et est classée en zone rouge vis-à-vis de la montée des eaux des océans. La construction de ce paquebot, fait de fer et de béton, en zone inondable, va entraîner un massacre de la biodiversité et donc de notre capital universel. Un grand projet inutile de trop !

Spoliation du capital immobilier, face noire du capitalisme

Dés le premier coup de pelleteuse mécanique pour le démarrage des travaux, les trois cents âmes de ce petit village verront leur patrimoine immobilier perdre 25% de sa valeur. C’est le prix à payer pour subir les risques et les dangers d’une activité industrielle qui vient s’installer au seuil de son habitation, sachant que le patron continuera à jouir de sa résidence secondaire sur la station balnéaire de luxe de Knokke-le-Zoute. Avec un niveau sonore doublé, alliant basse fréquence et haute fréquence, 24 heures sur 24, une odeur nauséabonde de frite brûlée suivant les mouvements de la girouette, et des armadas de semi-remorques amenant la matière première, et embarquant le produit fini pour inonder les McDos ou autres Fast-foods de France et de Navarre. Dans ce cadre dantesque, le chant du merle ou le cri de la chouette feront partie du passé. Cerise sur le gâteau, pour ne pas dire ketchup sur les frites, les habitants dormiront avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, par la fuite accidentelle possible de 34 tonnes d’ammoniac (produit hautement toxique), pouvant se disperser dans un rayon de plusieurs kilomètres. Avec l’option probable d’un agrandissement de la capacité de production, et donc la mise en place de tunnels de congélation en plus … soit 10 tonnes d’ammoniac supplémentaires faisant passer l’usine en site SEVESO seuil bas, et évoluer la décote immobilière de moins 25% à moins 40%, soit une perte de 80 000 euros pour un prix de logement dans la moyenne.

Une enquête publique biaisée

La réglementation imposant une enquête publique dans le processus d’autorisation environnementale, le Covid-19 est venu perturber son bon déroulement pour cause de confinement. Initialement prévue du 5 mars au 6 avril, puis suspendue, elle a finalement été autorisée par voie dématérialisée du 29 avril au 23 mai. Il faut aller vite car les actionnaires s’impatientent. Avec des documents à consulter sous forme numérique, une commissaire-enquêtrice interrogeable via une adresse mail et un registre électronique pour consulter et enregistrer les observations, on atteint le sommet de l’absurde. Finalement, après une pression forte d’un collectif, l’enquête pourra être prolongée du 20 juin au 3 juillet, avec une consultation physique en mairie, sous condition d’une inscription préalable et du respect de règles sanitaires strictes. Enfin, avec des milliers de pages de notes techniques à parcourir, il faut être à la fois physicien, chimiste, toxicologue, mathématicien et statisticien pour comprendre, puis évaluer les dangers induits par ce projet pharaonique. Mais la conclusion est toujours la même : absence d’impact sur la santé environnementale, dormez tranquilles braves gens !

Deux usines pour le prix d’une
Avec une consommation annuelle d’eau proche de 2 millions de mètres cube, soit 240 mètres cube à l’heure, l’usine possédera sa propre station d’épuration pour ses eaux industrielles. Le dossier d’autorisation environnementale fournit trop peu d’informations pour ne pas attirer l’attention sur cette activité très polluante. Ce sera l’équivalent d’une station pour une ville de cinquante mille habitants. Aux odeurs de graisse s’échappant des deux cheminées de 80 mètres de hauteur, se mélangeront des effluves d’œuf pourri, alias le sulfure d’hydrogène, issu des procédés de méthanisation pour dégrader la matière organique. Pour afficher une façade de Greenwashing, le gaz final sera introduit dans une unité de cogénération pour produire de l’électricité « verte », à zéro carbone d’émission. A défaut du bon fonctionnement de ce joujou de la transition écologique, il sera brûlé au travers d’une torchère, flamme dansante sur cette vaste plaine de la Flandre Maritime, semblable à une raffinerie de pétrole. Sans oublier des émissions de COV, et un risque légionellose par la présence d’une dizaine de tours aéroréfrigérantes. La bonne frite est à ce prix …

« … la santé n’a pas de prix, je ne transigerai sur rien … »
Extraite d’une allocution de notre Président pendant la crise sanitaire du Covid-19, cette promesse fait office d’oxymore si on mesure les impacts sur la santé environnementale d’un tel projet industriel. En prenant compte les six communes impactées par cette nouvelle activité, ce sont des dizaines de milliers de citoyens qui subiront ce risque sanitaire. Fabriquer une frite dans le nord de la France et l’exporter en Asie pour répondre à un contrat mondial de vente exclusive pour McDonald’s, on peut déplorer que la pandémie de cette année n’ait pas servi de leçon. Alors, chacun doit agir en son âme et conscience, et boycotter ce terroriste de la Malbouffe. Il faut être dans l’action, et laisser gesticuler les experts ignorants de nos chaînes de télévision privée. Pour ma part, j’achète mon petit sac de pommes de terre à l’agriculteur de la rue voisine. Je les prépare en recyclant les épluchures dans un composteur à ciel ouvert. Le compost servira à enrichir la terre du potager pour la culture de tomates ou de courgettes. Je coupe délicatement le tubercule en frites calibrées et je cuis en deux fois afin de les faire dorer à point. La meilleure frite du monde …

La baraque à frites du village va rouvrir son volet à dix-neuf heures ce soir, sur la place de la Poste. Sa spécialité, le Sandwich Américain, soit un sandwich avec une merguez ou une fricadelle, et des frites fraîches directement dans le pain. Dans quelques mois, la société PRD (Cheval de Troie d’Alibaba) va construire un entrepôt XXL de 96 000 m² à la sortie du village, et donc massacrer notre belle plaine des Weppes …

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Lidl : les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
Conditions de travail : la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Politique
Zemmour : quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)

La sélection du Club

Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie