Pollution au plomb de Notre-Dame : chronique d’une pagaille annoncée

20 août 2019 : les pouvoirs publics n’ont toujours pas analysé la concentration en plomb des cours de récréation de toutes les écoles et crèches situées dans la trajectoire du nuage toxique généré par l’incendie (Ouest/Nord-Ouest de Paris). Distance intra-muros : 6 km, soit des dizaines d’établissements à contrôler ... Comment sera garantie la santé des enfants le 2 septembre ?

L’incendie de Notre-Dame, une bombe sanitaire à retardement

La dispersion atmosphérique du plomb sous forme d’aérosols a entraîné trois impacts sur un plan sanitaire :

- l’exposition aigüe des pompiers, des observateurs et des riverains qui se sont retrouvés à la verticale du panache de fumées toxiques, progressant lentement vers le secteur Ouest/Nord-Ouest de Paris sur le créneau horaire 15 avril - 19h / 16 avril - 5h,

- l’exposition chronique de la population dans une zone géographique correspondant à ce même secteur, et induite par la présence de microparticules d’oxydes de plomb déposées sur des surfaces, comme les sols et les toitures, ou introduites à l’intérieur de logements,

- l’exposition chronique du personnel oeuvrant sur l’édifice de Notre-Dame, pour assurer sa dépollution ou sa consolidation, étapes préalables à sa reconstruction.

Ces risques graves, évoqués au lendemain de la catastrophe par certaines associations sous forme d’une alerte légitime, ont été pris au sérieux que trop tardivement par les pouvoirs publics. Pourtant, des experts scientifiques comparent le danger du plomb à celui de l’amiante, autre déni de notre grande Puissance Publique. C’est une véritable bombe sanitaire à retardement que ce terrain miné par le plomb, et les moyens ne sont pas à la hauteur pour enrayer cette crise.

 

Des avancées certes, mais insuffisantes

Il a fallu l’intervention de la presse, dont principalement MEDIAPART, pour dénoncer des manquements flagrants à la sécurité et à la protection de la santé des intervenants sur le chantier de la cathédrale. Elle faisait écho à l’inspection de travail qui avait déjà adressé quelques mises en demeure, depuis le mois de mai et restées sans suite. Il fallait aller vite pour satisfaire les caprices du prince. Le pouvoir et « la sagesse » d’un préfet ont permis une suspension des travaux et une remise à niveau pour travailler selon de bonnes pratiques de prévention. Il est vrai que nous étions loin du compte et des actions comme l’installation d’unités mobiles de décontamination, l’usage de tenues jetables et la sensibilisation du personnel, associée à une vigilance partagée, démontrent enfin une prise de conscience effective des risques et une volonté de s’inscrire dans une démarche d’excellence environnementale. Chacun doit jouer son rôle et prendre ses responsabilités. De même que le nettoyage en cours des abords du monument, très pollués par sa proximité directe, est une étape nécessaire pour dépolluer. Mais elle n’est pas suffisante car les substances toxiques se sont disséminées sur tout le versant Ouest de la capitale.

 

La Mairie de Paris, loin du compte

Avec l’accompagnement de structures comme l’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France (ARS), la Mairie de Paris a procédé à des prélèvements et des analyses du plomb dans les poussières au sol, à l’intérieur et l’extérieur d’établissements publics recevant des enfants de moins de 7 ans. Certains diagnostics environnementaux ont eu lieu en juillet, soit trois mois après l’incendie. Un certain retard à l’allumage, après les étapes du déni et d’une prise de conscience au forceps. Mal conseillée, cette administration réalise des contrôles dans les 4ème et 5ème arrondissements, non survolés par le nuage. Temps et argent perdus. De plus, elle se limite à un rayon de 500 mètres, élargi à un kilomètre. Alors qu’elle constate des résultats positifs pour certaines écoles des 6ème et 7ème arrondissements, elle réfute à prolonger ses investigations dans ce secteur de l’Ouest de Paris, comme si le panache toxique s’était arrêté brusquement, comme celui de Tchernobyl. Madame Hidalgo devrait aller voir ce qu’il se passe jusqu’à l’intra-muros, au niveau du Boulevard Périphérique, et elle ne sera pas déçue. Pour s’en convaincre, il faut savoir qu’Airparif a enregistré un pic de pollution au plomb au niveau de la commune de Limay - Yvelines (près de Mantes-la-Jolie), pendant la semaine de mesure correspondante à celle de l’incendie. Soit à 46 kilomètres de Notre-Dame, alors que ce métal lourd était à peine décelé au niveau du 18ème arrondissement ... et oui, être au mauvais endroit et au mauvais moment.

 

L’Ecole Saint-Benoît, cas de jurisprudence

Située rue Saint-Benoît dans le sixième arrondissement, l’école Saint-Benoît composée d’une maternelle et d’une primaire, a été fermée le 25 juillet 2019, par mesure de prévention, suite à la découverte d’une concentration en poussières de plomb préjudiciable en extérieur, au niveau de la cour de récréation. L’établissement accueillait un centre de loisirs pendant la période de vacances. La mesure indiquait une valeur de 7000 microgrammes/m2, pour un seuil de précaution évalué à 1000 microgrammes/m2, soit plus de 7 fois le seuil admissible. Une première opération de nettoyage n’a pas permis de redescendre sous ce seuil, avec une valeur de 3500 microgrammes/m2. A partir de ce constat d’échec, les autorités ont pris une décison radicale : enlever le revêtement existant, avec toutes les précautions qui s’imposent, et recouler un nouvel enrobé. Ainsi, des photos montrent des ouvriers en combinaison étanche et masque respiratoire de rigueur, en train d’évoluer au milieu de la cour de récréation. Nous sommes loin de l’insouciance des mômes qui ont foulé le sol des heures durant, d’avril à juin, en soulevant les particules toxiques de plomb, les inhalant ou les ingérant au passage. Coût estimé des opérations : 200 000 euros. Imaginons que d’autres cas semblables se présentent pour d’autres écoles ...

 

Lundi 2 septembre 2019, rentrée reportée et pagaille parisienne

On va se mettre à la place de parents dont un enfant effectue sa rentrée dans une école ou une crèche, situées dans les 1er, 6 ème, 7ème, 8ème, 16 éme et 17éme arrondissements. Cet établissement a été probablement survolé par les fumées de l’incendie, et a donc subi une contamination au plomb au niveau de ses surfaces extérieures (et peut-être intérieures). Sans disposer d’un diagnostic sur la concentration de cette substance hautement toxique, classée Cancérigène, Mutagène ou Réprotoxique (CMR), et potentiellemnt présente dans l’environnement direct, le principe de précaution s’applique obligatoirement et les portes resteront fermées jusqu’à nouvel ordre. On peut imaginer ce phénomène pour des dizaines de structures et donc des milliers d’enfants. Une grosse pagaille en perspective car à cette heure, il est déjà trop tard. On déploie douze mille agents à Biarritz, et on laisse douze mille élèves sur le carreau ... JUPITER fera-t-il le déplacement ?

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