Notre-Dame brûle et nous ne regardons pas ailleurs ...

Et si cet arche de pierre érigé au fil des siècles, témoin de l’Histoire et du génie humain, nous envoyait un signal fort. Par cet « incendie de forêt » en début de Semaine Pascale, au moment de l’Angélus du soir, Notre-Dame nous lancerait une ultime alerte pour annoncer le chaos climatique qui s’annonce. Justement, il ne faut surtout pas la reconstruire, sauf à minima ...

En 24 heures chrono, le Pouvoir Suprême a décidé de sa reconstruction (caprice de monarque), en 5 ans seulement, sans consulter les experts et sans avoir aucune idée de son état général ... laissez-la reposer en Paix. Cette période quinquennale est la fenêtre de temps qui nous reste, à nous simples humains, pour contrecarrer cette nouvelle ère anthropocène. Ne nous trompons pas de cible ! Il faut renverser la tendance et rentrer dans un autre modèle (de décroissance) afin d’enrayer cette descente aux enfers, avec d’autres forêts qui brûleront sur les cinq continents, des déserts qui avanceront et des eaux qui monteront à une vitesse certaine.

Il faudra encore amputer quelques forêts pour fabriquer les millions de troncs qui recevront les offrandes d’une poignée de donateurs, fichés au CAC 40. Ces seigneurs des Temps Modernes ont fait preuve d’une certaine indécence, sans attendre que le Choeur de la cathédrale refroidisse et en se lançant dans une opération de trading à haut débit pour remporter le Graal du plus offrant. Que ces chevaliers du nouvel ordre économique remboursent d’abord leurs dettes à la Planète qu’ils pillent sans scrupule, nous précipitant dans l’enfer écologique, pour remplir leurs coffres dans les paradis fiscaux.

Des Hommes ont pleuré et prié au chevet de Notre-Dame. Pendant ce temps, Notre-Mère Gaïa agonisait encore et toujours, le feu d’une charpente millénaire accélérant la fonte des glaciers de l’ère quaternaire. Plutôt que de lancer un concours pour sa reconstruction, mettez le cap sur ce nouveau continent de plastique qui est en train de contaminer, dans l’infiniment grand mais aussi dans l’infiniment petit (pensée pour Pascal), notre patrimoine naturel et universel. Des chercheurs de bonne volonté se sont déjà mis à la tâche, et leurs efforts sont louables, mais inadaptés à la hauteur du défi. Le temps presse et il faut y aller maintenant ...

Reconstruction de Notre-Dame de Paris, Projet du Grand Paris, Jeux Olympiques de Paris 2024, ... Paris ressemble à un grand Trou Noir qui aspire toute l’énergie et tous les budgets de la France de demain, laissant pour compte les campagnes du Centre et leurs flèches volcaniques. Le regretté Michel Berger, dont l’oeuvre Starmania reste d’une incroyable actualité (le monde est stone), ne pourrait plus chanter « ... de mon village, capitale ... » et ne reconnaîtrait plus son Paradis Blanc. Moi, je vous le dis, « çà balance trop à Paris ».

Alors, Monsieur le Président, un petit conseil d’un citoyen qui n’a pas fait l’ENA mais qui essaie de comprendre notre dérive sociétale et environnementale : quittez votre costume de monarque républicain et allez rencontrer la France d’en bas, au lieu de passer un week-end au Touquet alias « Paris-Plage » (toujours Paris). Et de la même manière que vous avez reconnu le courage des Sapeurs-Pompiers de Paris, reconnaissez enfin les victimes militaires et civiles des essais nucléaires en Polynésie, les victimes de l’amiante, les marins naufragés du Bugaled Breizh, les victimes de la négligence du Groupe SANOFI, la précarité croissante, etc

 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ... »

Jacques Chirac - IV ème Sommet de la Terre - 2 septembre 2002 - Johannesburg (Afrique du Sud)

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