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Billet de blog 27 avr. 2019

Elise Lucet et les bébés sans bras : peut mieux faire ...

Avec son magazine « Envoyé Spécial » de ce jeudi 25 avril, sur l’affaire des bébés sans bras, Elise Lucet visait le buzz. Opération réussie, mais à charge des agriculteurs et des pesticides, principalement. Le sujet est sérieux et demande une ouverture d’esprit scientifique plus large. Petite analyse en cinq points ...

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Ce reportage, avec un scénario digne d’un épisode classique de série de police scientifique, aurait gagné en crédibilité si ses auteurs avaient cherché à mieux connaître et comprendre TOUS les aspects de ce fait divers. En tant que scientifique, j'aimerais apporter un certain nombre de constats par rapport à ce document :

Constat n°1 : absence d’un volet « Santé »

Le reportage aurait dû commencer en rappelant la notion d’Agénésie Transverse des Membres Supérieurs (ATMS), les difficultés de son diagnostic et les causes probables. Après avoir écarté les causes les plus courantes (génétique, médicament, ...), la piste environnementale serait privilégiée. Le processus entraînant la malformation étant méconnu, il aurait été intéressant de disposer de quelques explications sur ce thème. Par exemple, l’éventualité d’une carence d’iode par l’absorption de substances toxiques contenant des molécules de synthèse à base de brome ou de chlore (Halogènes). En effet, par leur structure atomique très proche, ces éléments peuvent prendre la place des molécules d’iode, entraînant une perturbation du fonctionnement de la thyroïde, et gênant ainsi le développement du tissu osseux et la croissance cellulaire.

Constat n°2 : absence d’un volet « Evaluation des Risques Sanitaires »

C’est une analyse de risques expliquant la recherche de causes possibles (pollution de l’eau, pollutions industrielles, ...), les modes de transfert des substances toxiques (ingestion, inhalation) et la quantification du risque par un indicateur pertinent. Cette démarche pragmatique aurait donné une exhaustivité et une objectivité au sujet traité. Avec une certaine vulgarisation de circonstance, la présentation de cette méthodologie, bien connue des experts, aurait apporté des connaissances basiques sur la thématique et les enjeux de la protection de l’environnement. La science développe des produits de plus en plus complexes, avec des procédés d’industrialisation tout aussi complexes, mais générant des dangers et donc des impacts potentiels aux conséquences insoupçonnables.

Constat n°3 : absence d’un volet « Dispersion atmosphérique »

C’est le point le plus critique dans le processus de pollution. En effet, pour qu’une substance toxique puisse atteindre « sa cible », il faut tout un ensemble de paramètres favorables, comme la présence de la victime à l’instant t, la direction et la vitesse du vent, une distance raisonnable du point d’émission, un débit minimal de la source polluante et une hauteur significative, une topographie des lieux (rugosité), etc. Dans le cas de Guidel, où on annonce la présence de champs à moins de deux cents mètres de l’habitation d’un cas signalé, l’impact d’une pulvérisation de pesticide serait très limité du fait de la faible durée d’émission (quelques heures), de la modique quantité émise (dérive - particules fines), de la hauteur réduite du panache d’aérosols (à moins de deux mètres du sol), de l’atténuation rapide du nuage par les obstacles physiques (habitat dense). Ce ressenti pourrait être confirmé ou infirmé par un calcul de tendance du Quotient de Danger (QD).

Constat n°4 : absence d’un volet « Pollution industrielle »

Les trois zones touchées par ce phénomène de cas groupés d'agénésies (clusters), sont entourées de champs, mais aussi de sites industriels classés Sévéso (activités à risques forts), et à proximité directe (entre cinq et vingt kilomètres). Cette piste industrielle doit être étudiée, d’autant plus qu’en seconde partie, l’émission proposait un reportage sur les Enfants de Corby, souffrant d’une pathologie très proche. A priori, ces derniers auraient subi une exposition (inhalation) à des substances toxiques (métaux lourds, dioxines) remises en suspension lors d’une opération de démolition sauvage d’un site sidérurgique, arrêté suite à la crise des années 80. De toute manière, il faudrait chercher du côté des « perturbateurs endocriniens (PE) », en particulier les dioxines (composés de la famille des Halogènes).

Constat n°5 : absence d’un volet « Avis d’experts »

Le seul expert interviewé, en direct, fut le Directeur Général de la Santé, responsable de la gestion de la saisine sur cette enquête sanitaire. Il fut très flou sur son plan d’actions et encore moins sur les résultats déjà obtenus. Je n’ai pas ressenti cette insistance de la part de Madame Lucet, pourtant omniprésente sur d’autres sujets chauds, à vouloir bousculer et faire constater le manque flagrant de vision de la part des pouvoirs publics. Il aurait été judicieux de demander les avis d’experts confirmés, dans les domaines de la santé, de l’épidémiologie et de la protection de l’environnement.

Il est dommage d’être passé à côté d’une occasion d’informer et d’éduquer le public sur un enjeu majeur de notre société. Cette lacune ne joue pas en faveur de toutes les victimes qui comptent beaucoup sur le « pouvoir médiatique », à défaut de se reposer sur un pouvoir judiciaire très affaibli.

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