Incendie de Notre-Dame : incident technique ou acte (bio)terroriste ?

Le 15 avril 2019, à 18 heures 51, la toiture de la cathédrale s’embrasait comme une torchère, libérant des milliards de particules de plomb dans l’ouest de Paris. Au même instant, un chantier complexe se préparait au niveau de sa Flèche et la mosquée Al-Aqsa commençait à brûler à Jérusalem ... Alors, négligence ou malveillance ?

Cet article est le résumé d’une réflexion pour rechercher une vérité.

 

Une investigation scientifique, mission presque impossible

Les cendres à peine refroidies, le Parquet de Paris ouvrait une enquête afin de déterminer la cause et les responsabilités éventuelles de cette catastrophe « industrielle ». Après le départ des soldats du feu, la police scientifique investissait l’édifice pour procéder à un premier état des lieux et rechercher quelques indices matériels. En raison de la grande puissance thermique de l’incendie, caractérisée par la combustion très rapide de plusieurs milliers de tonnes de matériaux, l’intensité des flammes et la dimension impressionnante du panache de fumées, l’investigation s’annonce délicate. De plus, cet accident demeure exceptionnel et limite les possibilités de se référer à des cas précédents. Ainsi, les services de l’Etat devront élaborer de nouvelles techniques d’études et d’analyses afin de valider ou d’abandonner d’hypothétiques pistes. A ce jour, aucune information ne circule sur un état d’avancement de l’enquête ...

 

Un incident technique, peut-être ...

Dans la piste de l’incident technique, le lien sera rapidement établi avec la présence du chantier de rénovation de la Flèche de Notre-Dame. La réalisation de travaux sur un monument historique, à caractère unique et inestimable comme Notre-Dame, exige une excellence professionnelle, quel que soit le domaine d’intervention. Cela va de la pose d’échafaudages au montage d’un monte-charge, en passant par le tailleur de pierre ou le compagnon couvreur. La nécessité de faire appel à des installations provisoires ne dispense pas de respecter la réglementation en vigueur pour la protection du personnel et des infrastructures. Le risque majeur demeure l’incendie accidentel à partir d’un point chaud ou de la défaillance d’un équipement électrique. Afin de prévenir et d’anticiper un événement préjudiciable, il est préférable d’appliquer de bonnes pratiques en matière de sécurité, comme la gestion et le pilotage du chantier par un coordinateur expérimenté, l’application de procédures spécifiques et la formation/habilitation du personnel. De plus, la surveillance en continu des lieux est inéluctable, par une entreprise spécialisée, et assistée par une centrale automatique de détection incendie. Pour vérifier qu’il n’y ait pas de manquement vis-à-vis des règles précédemment décrites, l’instruction judiciaire devrait disposer d’une documentation à jour, prouvant la traçabilité des opérations menées, comme des réglements intérieurs, des rapports de visites de contrôle ou des tableaux de suivi. Par défaut, il y aurait suspicion et le Ministère de la Culture serait dans l’obligation d’engager une réforme de fond pour assurer une bonne gouvernance de notre patrimoine.

 

Un acte de terrorisme, pourquoi pas ?

La concomitance entre l’incendie de Notre-Dame et celui de la Mosquée Al-aqsa à Jérusalem, causant des dégâts très limités, est troublante. Elle ouvre la réflexion d’une piste terroriste. Le fait de vouloir détruire Notre-Dame, symbole religieux, historique et économique de la nation, serait un acte relevant du terrorisme. La cible est représentative, destinée à marquer pour longtemps la mémoire collective. L’édifice est très vulnérable, avec sa Forêt de bois centenaire, très sec, et non traité au feu. Une petite flamme suffisait à « allumer le feu » et à le propager de part et d’autre de sa Flèche. Soucieux de ne faire aucune victime, mais de privilégier plutôt des dégâts matériels de grande ampleur, on peut dire que l’objectif ciblé de susciter l’émotion, l’angoisse et la terreur serait largement atteint. La diffusion planétaire de l’information, en quelques minutes et en temps réel, a démultiplié le message envoyé. Cet acte de guerre génère des effets psychologiques et économiques, considérables certes mais difficilement mesurables, nécessitant une réaction forte de la part de l’Etat qui devrait apporter une solution politique à long terme.

 

La pollution au plomb, ou quand l’acte terroriste se transforme en bioterrorisme

Si on retient la piste de l’acte terroriste, il est peu probable que son auteur ait pu imaginer faire « deux en un » avec son entreprise de destruction. D’abord, la mise en péril de la structure de la cathédrale, et ensuite l’exposition de la population d’Ile-de-France à des émissions hautement toxiques de plomb. La physique lui a permis de doubler l’impact et de plonger Paris dans un environnement contaminé, 75 ans après sa libération. Paris libre, Paris aimée, mais Paris plombée dans ses sols et sur ses toits. Et pour un certain temps, jusqu’à son intra-muros et peut-être au-delà. Pas de virus ni de bactérie contagieuse, mais un métal lourd, presque invisible, qui s’est déposé au fur et à mesure du passage du nuage de fumées nocives, vers l’ouest de la capitale, et vraisemblablement sur des dizaines de kilomètres. Etre au mauvais endroit, au mauvais moment. Tant que l’identification et la dépollution des surfaces plombées n’ont pas été réalisées, il faut mettre les femmes enceintes et les enfants de moins de 7 ans aux abris. Ils constituent une catégorie vulnérable et propice à développer des cas de saturnisme infantile. De plus, la toxicocinétique liée au plomb, indiquerait une distribution de 90% de la substance au niveau des os, avec un processus d’élimination très lent, sur plusieurs dizaines d’années. En conclusion, une véritable bombe sanitaire à retardement, avec des pathologies lourdes, de type cardiovasculaire, rénal ou neurologique. Le plomb est classé Cancérogène et Réprotoxique (CMR), soit un vrai poison pour l’Homme.

 

L’Etat et le bioterrorisme, un combat perdu d’avance

Si on considère l’une ou l’autre piste, il demeure une résultante commune, à savoir la production et la dispersion d’aérosols contaminés en oxydes de plomb. Justement, il est intéressant d’analyser la capacité de réaction de l’Etat à faire face et gérer cette crise sanitaire, hors-norme, comme s’il devait subir un épisode de bioterrorisme. Le constat est sans appel. On peut dire que nos pouvoirs publics ont été à la ramasse sur cette affaire. Après un certain déni et une négligence des impacts sanitaires évidents, une mauvaise compréhension du problème et une insuffisance au niveau des compétences scientifiques ont mené à la prise de mauvaises décisions. Comme la réalisation de diagnostics de mesure de la concentration en plomb dans des établissements situés à l’opposé de la trajectoire du nuage (temps et argent perdus), ou le faible taux de plombémies pratiquées parmi la population exposée, ou encore le refus de mener des Evaluations de Risques Sanitaires (ERS) afin de quantifier le niveau du danger lié à l’inhalation et à l’ingestion du plomb. Cet incendie fut un exercice grandeur réelle pour mesurer le niveau de performance de nos institutions pour enrayer une catastrophe sanitaire exceptionnelle, et la note d’évaluation est très mauvaise, laissant présager le pire pour notre sécurité nationale. De même, l’épisode de suspension du chantier de dépollution de la cathédrale, suite à un manquement avéré des règles élémentaires de sécurité, est un indicateur pertinent d’un manque de savoir-faire. Pourtant, le pouvoir régalien se vante de disposer d’une exception française, à savoir un laboratoire unique et hautement stratégique de fabrication d’antidotes pour assurer la santé des citoyens en cas de potentielles contaminations. Drôle de vision, un peu décalée.

 

Le 2 septembre 2019, comment sera garantie la santé des enfants effectuant leur rentrée scolaire, dans des écoles maternelles et primaires, ou dans des crèches situées dans le secteur Ouest/Nord-Ouest de Paris ? A savoir, dans les 1er, 6 ème, 7ème, 8ème, 16 éme et 17éme arrondissements. Sans disposer d’un diagnostic sur la concentration de cette substance hautement toxique, et potentiellement présente dans l’environnement direct, ainsi qu’une campagne de dépollution efficace, le principe de précaution s’applique obligatoirement et les portes resteront fermées jusqu’à nouvel ordre. On peut imaginer ce phénomène pour des dizaines de structures et donc pour des milliers d’enfants. A cette heure, les autorités sanitaires sont très loin du compte car elles doivent encore valider ces deux conditions dans de très nombreux établissements publics et privés. Et il est déjà trop tard. Si les pouvoirs publics passent outre, en proclamant haut et fort une parfaite maîtrise de la situation et l’absence de risque, alors ils s’engageraient pénalement comme responsables d’une contamination possible d’enfants. Avec cette mise en danger de la vie d’autrui, l’Etat ne ferait-il pas preuve d’un comportement bioterroriste ? UNE GROSSE PAGAILLE EN PERSPECTIVE ...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.