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Billet de blog 31 juillet 2019

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31 juillet 2019 : notre DATCHA brûle et nous regardons ailleurs

En Sibérie, une surface équivalente à notre région des Hauts de France vient de disparaître en fumées au soixantième parallèle et NOUS, nous vibrons ... à la vue d’un maillot jaune éphémère et d’un pseudo-humanoïde propulsé se prenant pour Blériot. La forêt boréale brûle et a son permafrost à fleur de peau. Nicolas, le Titanic est de retour, tu avais raison !

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« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ... »

Jacques Chirac - IV ème Sommet de la Terre - 2 septembre 2002 - Johannesburg (Afrique du Sud)

Extrait du livre « Le syndrome du Titanic 2 » de Nicolas Hulot - 2009

« Les zones de permafrost, terres gelées au Nord et au Sud, connaissaient jusqu’à présent des températures négatives tout au long de l’année. Il est désormais avéré que ces terres arctiques et antarctiques passent régulièrement en température positive. Les conséquences sont lourdes : les matériaux organiques, contenus à l’intérieur de ces sols et issus de périodes plus chaudes, reprennent leur processus de décomposition, et la fermentation qui en découle produit le pire des gaz à effet de serre : le méthane … »

Le GWP (Global Warming Potential) pour le méthane, désignant le potentiel de réchauffement global d’un gaz émis à l’atmosphère, est de 21, c’est-à-dire qu’un kg de méthane agit comme l’équivalent de 21 kg de CO2. Bonne nouvelle : sa durée de vie est limitée à 12 ans, comparée à celle du CO2 avec 100 ans.

La Russie a son nouveau Tchernobyl

Certes, l’incendie de la Taïga sibérienne n’a pas de comparaison avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, mais ses impacts environnementaux seront considérables. D’abord, des millions de tonnes de CO2 rejetés à l’atmosphère par la combustion d’arbres aux essences vulnérables, ensuite la disparition d’un puits de carbone de grande surface et enfin les grandes incertitudes sur la réaction du permafrost. Ce pergélisol va perdre sa protection naturelle, laminée par le chalumeau de l’incendie. Sans compter sur la disparition d’une faune et d’une flore, entraînant un déséquilibre du biotope, réglé depuis des millénaires, ainsi que des risques sanitaires pour les populations locales. Les effets dépasseront de nouveau les frontières.

Un combat perdu

Très récemment, Nicolas Hulot a appelé à l’unité afin d’affronter la « guerre » contre le dérèglement climatique, mais c’est plutôt le Climat qui nous déclare la guerre. Cet incendie n’est-il pas un acte de la « terre brûlée », avec une situation devenue incontrôlable pour le simple humain que nous sommes. Alors que dans le sud de la France, une organisation de lutte bien rodée peut circonscrire un feu de quelques milliers d’hectares au plus, nous sommes passés à une échelle de mille avec la Sibérie, dans un secteur complétement isolé. Attendre la prochaine pluie hypothétique, ou encore l’arrivée de la première neige, nous plonge dans un scénario digne de Monsieur Hulot. Il est urgent d’attendre et de regarder cette forêt se consumer, plombant notre bilan carbone, au grand dam des accords de Kyoto ou autre COP21.

Le permafrost, une bombe à retardement

Libérer le permafrost, c’est comme ouvrir une Boîte de Pandore. La nature y garde ses secrets bien gardés et c’est une première pour l’Humanité. Comme l’explosion de la première bombe nucléaire ou l’emballement d’un réacteur par manque de contrôle. Une pochette-surprise à laquelle on renoncerait pour protéger notre santé et préserver notre sécurité. Les nouvelles ne sont pas bonnes, car ce pergélisol constituerait la première réserve de mercure au monde, un méga réservoir de méthane à ciel ouvert et pourrait renfermer des virus et autres bactéries au pouvoir pathogène insoupçonnable. On compte sur le soleil, et le réchauffement climatique en sus, pour fournir l’énergie nécessaire à la fermentation accélérée de ce bouillon de culture et à la formation de milliards de colonies d’aérosols contaminés, en ordre de dispersion pour balayer la surface du globe. Un petit incendie pour l’Homme, mais un désastre pour l’Humanité ...

L’Homme et son génie opportuniste

Comme il l’a fait avec la fonte des glaces en Arctique, avec l’ouverture de certaines voies maritimes, l’Homme va profiter de ce nouveau désert pour se lancer à la conquête du Nord. La moitié du travail est déjà réalisée, et on peut se poser la question légitime d’une malveillance en bande organisée. Il sera toujours intéressant d’y faire quelques sondages afin de détecter la présence éventuelle de quelques métaux rares, ou d’exploiter le méthane pour la production d’énergie. Même si le coin devient une grande poubelle, quelle importance, d’autres construisent des murs pour contenir la misère humaine. Le déclin, ou le collapse pour certains, peut continuer, alimentant le moulin à paroles de quelques Cassandre de plateau de télévision, tel Michel Onfray.

« L’optimisme et le pessimisme expriment sous des formes différentes la même capitulation face au futur; car tous deux le traitent comme une fatalité et non comme un choix. »

David Browner

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