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Billet de blog 2 févr. 2017

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Le grand H de l'homme, de Barbara Weldens

Le premier album de Barbara Weldens sort ce vendredi 3 février, et, à une époque où la laideur du monde sature les ondes médiatiques, il serait dommage de passer à côté d'une occasion de s'émerveiller et de s'illuminer.

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« Je ne veux pas voir dans tes yeux / Les rêves s’éteindre au fil du temps / Ce temps qui ronge tout peu à peu / Qui ne nous laissera que les ans / Et puis l’amour au nom duquel / Nous nous serons coupés les ailes »

(Je ne veux pas de ton amour)

Barbara Weldens est une femme avec un grand F, auteuse-compositeuse-interpèteuse remarquable et fascinante, dont le premier album, Le grand H de l’homme, sort ce vendredi 3 février 2017, et vient couronner plusieurs années de recherche scénique, à la croisée de la musique, de la poésie, du théâtre et du cirque.

L'organique vibration - Je ne veux pas de ton amour (live) : une bonne entrée en matière !

Il y a quelque chose de très simple, de très fondamental, chez Barbara Weldens. Des forces immémoriales, constitutives de notre monde, qui s’expriment par elle : la féminité et la masculinité. L’ombre et la lumière. La violence et la douceur. Le yin et le yang.

« Une part de moi est un homme, avec un grand H / (…) Une part de moi est une femme, avec un petit f / Y a pas de grand F pour les femmes / Y a juste les « femme-encore » : / Encore une femme au volant / Encore une qui l’a bien cherché / Encore une féministe ! / Encore une salope / Encore une chienne / Encore ! encore ! encore ! »

(Femme)

La douceur des mélodies, la subtilité du piano, la délicatesse du violon accompagnent, soutiennent, soulignent des mots qui claquent, qui tranchent, comme la voix, puissante, maitrisée, qui flirte avec la cassure comme on sonde le vide au bout de ses pieds : comme un jeu. Mais un jeu sérieux, vital même, et donc, nécessairement, mortel. Dangereux, au moins. Parce que là où il y a la grâce, il y a tant de douleurs fossilisées ; parce que là où il y a la lumière, il y a l’ombre.

« Puisque la terre est ronde / Et que l’univers est sans limite : / Elle aura dans ses pieds le fond / Dans ses yeux l’horizon / Et au-dessus du crâne l’infini / Tel un fil à ne jamais rompre »

(Purple room)

Le tout forme un ensemble cohérent, profond, puissant. Les textes, les mélodies, les arrangements et la voix font osmose, pour raconter des histoires, des histoires banales où transpire tout le pathétique de la condition humaine (« Belle »), des histoires de vie et d’amour, le coup de foudre (« L’organique vibration »), le manque de l’autre (« Du pain pour les réveille-matin »), l’amitié aux frontières du désir (« Emu mais digne »). L’incroyable force des textes vaut autant pour les moments de malice (« Où sont mes nichons ? ») que pour les titres plus politiques, au sens le plus noble de ce mot (« Femme », « Le grand H de l’homme »), ou les plus déchirants d’émotion (« Purple room »).

On sent cette lutte très forte chez elle, cette rage parfois, qui se sublime à travers la musique, le chant, et, bien-sûr, la scène – sous les feux des projecteurs, en pleine lumière. Et pourtant, il semblerait que cette entrée dans la lumière, ce dépassement de soi et de ses failles pour devenir un être aux paroles qui sonnent, à la voix qui porte, soit presque vécu comme une forme de mort, de reniement.

« Violence / Violence / M’as-tu quittée ? / Regarde comme sans toi je ressemble aux autres / Regarde l’orpheline dépravée de sagesse / Que tu laisses entre les bras de l’amour »

(Violence)

Comme si dans la tension permanente entre soi et soi, l’équilibre était toujours fugace, toujours en sursis.

L’ensemble dégage une sincérité bouleversante, une impression de voir un être humain mis à nu, sans fioritures, qui entre en résonnance avec ce qui palpite au fond de nous-mêmes, au fond de moi en l’occurrence, et voilà que ces mots très singuliers que Barbara a posés sur ses notes viennent étrangement éclairer mon propre dictionnaire intime.

Alors, il ne reste plus qu’une chose à faire : déposer les armes, s’ouvrir, s’offrir à l’autre et « rire à la même table /Partager les beaux fruits de la terre / (…) jouir dans le même lit / Partager les beaux fruits de la chair », pour que les humains puissent enfin «  jouir d’être égaux dans le grand H / Qu’ils ont conquis ensemble / Comme des frères et des sœurs / Comme des hommes et des femmes »

(Femme)

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