Agression de policiers à Champigny : Effet Kitty GENOVESE ?

Comment expliquer le phénomène de meute qui a conduit un groupe d'individus à s'en prendre à 2 policiers la nuit du jour de l'an à Champigny? Et comment expliquer qu'aucun témoin n'ait pu faire cesser cette violence ? Doit-on évoquer le phénomène paralysant appelé : "effet témoin" ou "effet Kitty GENOVESE" en souvenir de l'américaine tuée en pleine rue devant de nombreux témoins passifs en 1964?

Deux policiers agressés lors d une intervention dimanche © Jean-Luc ROBERT Psychologue Deux policiers agressés lors d une intervention dimanche © Jean-Luc ROBERT Psychologue

  • En France, dans la nuit de ce 31 décembre 2017 à Champigny-sur-Marne, deux policiers ont subi un lynchage par une bande d’individus sous le regard de spectateurs paralysés, incapables de faire cesser cette violence (durant l’acte), ou même de s’y opposer verbalement. Un brave jeune homme dit être venu secourir la policière qui était au sol mais seule l'enquête dira s'il s'est vraiment interposé durant l'acte. Il a quoiqu'il en soit, fait preuve d'un courage rare.

 

  • Aux Etats-Unis, dans la nuit du 13 mars 1964, Kitty GENOVESE rentrait de son travail. Son meurtrier, Winston MOSELEY l’aperçut et la suivit pour la poignarder lors d’une première attaque, puis recommencer plusieurs minutes après lors d’une seconde attaque cette fois fatale, alors que de nombreux témoins entendirent ou virent les scènes du meurtre sans « oser » appeler la police ou intervenir eux-mêmes ?

Quels points communs peut-il y avoir entre ces deux événements ?

Le meurtre de Kitty GENOVESE assassinée en pleine rue près de sa maison du quartier de Kew Gardens est désormais un crime célèbre, car le comportement des témoins du meurtre a beaucoup questionné les américains au point que de nombreuses recherches en psychologie sociale ont abouti à la théorie de « l’effet du témoin » ou « effet spectateur ».

 De quoi s’agit-il ? EFFET PARALYSANT !

Ce que l’on appelle « l’effet du témoin » ou même « l’effet Kitty Genovese », s’explique principalement par un processus de dilution de la responsabilité qui se produit lorsque plusieurs personnes assistent à une même scène pouvant requérir leur intervention. Ces sujets-spectateurs sont alors inhibés par la simple présence d'autres personnes sur les lieux. On constate étonnamment donc, que plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles. C’est ainsi un phénomène psychologique incontournable, même si lorsque l’on évoque un tel fait divers, il y a toujours quelqu’un qui affirme haut et fort que LUI serait intervenu. Sachant cela, l'intervention du jeune homme qui a secouru la policière, sortant ainsi de l'effet paralysant, est vraiment rare et remarquable.

Au delà de la question de la haine anti-flics, bien que nous comprenions la grogne actuelle des policiers, on peut supposer qu’une personne témoin d’une situation grave telle que le lynchage de deux policiers soit d’abord paniquée, choquée, puis effrayée, craignant les représailles de la meute, mais aussi que cette personne soit inhibée par la présence d’autres témoins de qui elle attendrait une intervention. N’étant pas la seule présente, elle ne se sentirait alors pas plus responsable que son voisin assistant à la même scène qu’elle, et qui pourtant n’interviendrait pas. "Pourquoi prendrais-je le risque d’intervenir et de me faire rouer de coups à mon tour, alors qu’il y a des gens bien plus forts que moi qui n’interviennent pas ?" pourrait aisément se dire cette personne, se déculpabilisant ainsi de ne pas réagir.

Le fait que les agressés soient de plus des personnes représentant l’ordre et la force, a également pu ajouter à l’effet paralysant.

  • Comment imaginer aider des personnes censées être plus fortes que soit et pourtant incapables de se sortir de cette situation elles-mêmes ?
  • Et comment ne pas compter sur l’intervention forcément imminente de confrères policiers qui eux sont mieux habilités à secourir leurs collègues ?
  • On peut se dire qu’une personne ordinaire avait d’après « l’effet témoin » peut d’être chances d’être secourue, mais qu'un policier, pour ce qu’il représente, encore moins.
  • Et quant aux agresseurs, on peut se dire là aussi qu’il y a eu un phénomène de groupe qui a fait que chaque individu à l’intérieur du groupe ne s’est pas senti plus responsable que son voisin. On déplore déjà trop ces phénomènes grégaires qui amènent des individus à croire que leur responsabilité est limitée parce qu’ils n’étaient pas seuls à faire la chose (à casser, à tabasser, à violer…).
  • Le réveil sera à n’en pas douter difficile pour ceux qui devront prendre conscience par l’action de la justice, qu’agir parmi plusieurs, n’est en rien moins condamnable que d’agir seul.

Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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