Christine ANGOT légitime ?

Peut-on estimer qu'un chroniqueur qui ne s'aurait pas s'effacer pour mettre en avant l'histoire de l'interviewé serait un mauvais chroniqueur, au même titre que le serait un psychologue parlant de lui à son patient ? La polémique enfle autour de l'interview "rudement" menée par Christine ANGOT sans que personne ne se pose la question de la position de cette dernière. Etait-il légitime qu'elle...

Peut-on estimer que la position du chroniqueur / intervieweur est proche de celle du psychologue ou de tout autre professionnel de santé?

Etait-il légitime que Christine ANGOT réagisse ainsi face à Sandrine ROUSSEAU qui n'a cessé de lui dire : "Mais ce n'est pas ce dont je parle" (Traduction : "De grâce, il ne s'agit pas de mon histoire...")?

Alors, Christine ANGOT est-elle une mauvaise ou bonne chroniqueuse / intervieweuse ? Et Pourquoi ?

christine angot © Jean-Luc ROBERT - Psychologue christine angot © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

Madame GRYSON (psychologue - essayiste) dans son article concernant cette affaire, conclut : "Au final, le message de Sandrine ROUSSEAU est fort utile mais celui de Christine Angot l'est tout autant et dans un autre registre, un registre plus profond et plus archaïque."parlant ainsi d'un droit à faire entendre sa voix au même titre que Sandrine ROUSSEAU. 

Christine ANGOT est-elle légitime? © Jean-Luc ROBERT - Psychologue Christine ANGOT est-elle légitime? © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

D'ailleurs le titre de son article est éloquent : "Quand Christine Angot affronte Sandrine Rousseau", montrant d'emblée que deux adversaires s'affrontaient légitimement sous les yeux des spectateurs médusés que nous étions, et d'un arbitre rompu à l'exercice qu'était M. RUQUIER. 

Mais Christine ANGOT est-elle légitime lorsqu'elle adopte cette posture ? 

Que Christine ANGOT n'ait pas supporté ceci ou cela, qu'elle ait confondu son histoire avec celle de Sandrine ROUSSEAU, lui interdisant, vous m'entendez, lui interdisant avec je ne sais quelle autorité, de dire ceci ou cela, ne m'inspire que désolation. Car en agissant avec un tel débordement, une telle subjectivité, elle revendique (=Réclamer une chose dont on est légitimement propriétaire) un droit à la parole au même niveau que l'invitée, oubliant qu'elle ne peut pas de sa place le faire.

Elle n'était en effet pas propriétaire de cette chose que l'on pourrait appeler "la douleur d'avoir été harcelée sexuellement" dans cette émission. Elle ne pouvait pas réclamer cette chose au même titre que l'invitée. Elle ne pouvait d'ailleurs rien réclamer du tout.

Je reste comme sidéré que des personnes légitimisent la réaction de cette chroniqueuse sur un fond d'indulgence pour une personne qui a connu l'inceste, une souffrance telle qui l'autoriserait à confondre sa place / son histoire et celle de l'invitée. 

Mon point de vue est que dans cette position de chroniqueuse / intervieweuse, on n'est pas là pour interdire quoique ce soit à l'interviewée parce qu'on est marquée au fer rouge par sa propre histoire. Non, on n'est pas là pour parler de soi mais de celui qu'on interviewe.

Une attitude difficile POUR ELLE mais professionnelle, aurait été de s'effacer comme aurait pu le faire un psychologue ou autre professionnel de santé face à son patient. En effet, dans sa position, Christine ANGOT était là pour interroger,  souligner les contradictions ou même parler de son impression par rapport à l'oeuvre en question, pour finalement, amener l'auteure, ainsi que le public, à réfléchir sur la question.

On peut donc penser que, quelle que soit la souffrance de Christine ANGOT, son histoire n'avait rien à faire sur le plateau de l'émission, et que sa réaction est la preuve flagrante qu’elle n’a pas fait le travail nécessaire pour prendre la distance qui lui aurait permis d’être à la bonne place dans cette interview. Si Mme ANGOT ressent à ce point le besoin de raconter son histoire, et non celle de l'invitée, alors libre à elle d'être non l'intervieweuse mais l'interviewée dans l'émission de son choix. 

Pourquoi suis-je si indigné par cette inversion des rôles et par ce rapt ?

Parce qu'en lui volant la vedette par ce show ANGOT, on pourrait aller jusqu’à penser qu’elle a volé à Sandrine ROUSSEAU, le temps de l’interview, son histoire / son témoignage. Qu'apprend-t-on en effet ? Que retient-on au final ? Que cette dernière a vécu un inceste douloureux pour ceux qui ne le savaient pas, et qu'elle en est logiquement très marquée, au point qu'elle ait été obligée de quitter le plateau bouleversée comme l'aurait fait une invitée malmenée dans cette émission. Mais au risque de me répéter et de paraître sans coeur, Christine ANGOT n'était pas l'invitée malmenée mais l'intervieweuse.

 

Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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