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Billet de blog 16 févr. 2020

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Le tabou de l'assistance sexuelle des personnes handicapées. Et l'autisme?

Le comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient d’être saisi par la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel, qui lève aujourd’hui le tabou de l’assistance sexuelle pour les personnes handicapées. Elle estime qu’il s’agit « de remettre les personnes handicapées en pleine citoyenneté, dans le respect et la dignité ».

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Des accompagnant.e.s sexuel.le.s pour les personnes handicapées et autistes? © Jean-Luc ROBERT

La fin d'un tabou ?

Le comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient d’être saisi par la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel, qui lève aujourd’hui le tabou de l’assistance sexuelle pour les personnes handicapées. Elle estime qu’il s’agit « de remettre les personnes handicapées en pleine citoyenneté, dans le respect et la dignité ».

A lire aussi : Juger une société à la manière dont elle traite ses handicapé.e.s

"Accompagner leur vie intime, affective et sexuelle"

La veille de la conférence nationale du handicap présidée par le Président E. Macron, et à l’occasion du 15ème anniversaire de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des chances, la secrétaire d’Etat a affirmé : «Je suis très favorable à ce qu’on puisse accompagner la vie intime, affective et sexuelle des personnes handicapées (déclaration faite lors du [Grand Rendez-vous] Europe 1-CNews-Les Echos)». Un tabou se lève donc pour une société qui selon elle « aurait suffisamment mûri ».

Suffisamment mûri pour comprendre que sans cette solution adaptée, certaines personnes handicapées seraient « condamnées à vivre dans une abstinence sexuelle non choisie », ignorant sans doute selon elle (citant l’OMS), que « la santé sexuelle fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans son ensemble ».

Des assistant.e.s déjà présent.e.s en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse :

On a longtemps considéré en France que cette assistance sexuelle pouvait s'assimiler à de la prostitution, alors que nos voisins européens ont eux perçu la question sous un autre angle. Ce sujet de société pose en effet un certain nombre de questions éthiques auxquelles il n’est pas évident de répondre au premier abord. Il s’agirait donc selon la secrétaire d’Etat, d’ouvrir un débat citoyen sur cette question, et d’entendre la volonté des personnes handicapées souhaitant bénéficier de cette assistance sexuelle, tout en se prémunissant contre toute dérive.

En 2012 le CCNE avait déjà été saisi sur cette question des aidant.e.s sexuel.le.s. Celui-ci n’avait à l’époque pas donné son accord malgré la pression de certaines associations. Il avait en effet estimé qu’ « Il n’est pas possible de faire de l’aide sexuelle une situation professionnelle comme les autres en raison du principe de non-utilisation marchande du corps humain ».

Fin de l'hypocrisie?

Mais que se passe-t-il aujourd’hui ? Comment les choses se passent-elles pour les personnes en situation de handicap n’étant pas en mesure sans aide d’avoir des relations sexuelles avec un.e partenaire ?

D’aucuns penseront peut-être que le handicap doit aussi englober la sexualité, et qu’une personne handicapée par exemple contrainte de renoncer à la marche, doit aussi renoncer à une sexualité épanouie. Mais devoir renoncer à la marche, signifie-t-il renoncer à se déplacer dans tous les endroits où les personnes valides ont la possibilité de se déplacer ? Ainsi, si un parallèle était à faire, on pourrait en effet considérer que comme l’on accepte l’idée de compenser un handicap moteur par un matériel adapté ou par une assistance humaine à leur domicile, on pourrait penser logique qu’une aide matérielle ou humaine permette à ces personnes qui ont des besoins et des désirs comme les personnes valides, d’avoir des relations sexuelles. Raisonner ainsi peut paraître logique, mais les choses sont-elles si simples ?

Car peut-on ignorer les questions éthiques suivantes ?

Doit-on déterminer un degré de handicap pour bénéficier de cette assistance ? Autrement dit, faut-il veiller à ce que l’assistance soit bien proportionnelle au handicap ? Et comment mesurer cela ?

Doit-on « prioriser » un type de handicap par rapport à un autre pour cette assistance ? Comment envisager en effet cette assistance au regard d’un handicap qui pourrait être moteur, sensoriel, psychique, ou mental ?

Et les personnes avec autisme?

Car on suppose certainement que cette assistance, si elle devait être autorisée, concernerait exclusivement ou prioritairement les personnes invalides. Mais qu’en serait-il par exemple des personnes autistes, qui, dès leur jeune âge, se trouvent souvent en difficulté sur le plan de leur épanouissement affectif et sexuel du fait de leur handicap psychique et parfois mental ?

Pour être encore plus concret dans nos explications, il n’est pas rare qu’un.e jeune autiste puisse avoir des comportements violents ou qu’il.elle exprime un certain mal être en conséquence d’une frustration d’origine sexuelle qu’il.elle ne parvient pas à appréhender sur le plan psychique, mais aussi sur le plan physique. Ainsi, nous avons par exemple vu des enfants autistes se frotter le sexe à longueur de journée contre des meubles sans savoir comment faire pour se soulager puis finir en crise. Au sein des institutions accueillant ces jeunes se posent alors certaines questions :

Comment les aider à comprendre ce qui se passe dans leur corps ?

Comment leur faire comprendre que le corps de l’autre ne leur appartient pas (attouchements nombreux) et qu’ils ne peuvent pas le toucher sans son consentement (notion souvent trop abstraite pour eux), mais que pour autant, leurs désirs ne sont pas « anormaux » ?

Est-il possible sans les toucher de leur expliquer comment faire d’un point de vue purement technique pour les sortir de cette impasse ?

Ou doit-on dire : « circulez, il n’y a rien à voir », la question étant trop embarrassante ?

C’est ce que pourront dire certains parents, qui gênés, ne voudront plus entendre parler de sexualité infantile, alors que d’autres pourront au contraire demander de l’aide.

Pour conclure, les personnes handicapées sur le plan moteur ne sont effectivement pas les seules à souffrir d’une abstinence sexuelle non choisie, c’est un fait. Mais il faut reconnaître qu’envisager la question de l’assistance sexuelle pour les personnes handicapées sur le plan psychique et mental n’est pas non plus une mince affaire.

La France comme nous l’avons dit, a durant de nombreuses années éludé cette question que beaucoup ont pensé circonscrite au handicap moteur. Aujourd’hui, alors que la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées a affirmé : « Je suis très favorable à ce qu’on puisse accompagner la vie intime, affective et sexuelle des personnes handicapées », nous pensons qu'il est indispensable de traiter cette question sans détours et dans sa totalité bien qu'elle soit ardue.

Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISME

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