Le retour de l'autorité est-il possible?

Face aux agressions parfois mortelles qui chaque jour font l'actualité, on entend dire ici et là qu'un retour de l'autorité serait souhaitable. Le constat est terrible : Il n'y a plus un seul jour sans agressions de policiers, gendarmes, pompiers, enseignants...

Les limites de l'éducation positive © Jean-Luc ROBERT - Psychologue Les limites de l'éducation positive © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

Face aux agressions parfois mortelles qui chaque jour font l'actualité :

->> Agression de policiers, de maires, de conducteurs de transports, de jeunes..., à HERBLAY, AULNAY-SOUS-BOIS, POISSY, VALENCIENNES, PARIS, COLOMBES, RILLEUX-LA-PAPA, BRON, AVIGNON [E. MASSON];
->> Agressions mortelles entre jeunes à ARGENTEUIL [Alisha], IVRY-SUR-SEINE [Marjorie]
...

on entend dire ici et là qu'un retour de l'autorité serait souhaitable. Le constat est terrible : Il n'y a plus un seul jour sans agressions de policiers, gendarmes, pompiers, enseignants... Tout ce qui représente l'ordre et la morale devient une cible à abattre. L'absence d'autorité est donc questionnée pour une jeunesse qui semble clairement en manque de repères.

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L'héritage de Françoise DOLTO : l'enfant est une personne

Des droits leur ont été concédés, le statut de personne leur a aussi été reconnu, et chacun appréciera ou non qu'il soit désormais hors de question qu'un maître leur donne des coups de règles sur le bout des doigts, pratique répandue jusqu'aux années 70. On parlerait aujourd'hui de l'excès d'autorité d'un adulte qui abuserait de sa position. Et alors que cet adulte "sévère" était craint, il est désormais moqué, voire violenté, parfois tué par l'enfant-Roi. Est-ce le fruit du discours Doltoïen qui, il y a cinquante ans, paraissait scandaleux et absurde? Désormais passé dans les mœurs, cet enseignement infuse aujourd'hui chez tous les soignants et éducateurs de la petite enfance, avec comme couvre-chef une éducation positive où il est question avant toute chose d'apprendre à développer une approche empathique de l'enfant (accent mis par la psychologie positive sur les forces individuelles et la motivation personnelle pour promouvoir l'apprentissage.On parle alors d'une parentalité bienveillante qui ne se montrerait pas autoritaire (éviter le "NON" catégorique mais proposer des choix, négocier...), version de la parentalité jugée rétrograde.

 

Françoise DOLTO (1908 - 1988) qui a mené un noble combat en faveur de " la cause des enfants - F. DOLTO, éd. Robert Laffont, Paris, 1985", a d'une certaine manière et probablement à son insu, été l'un des éléments déclencheurs de ce revirement par un discours qui prônait l'écoute et l'empathie. Elle est ainsi devenue le repère incontournable dans l'approche de la petite enfance. Dont acte. Il ne s'agira pas ici de dénigrer ce travail nécessaire qui a consisté à sortir l'enfant de son statut d'infans, étymologiquement : celui qui n'a pas la parole. Mais donner la parole à un enfant, entendre ses besoins, signifie-t-il qu'on doit le considérer tel son égal comme elle l'a elle-même affirmé : "C'est un scandale pour l'adulte que l'être humain à l'état d'enfance soit son égal."?

Françoise DOLTO © Jean-Luc ROBERT - Psychologue Françoise DOLTO © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

Doit-on aussi ignorer que pour le droit, le terme "infans" désigne justement un être qui n'est pas encore doué de raison? Car donner la parole à un enfant signifie-t-il lui donner raison en lui donnant le dernier mot?

Loin de nous l'idée de faire un procès d'intention post-mortem à Françoise DOLTO sur ces questions. Mais l'on est tout de même en droit de s'interroger sur le regard qu'elle aurait posé sur cette éducation positive qui fait fureur aujourd'hui chez les parents. Nous ne pouvons que constater que celle-ci est plébiscitée dans une société qui a changé, et qui souhaite bannir tout un système patriarcal qu'elle dénonce à bien des niveaux.

L'absence du père

Mais avec la multiplication de faits divers où l'autorité de l'Etat est remise en question par la jeunesse partout sur le territoire, certains journalistes commencent à se poser des questions sur une éducation jugée trop laxiste. L'absence du père au sens figuré, l'absence d'une figure d'autorité castratrice et séparatrice (comme l'expliquait F. DOLTO elle- même), est-elle préjudiciable à notre société moderne?

Evidemment, le discours des différents lobbies favorisant cette éducation bienveillante où l'on s'arrange pour ne pas vraiment dire "NON" à l'enfant, ne fait pas état de la partie du discours de la psychanalyste Françoise DOLTO, affirmant l'importance des limites posées par un père/tiers séparateur.

A l'heure où un hashtag "Pasdevague" (oct. 2018) s'est répandu viralement sur le web, relayé par des enseignants écrasés par des délinquants de plus en plus jeunes, il est donc vraiment temps de se souvenir de cette autre partie du discours de Françoise DOLTO et de tant d'autres psychanalystes, qui rappellent l'importance de limites posées sans ambiguïté à l'enfant pour qu'il trouve des repères et se construise. Un enfant qui resterait dans un principe primaire de plaisir sans rencontrer un "NON" franc quand cela est nécessaire, serait condamné à souffrir une fois adulte des nombreuses limites posées par la société, incapable qu'il serait de les comprendre et de les accepter.

 

L'enfant l'égal de l'adulte?

Doit-on oublier que bien qu'il soit intelligent émotionnellement et intellectuellement, la croissance et l'évolution d'un enfant ne sont dans ces domaines pas achevées? Doit-on oublier qu'aucun enfant ne peut sans adulte devenir à son tour un adulte, c'est-à-dire, mature et capable d'intégrer l'interdit fondamental pour trouver sa place en société? Nous ne doutons pas que la psychanalyste qui était Françoise DOLTO l'avait bien à l'esprit lorsqu'elle mettait en avant l'importance du complexe d'Œdipe et d'un père agissant comme un tiers séparateur (mettre fin à l'état fusionnel entre la mère et le bébé). Et que dirait-elle aujourd'hui des tirs de mortiers d'artifice de plus en plus récurrents visant des policiers, des voitures et autres objets urbains incendiés chaque nuit? Que penserait-elle des enseignants qui vont travailler avec la boule au ventre? Que leur dirait-elle? Que penserait-elle de tous ces procès en légitimité qui touchent ces enseignants, mais aussi la police, et toute forme d'autorité? Il s'agit bien pour certains jeunes de marquer leur territoire, de s'affranchir de règles que voudraient leur imposer des adultes à un âge où l'on pourrait dire trivialement, que le mal est déjà fait. Car on ignore trop souvent que certains apprentissages doivent être précoces au risque de ne plus pouvoir se faire ultérieurement, ou très difficilement.

Jean-Luc ROBERT - Psychologue

Auteur de : "La face cachée de la psychologie de l'enfant"

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