Ne pas sortir du lit : un symptôme à prendre au sérieux?

Que peut cacher le besoin excessif de rester dans son lit? Faut-il systématiquement parler de flemmardise ou peut-on aussi penser à un symptôme à prendre au sérieux? https://lnkd.in/d-3rtSY

De la flemmardise à la clinophilie : Attention au glissement © Jean-Luc ROBERT - Psychologue De la flemmardise à la clinophilie : Attention au glissement © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

De la simple difficulté récurrente à sortir de son lit, à la clinophilie (le fait de rester au lit, la journée, allongé, pendant des heures, tout en étant éveillé), rester au lit alors que rien ne le justifie sur un plan somatique, n'est pas un symptôme anodin. Cette manifestation, dont on sous-estime trop souvent l'importance au point d'oublier de la signaler à son.sa psy, apporte pourtant un matériel précieux à ce.tte dernier.e pour comprendre ce qui se passe pour le.la patient.e.

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Il se consumera, puis s'effondrera!

La difficulté ou l'impossibilité de sortir de son lit peut être soudaine et terrassante pour une personne qui la veille, était pourtant très active. Qu'a-t-il pu se passer durant la nuit pour que cette personne se réveille différente? En cas de burn-out par exemple, il peut y avoir un effondrement brutal qui fait que le sujet passe de l'hyperactivité à l'apathie la plus totale. Comme son nom l'indique, burn-out signifie se consumer, brûler de l'intérieur. Alors qu'une accumulation de stress agit insidieusement, le sujet ignore que ce syndrome d'épuisement professionnel aura raison de sa volonté dans quelques heures au moment où il se réveillera. Il s'effondrera psychiquement, entraînant le corps tout entier dans cet effondrement. La nuit aura alors été comme un relâchement fatal.

Ne plus être en capacité de sortir de son lit sans pouvoir se l'expliquer, sera le symptôme très parlant de quelque chose de cassé en soi, comme un objet que l'on aurait sur-sollicité et qui serait logiquement immobilisé pour cause de panne. 

Différentes manifestations

Ne pas sortir de son lit peut aussi ressembler à une mauvaise habitude, une sorte de flemmardise affichée, mais qui masque en réalité l'installation pernicieuse d'une dépression, ou même l'aggravation d'un trouble bien plus grave comme la schizophrénie.

> Le sujet souffre dans la dépression d'une perte de l'élan vital qui peut en effet s'installer progressivement et se manifester en premier lieu par la recherche d'une position allongée et le prolongement de cette position. Quelque part, lorsque le sujet prolonge ainsi son temps onirique, il parvient à échapper à une réalité stressante et désespérante qu'il est las d'affronter durant son temps d'éveil. Il se réfugie donc dans un sommeil protecteur qui lui permet de retarder son retour dans le monde réel.

> Concernant la schizophrénie, la clinophilie s'inscrit dans un syndrome catatonique (dérèglement de la sphère psychique et motrice) comprenant du négativisme, c'est-à-dire une attitude de refus où le sujet s'isole, reste allongé, prostré, refusant toute sollicitation. L'agressivité peut même survenir si l'on insiste trop.

Autres cas : Le comportement d'opposition des jeunes sujets qui ne peuvent se montrer autonomes pour le réveil doit aussi questionner. Il est généralement acquis dans leur esprit que leurs parents doivent faire office de réveil-matin, témoignant d'une forme d'immaturité où ils vont jusqu'à se décharger de l'obligation de se réveiller pour assumer leur journée. Leurs parents s'y prennent souvent à 10 reprises, puis sont obligés de les coacher pour qu'ils parviennent à enchaîner les tâches qu'ils ont à faire jusqu'à leur départ à l'école. Pour les pires cas, il arrive même que ces jeunes souvent retardataires, refusent de se lever, désespérant des parents lassés de faire le tampon entre eux et l'école (ou autres institutions). Il faut comprendre dans cette situation, que ce symptôme est la résultante d'un "glissement" qui remonte à plusieurs années, et qu'une simple colère ou punition ne pourra le faire disparaître.  

Un entourage déboussolé

Un.e enfant, adolescent.e, ou jeune adulte, qui resterait "de plus en plus" allongé.e dans son lit est donc un signe qu'il ne faut pas sous estimer. S'il persiste, il faut alors envisager de consulter un.e psychologue ou un.e psychiatre. S'agit-il d'un mal être passager? Y a-t-il un problème somatique solutionnable qui leur permettrait de pousser un ouf de soulagement? Différentes explications sont possibles, mais les proches généralement trop angoissés par cette manifestation préoccupante ont rarement le recul nécessaire pour comprendre ce qui se passe.

Déboussolé, cet entourage peine à dater le début du trouble tant il s'est installé progressivement, et ignore souvent que cette "mauvaise habitude" qui a viré à la paralysie, n'est pas un signe isolé mais fait partie d'un ensemble de signes. Car à bien y réfléchir en effet, on s'aperçoit que le.la jeune en question parle moins, a cessé telle ou telle activité, se sent triste, bref, va mal. Et comme pour le burn-out, il faut considérer que ce syndrome s'est formé et renforcé au fil des mois voire des années, à bat bruit, alors que les proches pensent en général que cette difficulté est récente et déconnectée du passé. En psychologie, rappelons nous que la majeure partie des troubles manifestes prennent leur source dans des événements passés et répétés.

Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISME

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