Ces enfants qui font répéter. Ces parents qui répètent...

Les MENACES à RéPéTITION sont-elles la solution? Lors des prises en charge parents-enfants revient de façon récurrente cette consigne donnée aux parents : « Ne pas répéter », qu’ils peinent pour la plupart à respecter. Pour quelles raisons est-il si difficile pour eux de ne pas répéter ? Quelles sont les conséquences de cette répétition ?

Ces enfants qui font répéter. Ces parents qui répètent... © Jean-Luc ROBERT - Psychologue
Ces enfants qui font RéPéTER...RéPéTER...RéPéTER...

… Ces parents qui répètent

Voici l’histoire de Maud, âgée de 8 ans :

I-                    NE PAS RéPéTER

1-      Les parents : Lors des prises en charge LezAPe (LezAteliersParents-enfants), revient de façon récurrente cette consigne donnée aux parents : « Ne pas répéter », qu’ils peinent pour la plupart à respecter.

2-      L’enfant : a quant à lui la consigne de ne plus faire répéter ou : « d’obéir dès la première demande ».

3-      Le psychologue : dans son rôle, essaie de leur faire réaliser que leurs demandes sont répétées un certain nombre de fois avant que l'enfant daigne réagir.

Conditionnés qu'ils sont, beaucoup ont même tendance à anticiper une absence de réaction, adressant d'emblée leur demande en 3 exemplaires consécutifs : "Maud, viens dire au revoir... (2 secondes)... S'il te plaît Maud, le Monsieur s'en va... (2 secondes)... S'il plaît Maud tu viens?..."

Evidemment, Maud ne vient pas et le parent ne se rend absolument pas compte qu'il a déjà répété 3 fois sa demande à 2 secondes d'intervalle comme l'automate désigné qu'il est. Finalement, Maud daignera pointer le bout de son nez après que le parent ait fini par se déplacer, comme s'il était toujours nécessaire d'ajouer l'image au son.

Maud estime probablement que le rôle de ce parent est de venir la sortir de son jeu ou de ses pensées, tout comme elle estime qu'il faut lui répondre immédiatement lorsqu'elle interrompt brutalement une conversation entre deux adultes. A part cela, on peut dire qu'elle est charmante et qu'elle a presque l'air inoffensive avec ses petites joues encore dodues.

LES MENACES à RéPéTITION : Mauvaise solution

Pédagogues, nous leur expliquons pour quelles raisons il est contreproductif de répéter et de crier, pour une enfant qui est bien en mesure d'entendre dès la première demande. Il est en effet indispensable que le parent comprenne la raison de cette consigne, car il sera d'autant plus motivé pour l'appliquer si elle fait sens pour lui.

Les menaces à répétition renforcent la position de Maud © Jean-Luc ROBERT - Psychologue Les menaces à répétition renforcent la position de Maud © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

4- Les questions à poser : 

La première question que ce parent doit se poser est : 

4a- Qu'est-ce qui peut expliquer cette surdité sélective chez mon enfant qui m'a rendu.e esclave de la répétition (=fonction de ce comportement)?

Nous leur demandons ensuite d'être autocritique : 

4b- Est-ce que je parviens OBJECTIVEMENT à appliquer la consigne "Ne pas répéter" demandée par le psychologue? Beaucoup le pensent et prétendent ne plus répéter. Or il faut bien le dire, lorsque l'on creuse un peu, on se rend compte que l'évaluation positive de cet objectif est faite au pifomètre.

4c- Suis-je sûr de ne pas encourager sa désobéissance par mes répétitions? Ou, autrement dit : Parler d'un ton sévère avec ma grosse voix, le menacer une première fois (compter 1... le pouce levé, 2... l'index levé...), puis réitérer la menace deux minutes après, bref le menacer jusqu'à ce qu'il finisse par prendre peur (en apparence), n'est-il pas au contraire renforcer (R+) cette attitude toute-puissante chez lui et finalement perdre en autorité?

4d- Que va-t-il donc se passer si le parent ne répète pas?

L'enfant n'obéira pas et le parent considérera qu'il n'a aucune autorité sur son enfant. Un bras de fer s'engagera alors entre le parent frustré et son enfant pour avoir le dernier mot, situant les deux acteurs au même niveau. 

Les parents souhaitent toujours se faire obéir IMMEDIATEMENT, car pour eux, leur autorité parentale ne peut passer que par cette obéissance immédiate. Le problème est que pour arriver à ce résultat, il faut accepter d'être patient et sur le moyen terme donc, accepter que l'obéissance ne soit pas immédiate. Il n'y a pas le feu! Car l'enfant triomphe sur l'instant mais pour combien de temps? Il n'a pas obéi, le parent n'a pas répété, la chose n'est pas faite. Mais que va-t-il se passer ensuite?

II- L'APPRENTISSAGE PAR LA PUNITION - étape fondamentale

Ensuite, viendra le temps de l'apprentissage de l'obéissance, lors de cette 4ème étape fondamentale qu'est la punition négative : Procédure par laquelle la probabilité d'apparition de fréquence d'un comportement tend à diminuer suite au retrait d'un stimulus appétitif : retrait d'un privilège, d'une chose agréable... VOIR exemple dans LA VIDEO.

1- Quand et comment ?

> On doit impérativement attendre que l'enfant émette une demande ou qu'il utilise un.e objet/activité préféré.e de son propre chef pour le.a lui refuser;

> On doit pouvoir appliquer cette punition après un long délai (si l'enfant met du temps avant d'être en position d'être puni);

> On ne doit observer aucune récompense entre le moment qui suit la désobéissance et la punition;

> On doit appliquer cette punition sans montrer d'énervement et un temps suffisamment long.

2- Point essentiel

Car le parent qui se fait mener par le bout du nez finit par oublier une chose essentielle que l'enfant lui a fait oublier : Ce dernier est entièrement dépendant de lui.

Pour finir, j'adresse une nouvelle fois au lecteur cette question : 

> Qu'est-ce qui peut faire qu'il soit si difficile pour un parent d'appliquer cette punition? En général, les parents qui ont du mal à l'appliquer passent par tant de menaces pseudo-dissuasives et renforçantes, que l'enfant ne peut faire autrement que de parvenir à éviter cette conséquence désagréable pour lui. Le parent a alors le sentiment d'avoir eu le dernier mot, et l'enfant de montrer sa force d'opposition. L'honneur est ainsi sauf de part et d'autre.

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Contenu de la vidéo :

Scène 1 : EDOUARD âgé de 7 ans :

Demande/menace 1 :  "Edouard, je compte jusqu'à 10, si ton pyjama n'est pas mis en s'en va se coucher tout nu.

Réponse 1 : NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN!!!

Demande 2 : 1...2..

Réponse 2 : Laisse-moi tran, fous-moi la paix!

LA PRESSION MONTE...

Demande 3 : 3...10. Parfait je  veux le pyjama.

Réponse 3 : NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN!!! NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN!!!

- Maman prend le pyjama car la consigne était de mettre le pyjama tout seul et tu ne l'as pas fait.

- NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN!!! Je ne veux pas dormir tout nu.

Demande 4 : Je te laisse une dernière chance.

Réponse 4 : Arrête de compter! (car le comptage met Edouard sous pression. Il évacue cette pression en hurlant.)

- D'accord je ne compterai plus, mais tu mets ton pyjama IMMEDIATEMENT (Pression ++).

- Maintenant va-t'en! 

- Non je reste ici...

- Arrête de me regarder. (Eduard ne veut pas montrer qu'il a obéi en mettant son pyjama en l'absence de sa mère, mais cette dernière a le réflexe de continuer le bras de fer. Elle semble vouloir qu'il obéisse sous ses yeux. Ou peut-être ne lui fait-elle pas confiance?)

Demande 5 : Je reste ici, et tu mets ton pyjama MAINTENANT.

Réponse 5 :  Redoublement des cris : Laisse moi tranquille. 

- Edouard ?

- Va-t'eeen! Laisse-moi me calmeeeer!

CETTE PHRASE FAIT MOUCHE.

SILENCE. La mère semble réaliser qu'Edouard est sous pression et qu'insister encore ne mènerait nulle part.

- Je vais te laisser te calmer et je vais revenir dans 5 minutes.

...

Scène 2 :

D'après l'article quelle 2ème scène pourriez-vous imaginer? Faites-nous part de votre avis, ou envoyez-nous votre vidéo concernant cette 2ème scène : https://wetransfer.com/, à l'adresse suivante : contact@lezape.fr.

Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISMEhttps://www.youtube.com/watch?v=037XhWAK9jI

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