COVID-19 : L'impact des images récurrentes sur notre comportement

Des images anxiogènes récurrentes : Lorsque tous les médias (internet, presse papier, radio, audiovisuel...) n'abordent qu'un sujet central, rendant les autres invisibles, on peut parler d'une récurrence extraordinaire d'images et de propos, qui par leur force, auront un impact énorme sur les comportements des un.e.s et des autres.

COVID-19 : quand la récurrence des images influence nos comportements © Jean-Luc ROBERT

 Que disent les études ?

De nombreuses études psychologiques et sociologiques ont pu démontrer que la récurrence d'images, quoi qu'elles montrent, avait sur tout être vivant une influence considérable. Les publicitaires l'ont d'ailleurs bien compris, et sont en conséquence prêts à dépenser des millions pour défiler plusieurs fois de suite sur nos écrans. Plus l'image et son slogan percutant sont serinés, et plus le message agit dans notre inconscient, orientant nos choix et nos comportements.

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Les conséquences d'une surexposition à certaines images :

S'intéressant à l'impact des nouveaux médias sur la jeunesse, Serge TISSERON, sociologue, et Blandine KRIEGEL, philosophe, ont dans un rapport sur la violence à la télévision, démontré qu'un temps important d'exposition à des images violentes (lorsque les enfants passent de 1 heure de visionnage à plus de 3 heures), fait passer la proportion d'auteurs d'actes agressifs de 5,7% à 25%.

David ASSOULINE (historien), s'intéressant également aux jeunes et aux nouveaux médias, a mis en évidence concernant l'impact des images violentes, que l'on pouvait observer chez une majorité de sujets :

- une augmentation des comportements violents,

- une baisse de l'inhibition et de la culpabilité,

- une augmentation du sentiment d'insécurité,

- une peur de devenir victime à son tour,

- et une diminution de l'empathie due à une désensibilisation à la violence.

Cette étude très riche d'enseignements sur l'influence que peut avoir la récurrence d'images violentes défilant sur les nouveaux médias, peut évidemment être transposable pour la question d'une surexposition de la jeunesse à des images pornographiques en accès libre.  Mais qu'en serait-il pour des images anxiogènes qui seraient récurrentes ?

COVID-19 : images anxiogènes récurrentes

Lorsque tous les médias (internet, presse papier, radio, audiovisuel...) n'abordent qu'un sujet central, rendant les autres invisibles, on peut parler d'une récurrence extraordinaire d'images et de propos, qui par leur force, auront un impact énorme sur les comportements des un.e.s et des autres.

On voit déjà apparaître chez certains sujets anxieux :

- une somatisation importante : Nous rappelons que la somatisation ou psychosomatisation, est l'expression d'une souffrance intra-psychique par des plaintes d'ordre somatique. Il est à noter que cette somatisation ne produit pas nécessairement des symptômes en rapport avec ceux du COVID-19.

- un effet nocebo...

COVID-19 : effet nocebo

L'effet "nocebo" (du latin : "je nuirai") est un effet psycho-physiologique introduit par Walter KENNEDY (médecin) en 1961, lié à la prise d'une substance neutre qui entraîne pourtant des effets indésirables (symptômes négatifs) chez un sujet ayant la conviction de la nocivité du produit en question. Nous connaissons mieux l'effet opposé appelé "placebo", qui lui entraîne des effets positifs, voire la guérison, lorsque le sujet pense ingérer un médicament curatif.

Vous l'aurez compris, la surexposition massive aux images du COVID-19, ennemi public N°1 au centre de toutes les conversations, peut être assimilée à l'ingestion d'un produit néfaste (contaminant) pouvant entraîner sur nous des effets négatifs, bien que d'aucuns, rationnels, penseront légitimement qu'il s'agit d'images inoffensives/neutres.

L'effet "nocebo" dont nous parlons agit bien sûr à notre insu, pour nous faire craindre, au fil des images défilant sur nos écrans, et sans raison garder, une contamination, certaines personnes pouvant ainsi voir apparaître quelques symptômes (fièvre, accélération du rythme cardiaque, toux...), sans être pour autant porteuses du virus. 

Un effet "nocebo" puissant : peut donc faire qu'un sujet développe malgré lui, dans cette ambiance anxiogène, des symptômes sans maladie réelle comme on le constate dans les cas d'hypocondrie.

L'angoisse de mort, bien connue en psychologie, peut toucher à des niveaux divers toute personne, et nul doute qu'un événement extraordinaire comme celui que la France connaît depuis le mois de février 2019, peut accentuer chez certains des manifestations d'hypocondrie (qui se caractérisent par une peur excessive de la maladie. Cette peur est pathologique dans le sens où elle est anticipée et le cheminement de la pensée erroné : « J’ai mal au ventre DONC j’ai un cancer de l’estomac »), ou générer de la dépression.

Comment protéger les plus vulnérables ? 2 conseils :

Les images fortes ont un effet addictif sur le cerveau, et l'on a beau savoir que ces images peuvent avoir un effet "nocebo", on se sent malgré tout poussé.e à les consommer (un peu comme les enfants peuvent être attiré.e.s par des films d'horreur en minimisant l'impact qu'ils auront à supporter).

Pour les enfants, ou les personnes anxieuses, notre conseil est de leur dire qu'il est vital pour leur santé psychologique qu'ils.elles parviennent à rompre cette boucle mortifère quelques heures, ou quelques jours. Il s'agit donc :

- de parvenir à occuper son esprit avec une activité que l'on apprécie, laissant volontairement le média éteint,

- de s'astreindre à ne consommer qu'une petite quantité d'information par jour (15 min par exemple),

l'idée étant d'amoindrir un maximum l'effet "nocebo" consécutif à la surconsommation de l'information récurrente qui nous inonde aujourd'hui.

 

Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISME

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  • Assouline, David, Rapport d’information au Sénat au nom de la commission des Affaires culturelles sur L’impact des nouveaux médias sur la jeunesse, 2008-2009, https://www.senat.fr/rap/r08-046/r08-0461.pdf, consulté le 25 juillet 2016.
  • Tisseron, SergeY a-t-il un pilote dans l’image ? Paris, Aubier, 1998.
  • Tisseron, SergeEnfants sous influence. Les écrans rendent-ils les jeunes violents ? Paris, Armand Colin, 2000.
  • Tisseron, Serge, « Images violentes, violence des images », Tripodos, n° 15, 2003.

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