Tel métier telle personnalité : une association parfois pernicieuse?

Y a-t-il un lien entre le ou les métiers que nous exerçons, que nous avons exercé, ou que nous exercerons, et notre personnalité? Autrement dit, les métiers qui jalonneront notre existence sont-ils le fruit du hasard ou sont-ils inexorablement chevillés à notre personnalité? Notre métier est-il le miroir de notre personnalité?

 

Un métier qui colle à la personnalité? © Jean-Luc ROBERT - Psychologue Un métier qui colle à la personnalité? © Jean-Luc ROBERT - Psychologue

Est-ce par hasard?

"Quand je serai grand je serai...". Puis l'enfant dira quelques années après : "Quand je serai grand je voudrais être...". Puis encore plus tard, il finira par dire avec amusement : "Quand j'étais petit.e je voulais être...". Qu'a-t-il pu se passer entre un : "je serai" affirmé péremptoirement, et un "je voulais" amusé nous montrant qu'une certaine distance a été prise avec ses rêves enfantins?

Il s'est passé que notre personnalité a évolué, qu'elle a gagné en maturité. La vie avec ses découvertes ou ses épreuves, a constamment agi sur cette personnalité, la faisant ainsi muer, guidant ses choix. Il y a bien sûr ces prédispositions évidentes qui font qu'un sujet matheux peut prétendre ne jamais avoir eu à réfléchir trop longtemps face à une équation mathématique, tout comme un artiste est à son aise face à un support vierge. Mais que cela concerne plus l'inné que l'acquis ou inversement, la question reste entière : Existe-t-il un lien inconscient entre les métiers que nous exerçons et notre personnalité?

Ce que disent les enfants

En psychanalyse, l'enfance reste le socle incontournable permettant de comprendre le développement d'une personnalité. Si l'on écoute donc ce que disent les enfants lorsqu'on leur demande le métier qu'ils souhaitent exercer plus tard, on se rend compte que leur choix est très lié à leur vécu émotionnel. Il suffit qu'un médecin bienveillant les guérisse pour qu'ils souhaitent devenir médecin en oubliant que la semaine précédente, ils souhaitaient devenir maître.sse ou pompier. Ces changements fréquents nous enseignent que la personnalité immature de l'enfant l'amène spontanément à avoir des certitudes, n'étant pas en mesure de se représenter ce qu'implique vraiment ses voeux (choix d'études - une voie en excluant une autre pour un temps déterminé - ou autres contraintes liées au métier choisi).

Mais plus l'enfant gagne en maturité, et moins généralement ce.tte dernier.e est sûr.e de son choix. Il.elle commence à réfléchir et à intégrer plusieurs paramètres. "Et si ce métier était ennuyeux au final?", "Et puis, suis-je suffisamment doué.e pour les mathématiques? ou pour le sport? Apparemment non". "Pourrai-je me réorienter facilement si je fais ce choix?"

Un parallèle pourrait être fait avec l'écriture ou la signature de chacun qui évolue beaucoup jusqu'à un certain âge avant de se stabiliser. Nous différencions sans peine la copie d'un.e élève de CM2 de celle d'un.e collégien.ne. Plus mature encore sera celle de l'universitaire, qui sera très proche de celle qu'il.elle pourra rendre une fois adulte.

Une écriture qui me va

On pourrait dire que l'enfant cherche sa signature ou son écriture tout comme il cherche à construire sa personnalité de manière stable, et que, contrairement à ce nous pensons, il cherche aussi dès son plus jeune âge sa future activité professionnelle. Ne les entend-t-on pas dire alors : "Je cherche une écriture qui me ressemble, ou un écriture qui me va" lorsqu'on leur demande la raison de ces changements de style? La tenue vestimentaire, le langage, les goûts musicaux ou cinématographiques..., tout cela change très vite, témoignant d'une personnalité en constante évolution.

Il n'est donc  pas question de dire qu'une fois adulte, la personnalité n'évolue plus, mais de dire qu'elle évolue bien plus lentement. Alors que l'enfant que nous étions pouvait changer de signature, d'écriture, ou de "métier préféré" tous les mois, une fois adulte, notre signature se fixe entre 18 et 25 ans, et notre écriture ne connaît que 2 ou 3 changements majeurs, tout comme notre orientation professionnelle. En tant qu'adulte raisonnable en effet, nous savons que nous ne pouvons nous désengager d'une voie prise en un claquement de doigts, et que changer pour une lubie n'aurait au final rien de satisfaisant.

Un métier qui ne me va pas :-(

Bien des adultes ont en effet conscience que leur situation professionnelle n'est pas celle qui convient le mieux à leur personnalité, mais savent aussi qu'on ne construit rien dans l'instabilité. Rêver d'un changement est une chose, le réaliser dans la réalité en est une autre. On se résigne alors à ne plus quitter la voie adoptée, préférant "apprécier" ses avantages plutôt que de détester le verre à moitié vide qui chaque jour s'impose à soi.

D'un point de vue psychologique, on peut aussi se dire que ce mauvais choix n'est pas le fruit du hasard, et que cette situation dit quelque chose de notre parcours de vie : "Je m'intéresse à l'humain, j'aime aider les autres, et je me retrouve à mettre au point des algorithmes puissants pour des traders qui m'accordent moins d'importance qu'ils en accordent à leurs écrans" dira Louis désabusé. "Pourquoi n'ai-je pas pu m'orienter vers un métier de soin ou d'écoute, qui comme je le pense m'aurait mieux convenu?"

Un métier qui me va :-)

Inversement, certaines personnes exercent des métiers qui cette fois leur conviennent parfaitement. En étudiant leur parcours de vie, nul doute alors qu'un lien est à faire entre la construction de leur personnalité et la place très particulière qu'ils occupent dans le monde professionnel et au sein de notre société.

 

Il nous intéressera de développer ici cette concorde entre la personnalité d'un sujet et son métier :

Tel métier, telle personnalité : quand son métier matche parfaitement avec sa personnalité.

La parfaite concorde!

Nous venons de voir qu'il arrive malheureusement trop souvent que la concorde ne soit pas parfaite et que le sujet en souffre. Dans ce cas tout de même, il nous semble que ce mauvais choix n'est pas le fruit du hasard, bien que le sujet pense que des circonstances malchanceuses aient pu agir contre sa volonté. Mais il arrive aussi que le choix du métier soit en parfait accord avec ce que certaines personnes sont, et ce qu'elles recherchent. La plupart du temps, elles tirent alors un certain plaisir à exercer leur profession. Il est par exemple banal de dire qu'une personne qui aime profondément la nature et l'activité physique, sera plus épanouie en exerçant le métier de guide de montagne qu'en se retrouvant coincée dans un open space face à un ordinateur casque vissé sur le crâne. Elle pourrait aussi être paysagiste urbain ou développer une activité de tourisme vert bref, faire de sa passion une profession épanouissante.

Mais l'on peut aussi trouver son compte à exercer une profession qui correspond chez soi à certains traits de caractères très prononcés, fussent-ils peu glorieux :

> Une personnalité obsessionnelle pourrait ainsi se sentir à son aise dans des activités de tri ou d'archivage qui en agacerait plus d'un.e. Cette personne qui ferait le bonheur de son employeur, pourrait par exemple se passionner pour la recherche d'articles spécifiques dénichés dans une littérature juridique indigeste pour beaucoup.

> Une personne manquant de confiance en elle ou une personne autiste pourrait aussi apprécier d'exercer un métier proposant des tâches très répétitives telles que la gestion d'une caisse, d'un programme informatique, ou d'un modèle à reproduire manuellement (menuiserie et autres constructions avec schéma). Cette personne ferait quoiqu'il en soit tout son possible pour ne pas se retrouver dans un poste à pouvoir décisionnel où l'on pourrait la juger ou s'opposer à elle. L'idéal étant pour elle d'avoir la parfaite maîtrise d'une tâche qui ne pourrait pas comporter d'imprévus, et qui ne nécessiterait aucune touche personnelle. La créativité va en effet de pair avec l'incertitude et une imprévisibilité déstabilisante pouvant conduire à la catastrophe d'un échec annoncé.

Le ou la délégué.e de classe

> Une personne aimant décider/le pouvoir : Tout au contraire, les personnes n'aimant pas être à une place d'exécutant.e et pourvues d'un minimum de confiance en elles, peuvent rechercher des postes à responsabilité, quitte à devoir en supporter les conséquences.

Je vous propose maintenant un petit flash back toujours indispensable vers notre enfance : Souvenez-vous. Quelle était la personnalité du ou de la déléguée de votre classe ? Etait-ce une personne timide ou qui dégageait une certaine assurance? Etait-ce une personne qui paraissait plus mature que les autres? A-t-on dû la supplier d'occuper cette place? En d'autres termes, était-ce le fruit du hasard? Non bien sûr. On voit dès le plus jeune âge combien il importe à certaines personnes que les choses filent exactement comme elles le souhaitent, et les stratégies mises en place pour avoir le statut qui permet cela.

Observer une cour de récréation est aussi de ce point de vue très instructif. Il y a les enfants qui organisent les jeux, fixent les règles, toujours les mêmes, et les enfants qui suivent voire subissent ces règles, toujours les mêmes. Il y a les enfants qui gagnent à ces jeux, et ceux.celles qui perdent assez systématiquement. Il y a ceux.celles qui pleurent souvent et ceux.celles qui rigolent, ceux.celles qui tyrannisent, qui sont des chefs de bande, et les autres. Des traits de caractère déjà puissants à cet âge là, agissent pour permettre à l'enfant d'occuper une certaine place dans sa cour de récréation, dans sa classe, son école, et même dans son quartier.

Une association parfois pernicieuse?

Il n'y a certes pas de déterminisme qui soit "indémolissable", mais quand même, l'enfant qui aime imposer ses règles dans la cour de récréation pourrait bien être fortement intéressé.e par la haute fonction de délégué.e de classe, puis, presque par inadvertance, se retrouver délégué.e des parents d'élèves une fois adulte. Cette même personne pourrait encore se faufiler parmi les membres du conseil syndical de votre copropriété, être l'avocat.e, ou même le.la juge qui vous condamnera sans état d'âme. Caricature à l'emporte pièce me direz-vous? Sûrement.

Mais comment ne pas être curieux de l'enfance du patron acariâtre qui prend un malin plaisir à voir ses employé.e.s sursauter lorsqu'il braille soudainement? Pourrait-il s'agir d'une "association diabolique" entre une personnalité particulière et un statut professionnel sur-mesure lui autorisant ces débordements? Comment ne pas s'intéresser également à l'association qui pourrait faire qu'un.e DRH soit loin d'être gêné.e par la tâche ingrate de devoir monter des dossiers véreux ayant pour finalité de se débarrasser de salarié.e.s pourtant méritant.e.s? Ou encore, comment se construit la personnalité d'un.e membre d'un conseil syndical de co-propriété qui, comme certains enfants faisant injustement subir des sévices à leurs pairs, persécute d'autres propriétaires par la grâce du petit pouvoir que lui confère son statut. Et que dire de l'avocat.e qui dupe sciemment un.e juge afin de faire condamner sans vergogne une personne qu'il.elle sait être innocent.e?

Nous pourrions ainsi démultiplier ces exemples à foison sans oublier de dire qu'il n'y a rien de linéaire en psychologie, à savoir que tous les postes à responsabilité ne sont pas systématiquement occupés par les personnes pré-citées, qu'un.e enfant timide, martyrisé.e par ses pairs/proches, ne sera pas forcément un.e employé.e timoré.e subissant les affres d'un patron tyrannique, et inversement, qu'un.e enfant dominateur.trice, ne deviendra pas forcément le.la DRH, l'avocat.e, ou le.la membre du conseil syndical dont nous parlions.

Il nous importe simplement d'expliquer que toutes ces places "étranges" qu'occupent certains individus d'une manière particulière, ne sont jamais occupées de cette manière par hasard. Même la dame du fond là bas. Oui, l'employée administrative qui ne valide pas votre dossier dès qu'elle le peut. Contrairement à certain.e.s collègues, elle a tendance à rejeter les dossiers d'un ton "pète-sec" pour le motif qu'il y manquerait une pièce qu'elle juge fondamentale. Vous êtes bien sûr mal tombé.e. Elle connaît parfaitement cette heure et demi d'attente qui vous a paru une éternité et qu'elle balaie d'un revers de main. Et figurez-vous que plus vous criez avec rage en montrant votre désarroi, plus la place qu'elle occupe au sein de cette administration lui convient.

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Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISME

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