Surexposition aux écrans des jeunes enfants : L’agitation des peurs par l’autisme !

La surexposition aux jeux sur écrans activerait chez les plus jeunes un système de récompenses dans le cerveau qui libérerait le puissant stimulant naturel de la dopamine. Complètement accros à cet effet euphorisant en permanence recherché, ils seraient facilement irritables, colériques, agressifs, et violents. Ils sombreraient alors dans une addiction pathologique au grand dam de leur entourage.

Le danger de l'addiction aux écrans des bébés et des jeunes © Jean-Luc ROBERT Psychologue Le danger de l'addiction aux écrans des bébés et des jeunes © Jean-Luc ROBERT Psychologue
Le système de récompense et la dopamine :

La surexposition aux jeux sur écrans activerait chez les plus jeunes un système de récompenses dans le cerveau qui libérerait le puissant stimulant naturel de la dopamine. Complètement accros à cet effet euphorisant en permanence recherché, ils seraient facilement irritables, colériques, agressifs, et violents. Ils sombreraient alors dans une addiction pathologique au grand dam de leur entourage.

Attention donc à la tablette, au téléphone, à l’ordinateur, bref, à tout ce qui posséderait un écran ayant le pouvoir maléfique d’activer chez nous la pompe à dopamine. Cette dépendance extrême pourrait même conduire à l’autisme pour les cas les plus graves.

De l’autisme à toutes les sauces :

Bien sûr, vous sentez poindre chez moi une certaine ironie désabusée. Je vais encore une fois devoir aller à contre-courant de ce discours formaté et facile qui fait consensus.

Car vous comprendrez que je ne peux que m’agacer lorsque le magazine : « envoyé spécial » (à regarder ici) présenté le 18/01/18 par Élise Lucet sur France 2, consacre un sujet sur la dépendance des plus jeunes aux écrans, en commençant par nous montrer un enfant autiste qui nous le supposons, aurait échappé à l’autisme si les écrans n’avaient pas existé. C’est à chaque fois pareil. Lorsque l’on veut être crédible concernant la dangerosité d’un produit, lorsque l’on veut marquer les esprits, on brandit la menace de l’autisme : « Voyez parents ce qui vous attend si vous ne surveillez pas de près l’usage que font vos enfants de ces outils modernes ».

Pseudo-nuance et confusion :

Evidemment, on nous dira que ce n’est pas vraiment ce qui a été dit. Tantôt le Dr Ducanda (Dr en PMI parlant d’épidémie silencieuse) nous expliquait qu’on ne savait pas vraiment si le comportement de l’enfant était entièrement dû aux écrans (il fallait selon elle un sevrage d’un mois pour le savoir), tantôt elle nous expliquait que les écrans pouvaient assurément être à l’origine des troubles du comportement les plus sévères, dont l’autisme.

Mais une fois le délai d’un mois passé sans écrans, le reportage fera finalement état d’une amélioration très relative de l’enfant en question, toujours autiste. Eh oui ! Le miracle ne s’étant pas produit après le sevrage, on lui remettra habilement un téléphone sous le nez (puis on le lui arrachera), histoire de montrer à quel point il reprend tous les mauvais comportements en présence de l’objet (le téléphone de la mère). Sous-entendu pour les plus naïfs : « Tout allait bien pour cet enfant depuis un mois, et voilà que, patatras, la réapparition de la sale bête à puce le refait disjoncter ».

Vous l’aurez compris, mon point de vue est que considérer que l’utilisation abusive du téléphone est à l’origine de son autisme est aller un peu vite en besogne. L’émission a juste oublié de s’intéresser suffisamment à l’autisme pour savoir que l’addiction à certains objets est une spécificité de l’autisme. Alors oui, l’écran a un effet captivant supplémentaire, mais incriminer la tablette pour expliquer l'autisme de cet enfant est laisser entendre avec certitude qu'une surexposition aurait entraîné son autisme, ce qu’on peut difficilement affirmer. Savent-ils à envoyé spécial qu’un enfant autiste peut passer des heures à triturer un objet appelé « autistique » ou passer des heures à s’autostimuler avec la lumière d’une ampoule ? On comprendra alors que regarder en boucle des images animées et lumineuses défiler sur un écran puisse le captiver à l’excès.

Ce qu’on ne peut nier :

Je ne vais pas nier qu'un nourrisson ne peut se développer normalement sans les stimulations bienveillantes de ses parents.

Je ne vais pas nier que l'accès à la conscience de soi et à la communication avec l'humain ne peut qu'être perturbé dès lors que la tablette remplace quasi-intégralement le parent, pouvant indubitablement entraîner un retard :

  • - de langage,
  • - de socialisation,
  • - et de développement sur un plan général.

Les professionnels de la santé et de la petite enfance alertent l’opinion publique des graves effets d’une exposition massive et précoce des bébés, et des jeunes enfants à tous types d’écrans  A lire ici

Car « Captés ou sans cesse interrompus par les écrans, parents et bébé ne pourraient plus assez se regarder et construire leur relation ».

  • - Ces professionnels reconnaissent ainsi que l’origine de l’autisme peut aussi être environnemental (psychogène). Ceci au passage, va à l’encontre des thèses organiques actuelles qui nient l’impact que peut avoir l’environnement sur la survenue de l’autisme.
  • - Tout cela n’est pas nouveau. Ne pas regarder, ne pas jouer, ne pas avoir ce qu’on appelle des temps d’attention conjointe avec son bébé, peut en effet avoir des conséquences graves sur son développement. Mais au lieu de focaliser tous les regards sur le danger des écrans, j’aurais envie que l’on prévienne davantage du danger à ne pas proposer suffisamment à son enfant ces temps d’échange indispensables à son développement, et qu’on se questionne sur le pourquoi de cette absence de partage. La réponse toute trouvée est de dire que les écrans sont fautifs, déresponsabilisant ainsi l’entourage proche. Ah ces maudits écrans ! S’ils n’existaient pas tout irait pour le mieux pense-t-on. Or, je ne suis pas certain que l’on ne passe pas à côté du vrai problème, et que l’écran ne soit pas dans bien des cas un symptôme qui cache la maladie.

Reportage bientôt désuet :

D’autre part, je suis assez persuadé qu’on trouvera ce genre de reportage complètement daté dans cinq ans. Incriminer les écrans en effet, c’est oublier que l’ORDIMINI faisait le même effet aux enfants il y a quinze ou vingt ans. Ces objets désuets aujourd’hui, activaient eux aussi la pompe à dopamine par la fameuse récompense qui disait à l’enfant un BRAVO ! en boucle, accompagné d’un son strident qui répété mille fois, rendait fous des parents qui regrettaient amèrement leur achat. La différence je le concède, est que le téléphone est par définition portable et présent dans tous les espaces, là où l’ORDIMINI était limité à l’espace de la maison. L’autre point est que la variété des applications renouvelle à l’infini l’intérêt pour le téléphone.

Mais vous en voulez d’autres des activateurs de la pompe ?

-          Les tablettes de chocolat,

-          Le sucre dans les boissons gazeuses, dans tous les aliments d’ailleurs,

-          Les cartes Pokémons,

-          Les billes, les Legos, les scoubidous dans les années 80…

A chaque époque donc son produit phare rendant dingues les enfants et les ados. A-t-on oublié que l’on a eu la même crainte concernant les baladeurs (walkmans) dans les années 80 ? On aurait fait n’importe quoi pour avoir le sien rappelez-vous. Ce produit était supposé enfermer les adolescents dans un autre monde.

La préservation d’un idéal :

Ainsi, on peut faire le constat que l’humain craint toujours que les nouveaux produits qu’il invente modifient son comportement, son héritage, et ce, de façon dramatiquement irrévocable. Le contre-nature serait comme une menace qui planerait sur ces enfants qui courraient alors le risque d’une dénaturation par ces produits hors de contrôle.

Cette volonté de figer nos comportements menacés par les nouvelles technologies, est me semble-t-il, une défense naturelle inscrite en nous pour la préservation d’un idéal de l’espèce. Arbitrairement, on se dit que communiquer en face à face, est bien plus sain et normal que de le faire via des écrans interposés. On se le dit aujourd’hui, mais se le dira-t-on demain ? N’était-il pas bon le temps où l’on composait le numéro des renseignements téléphoniques pour qu’une charmante personne nous donne une adresse ? Ce temps-là n’était-il pas plus humain ? N’était-il pas mieux qu’on demande notre chemin à quelqu’un plutôt que d’écouter son GPS ? Les nostalgiques penseront que oui, arguant du fait que nous ne communiquons plus comme avant, voire plus du tout.

Les écrans : Un faux problème !

Par définition, un jeune sujet est immature et a beaucoup de mal à être raisonnable. Connaissez-vous beaucoup d’enfants qui d’eux-mêmes se diraient qu’ils doivent s’alimenter « normalement » et en quantité raisonnable ? Non, les enfants ne passent pas leurs journées à enfiler des fraises tagada et des tablettes de chocolat parce qu’on leur en limite tout simplement l’accès. L’adulte qui fait leur éducation, leur apprend à composer avec la frustration et le raisonnable. Nous savons bien sûr que nous restons vulnérables face à bien des produits. Mais dira-t-on d’un alcoolique qu’il est victime de l’effet addictif de l’alcool sur lui, ou reconnaîtra-t-on que derrière l’alcool se cache un autre problème ? Et d’un boulimique que dira-t-on ? Que c’est de la faute de la nourriture trop représentée dans les publicités ? Est-on sûr que l’alcoolique ou le boulimique n’auraient pas eu d’autres problèmes comportementaux si ces produits n’avaient pas existé ? Ne pas s’intéresser à l’origine de la maladie mais au symptôme est à mon sens une vision partielle des choses, et je dois en l’occurrence rappeler que l’usage intensif de l’écran reste un symptôme.

Petit rappel utile concernant les différentes conduites addictives :

La relation de dépendance peut concerner un produit, elle est alors nommée addiction avec produit. Elle peut aussi impliquer un comportement et est alors nommée addiction sans produit.

Avec produit : Ces conduites font référence à la consommation de substances pouvant modifier l’état de conscience de la personne. Lorsque l’on parle d’addiction cela englobe les maladies les plus classiques, à savoir l’alcoolisme, le tabagisme, la toxicomanie.  

Sans produit : Cette addiction ne se traduit pas par la consommation d’une substance. Ici, il est question d’un comportement répété. Cette catégorie est la plus discutée en raison des limites des pathologies incluses. Toutefois, le jeu pathologique, les troubles du comportement alimentaire et les dépendances sexuelles et affectives ne font aucun doute sur leur appartenance. Les achats compulsifs, l’addiction au sport et au travail sont souvent considérés comme étant des conduites addictives.

Caractéristiques communes aux conduites addictives :

Un besoin irrésistible de consommer ou d’acter. La personne ne peut pas se passer d’un produit ou d’un comportement qui devient le centre de son existence ;

› La répétition de la conduite. Un cercle vicieux s’installe ;

› La dimension de plaisir : Il se crée un amour passionnel avec le produit ou le comportement – il est souvent question de « coup de foudre », de « lune de miel » et de braver les interdits. Prendre des risques devient la seule source d’excitation ;

› La fréquence des passages d’une addiction à une autre ;

› L’association de plusieurs conduites addictives, comme par exemple l’alcool et le tabac ;

› Des facteurs de vulnérabilité similaires comme l’impulsivité, la dépendance affective, l’hyperactivité, la faible estime de soi, le début fréquent à l’adolescence, ou encore la souffrance sociale ;

› La présence de plusieurs évènements traumatisants. La conduite addictive vient comme une stratégie d’adaptation ;

› Un mécanisme biologique commun où la dopamine est centrale.

En conclusion :

L’addiction aux écrans est certes dangereuse pour les jeunes, mais les effets décrits par les médias comme lui étant propres ne le sont pas.

Alors oui, sur une personnalité « fragile », l’addiction aux écrans peut précipiter dans une pathologie (décompensation) déjà présente à minima, mais ni plus ni moins que pour toute autre addiction.

-          Je soumets à nouveau à votre réflexion cette question d’importance : Le problème provient-il de l’existence du produit qu’il faut remettre en question, réprimer, et considérer comme dangereux (nocif), ou de la personne elle-même, et du problème psychologique qui l’amène à dépendre de lui ? En ce sens, faire les gros titres en parlant de : « dangers pour les adolescents », c’est oublier de se questionner sur la raison pour laquelle les adolescents en question « tombent » dans la dépendance à un produit. Et non, ce n’est définitivement pas à mon sens le produit qui possède quelque pouvoir maléfique pour prendre possession de leur esprit.

-          Voilà pourquoi je refuse de diaboliser les tablettes, téléphones et autres, et que j’invite plutôt les parents à essayer de comprendre ce que ces objets viennent combler chez leurs enfants qu’ils ne seraient pas en mesure de leur donner.

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Et petite provocation pour finir, voici quelques liens où vous trouverez des applications pour les enfants autistes. Car ce qu’envoyer spécial a évité de rappeler, c'est que : « L’utilisation des tablettes numériques et autres appareils mobiles est de plus en plus répandue auprès de la clientèle vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA), et pour cause, plusieurs parents et professionnels constatent les bénéfices et voient maintenant davantage ces appareils comme un outil d’apprentissage, plutôt qu’une simple plateforme de jeux. »

-          https://app-enfant.fr/applications/categorie/autisme/

-          http://applications-autisme.com/

Ce que l'utilisation de la tablette peut apporter à l'enfant autiste :

  • Discrimination visuelle, action/réaction, coordination oeil-main, motricité fine, pairage, interaction ;
  • Enrichissement du vocabulaire ;
  • Développe son autonomie dans les routines et la réalisation de tâches ainsi que dans ses choix d’activités, jeux, musique, photos et vidéos préférés ;
  • Lui permet de s’occuper de façon fonctionnelle et normalisante ;
  • Favorise la communication ;
  • Développe et diversifie les intérêts de l'enfant ;
  • Facilite les moments d’attente et les moments non structurés ;
  • Permet les apprentissages de façon ludique, visuelle et interactive et favorise leur généralisation. Les périodes d’apprentissages sont structurées et avec accompagnement.
  • Meilleure attention / concentration durant les activités avec la tablette ;
  • Meilleure gestion du temps, des comportements et des activités de la vie quotidienne grâce aux outils personnalisables, toujours sous la main. Ex. : routines, horaires, scénarios sociaux, minuterie, applications sur les émotions et schémas.
  • Suscite des moments d’interaction, de complicité et d’intérêts communs dans la fratrie.
  • source: http://spectredelautisme.com/trouble-du-spectre-de-l-autisme-tsa-intervention-et-therapies/tablette-electronique/

Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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