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Billet de blog 24 oct. 2017

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Autisme : Les extrémistes de l’ABA. Jusqu’où iront-ils ?

Vinca Rivière, maître de conférences à Lille-3 s'est vue refusée l'ouverture d'une licence pro spécialisée dans la méthode comportementale ABA. Pourquoi ? Parce qu'une enquête a révélé des « dysfonctionnements constituant des facteurs de risques de maltraitance susceptibles d'avoir des répercussions sur les enfants accueillis ». Voici ce qui sonne comme une mise en garde contre les dangers d'ABA.

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Screams_1965_slap © Jean-Luc ROBERT

Vinca Rivière, maître de conférences à Lille-3 et responsable d'un master, espérait jusqu'au 6 avril dernier obtenir l'ouverture d'une licence Professionnelle spécialisée dans la méthode comportementale ABA. Chercheur en Psychologie du développement depuis 1992 elle a développé en France des formations et services permettant à des enfants avec autisme de suivre des traitements comportementaux.

Pour quelles raisons l’université de Lille a-t-elle refusé d’ouvrir cette licence à celle qui ne jure que par l’ABA affirmant avec prétention : « Les enfants autistes qui seront pris avant l'âge de 4 ans n'auront plus besoin de suivi au bout de 2 ou 3 ans », il faut « l'ABA et rien d'autre » ?

Parce qu’une enquête de l’inspection de l'agence régionale de santé (ARS) du Nord a heureusement eu lieu dans le centre Camus de Villeneuve d'Ascq créé par Vinca Rivière.

Cette enquête a révélé des « dysfonctionnements » constituant « des facteurs de risques de maltraitance susceptibles d'avoir des répercussions sur les enfants accueillis ».

De quels dysfonctionnements s'agit-il ?

Vinca Rivière qui fustige la psychanalyse dès qu’elle en a l’occasion, est clairement ce que j’ose appeler une extrémiste de l’ABA, qui comme tous les extrémistes, se moque d’aller à l’encontre de loi et des droits des citoyens, estimant détenir une vérité absolue qui justifie sa position et son action. Ainsi, aller à contre-courant des recommandations de la Haute autorité de santé qui affirme la nécessité de rester dans un cadre  pluridisciplinaire pour ces enfants, n’est aucunement un problème pour elle.  Au centre Camus dit-elle, on peut avoir la garantie que « 50 % des enfants qui seront pris avant l'âge de 4 ans n'auront plus besoin de suivi au bout de 2 ou 3 ans », il faut « l'ABA et rien d'autre ».

Je parle d’extrémisme sans hésitation et d’un fanatisme qui logiquement ne peut tolérer aucun mélange, aucune contamination avec d’autres pratiques qui ont tout le mépris de Madame Vinca Rivière. Et sans mesurer la gravité des propos qu’elle tient, cette dernière qui pense que la fin justifie les moyens, peut affirmer parlant de punition par choc électrique :

« Ce qu'on appelle “choc électrique”, on le présente en formation en faisant sucer une pile de 9 volts : ça picote la langueEt ça suffit à changer un comportement, je l'ai vu en Hollande, et l'efficacité en est démontrée depuis les années 50. La personne au comportement inapproprié porte en permanence à la taille une ceinture reliée à un émetteur placé sur sa cuisse. L'éducateur actionne le dispositif grâce à sa télécommande dès qu'elle émet le comportement. Ça produit effectivement un choc. Mais l'important est de voir que cette personne, qui ne pouvait plus rien faire, a diminué son comportement et a pu faire autre chose. »

Evidemment, Vinca Rivière ne se rend pas compte que les propos qu'elle tient sont graves et inquiétants. Pointer du doigt une psychanalyse qu’on a dit accusatrice envers les parents est une chose. Mais prétendre sortir 50 % des enfants de l’autisme après 2 ou 3 ans de suivi, et affirmer qu’il est envisageable de recourir à des chocs électriques comme punition pour traiter les cas les plus lourds, en est une autre bien plus grave à mon sens.

En France, l’ABA bénéficie d’un crédit extraordinaire qui fait qu’on n’entend peu de gens parler des dérives qui peuvent aller avec cette méthode mise en avant par la Haute Autorité de Santé et l’ANESM (Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux). Soucieuses des actes de bientraitance de la personne handicapée, ces instances condamnent pourtant sans ambiguïté « les procédés physiques d’aversion » qui selon elles « ne doivent pas être utilisés » - Haute autorité de Santé. Argumentaire scientifique. Mars 2012, p. 220.

Pour faire simple, le comportementalisme repose essentiellement sur 4 types de conditionnements dont la punition positive et la punition négative :

  • Punition positive : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à diminuer à la suite de l'ajout d'un stimulus aversif ou conséquence aversive contingente au comportement cible. Ex: Ajout d'une obligation, d'une douleur...
  • Punition négative : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à diminuer à la suite du retrait d'un stimulus appétitif. Ex: Retrait d'un privilège, d'un droit...

On comprend donc que la procédure visée par ces instances est la punition positive, car ajouter des stimuli aversifs peut aisément favoriser les dérapages, surtout lorsque l'on a une pratique extrémiste de la méthode.

On entendra alors certains formateurs dire que le bon ABA ne comprend pas de punition. Les choses sont plus simples ainsi. On ne prendra donc pas la peine de distinguer la punition positive qui demande à l’enfant de rester assis sur un banc ou de recopier des lignes, de la punition positive qui inflige une gifle ou un choc électrique. On croit ainsi se prémunir de tout dérapage, et même pouvoir se dédouaner. 

J’affirme pour ma part que le problème n’est pas la punition en soit, mais jusqu'où une personne est prête à aller pour éteindre un comportement. Et les fanatiques d’ABA ne supportant pas qu’un cas résiste à une méthode qu’ils jugent infaillible, ils sont malheureusement prêts à aller très loin dans la punition positive pour obtenir un résultat dont ils pourront s’enorgueillir.

Le public doit donc savoir que cette méthode est à appliquer avec mesure et bienveillance, car elle comprend en effet, par la nature même des conditionnements sur lesquels elle repose, un risque pour les sujets.

Historiquement,  le pionnier de la méthode ABA, Ivar Lovaas, a lui-même eu recours aux chocs électriques pour obtenir une diminution des comportements non-désirés. Mais bien sûr, personne ne communique là-dessus. Il faut absolument faire croire au public que « les méchants » sont et ont toujours été les psychiatres et psychanalystes français.

Alors je terminerai par un passage du livre dont je suis l’auteur pour illustrer ce propos : Extrait de « Ma vérité sur l’autisme » Chapitre 7 – Polémique 4 - L’institution :

« Ces dérapages peuvent avoir lieu dans tous types d’établissements, quelles que soient les méthodes de travail utilisées. L’approche ABA a quant à elle adopté un positionnement extrême qui consiste à dire qu’une bonne pratique doit désormais se faire sans punition. Ce discours politique vise clairement à se prémunir contre toute attaque future, et à faire oublier les nombreux dérapages antérieurs que les adeptes de cette méthode ont pu commettre dans différentes institutions, à commencer par leur propre figure emblématique, Ole Ivar Løvaas  

Rappel : Ivar Løvaas  est psychologue norvégien qui est le pionnier de la méthode ABA, qui a lui-même à une époque, réprimé les stéréotypies en administrant des chocs électriques. La punition est décrite dans un article signé par O. Ivar Lovaas, Benson Schaeffer, James Q. Simmons – Journal Journal of Experimental Research in Personality, 1, 99-105 (1965) qui s’intitule « Building Social Behavior in Autistic Children by Use of Electric Shock » : Etablir des comportements sociaux chez les enfants autistes par l’usage de chocs électriques. Elle consistait à placer l’enfant dans une pièce ayant un sol métallique, et à fixer sur lui une ceinture lui administrant des chocs électriques lorsqu’il avait une stéréotypie gestuelle avec ses mains. »

ICI LES 46500 SIGNATURES de la pétition :

Mesure gouvernementale pour une prise en charge précoce des enfants autistes à 18 mois

ICI LES 1900 COMMENTAIRES

Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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