Enfant renvoyé.e de l'école : un coup dur salutaire?

L’exclusion scolaire touche de plus en plus d’étudiants, qui sont aussi de plus en plus jeunes, plongeant les familles dans le désespoir. Comment les aider à comprendre le sens de ce renvoi? Comment supporter le choc, le dépasser, et transformer cette expérience en un apprentissage utile?

Quand l'école dit stop à l'élève en le renvoyant © Jean-Luc ROBERT Quand l'école dit stop à l'élève en le renvoyant © Jean-Luc ROBERT

Après moult avertissements, le verdict tombe : votre enfant est renvoyé.e de son école. Votre sentiment : De l'amertume? De l'injustice? De la frustration? N'aurait-on pas pu lui donner une autre chance? Une toute dernière? Réalisent-ils seulement à quel point cette décision est choquante et humiliante pour un parent? Et pour l'enfant? Ont-ils seulement pensé à ce qu'il.elle pourrait ressentir?

Cela les surprend souvent et leur paraît surréaliste : "On pensait que son comportement posait problème mais pas au point qu'on le.la renvoie. Si seulement on nous avait dit que cela pouvait vraiment se produire..."

Souvent oui, ce renvoi de l'école est très marquant pour des parents désemparés, devant, comme l'enfant, faire face à un saisissant sentiment d'échec et/ou d'impuissance. 

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Effet de sidération VS défense maniaque :

L'annonce du renvoi est pour eux comme un cauchemar devenu réalité. Ce mauvais rêve qu'ils ont fait de nombreuses fois les plonge d'abord dans un état de stupeur émotive. Ils restent là, K.O, comme tétanisés. Cet état de sidération normal, peut durer 5 min ou plusieurs heures. Le silence pèse lourd, alors que l'enfant/adolescent.e, a quant à lui.elle tendance à poursuivre sa vie comme si cette annonce était quelconque et n'avait pas d'emprise sur lui.elle, se montrant même parfois euphorique. Les parents sentent alors la moutarde leur monter au nez.
Mais il ne faut pas se méprendre sur ce comportement défensif visant à dénier la douleur consécutive à cet échec. Cette réaction par l'excitation, ce mépris pour la sanction annoncée, ce mépris par le triomphe, entrent dans le cadre d'une tentative de maîtrise toute-puissante de la perte que l'enfant/adolescent.e doit supporter. Ainsi, le sujet a le sentiment de triompher du coup qu'on lui porte en se disant : "Même pas mal", et cherche à se convaincre d'un sentiment d'indépendance ou de liberté qui ferait que personne n'aurait d'emprise sur lui. Hors d'atteinte, se croit-il, mais nous savons qu'il s'agit en réalité d'un triomphe illusoire. Nous parlons alors en psychologie d'une défense maniaque.

Cette défense qui lutte un temps contre le sentiment dépressif, n'empêchera pas bien sûr l'élève d'être plus marqué.e qu'il.elle ne voudra bien l'admettre. Jamais il.elle n'oubliera cette éviction "honteuse". Et si le mépris dont nous parlions ne devait pas être une défense maniaque mais un réel mépris, un vrai "je-m'en-foutisme", cela serait un très mauvais signe, et nous pourrions alors être très inquiets pour le devenir cet.te élève.

Colère et revanche!

Car enfin, on aurait quand même pu l'avertir une dernière fois : "Et puis cette école n'a jamais aimé notre enfant. Elle ne nous a jamais appréciés. Ils n'ont pas su le.la comprendre. Ils n'ont pas voulu prendre le temps pour l'aider. Ils sont jaloux de notre situation. Je les déteste! Je les méprise! On va leur montrer qu'on vaut mieux que ça. On vaut mieux qu'eux". Quelle que puisse être la teneur de cette petite musique colérique qui vient aux oreilles des parents, elle est comme un passage obligé pour qu'ils parviennent à réaliser, à accepter, puis à se remobiliser.

La mobilisation :

Sans cette étape que l'on peut identifier dans tout processus où un sujet pense subir une injustice, la mobilisation est difficile, le sujet restant déprimé et sans ressources pour agir. Oui, l'acceptation puis la mobilisation passent aussi par la colère, voire par un esprit revanchard : "Prouvons-leur qu'ils se sont trompés (sur toi et sur nous)". 

Quel conseil avisé oserait alors aider ces parents à aller vers la dernière étape du processus que l'on pourrait appeler : la prise de conscience? Manquant de recul, beaucoup sont en effet incapables dans l'immédiat, d'envisager les effets bénéfiques que pourrait avoir à terme le renvoi de leur enfant. Et pourtant...

Sentiment de culpabilité : Vers la prise de conscience?

Le sentiment de culpabilité peut se mêler à la colère, survenir pendant l'étape de la remobilisation, ou ne jamais être ressenti.
Parmi les questions courantes on peut noter celles-ci :
> Ai-je raté quelque chose dans l'éducation de mon enfant?
> Aurais-je pu mieux faire?
> Aurais-je dû voir un.e psychologue plus tôt? Ai-je été négligeant.e?
> Suis-je un mauvais parent?
...Tant de questions sans réponses qui peuvent tenailler les parents.
Cette étape normale qui fait pour nous partie du processus, renforce la mobilisation, et permet une avancée dans le travail.

Un coup dur salutaire?

En tant que clinicien.ne.s et thérapeutes de l'enfant concerné.e, nous vivons à LezAPe cette situation comme un échec, et nous accompagnons de notre mieux la famille dans cette difficulté. Mais nous considérons aussi être à la bonne place pour leur dire, lorsque nous les sentons prêts à l'entendre, que l'école a sans doute marqué là une limite salutaire pour le devenir de leur enfant. Peut-être même qu'en le renvoyant, l'école a-t-elle posé l'acte le plus thérapeutique qui puisse être pour lui.elle.

Car en effet, on peut considérer l'école comme une micro-société où l'enfant apprend à respecter les contraintes de la société dans laquelle il évoluera plus tard. Quel serait le devenir d'un.e élève qui ne respecterait jamais les limites posées par l'école et qui se verrait averti.e indéfiniment sans être renvoyé.e? Ne trouvant jamais les limites de la micro-société dans laquelle il évolue, il ne pourrait se structurer lui-même et comprendre que la société dans laquelle il évoluera adulte n'aura pas l'indulgence qu'on a eue envers lui durant son enfance. Il pourrait donc penser à tort que la vie n'est faite que d'avertissements ou de petites sanctions qui ne prêtent jamais à conséquence. Or, nous savons que croire cela est se situer en dehors de la réalité. L'apprentissage par l'expérience (punition négative au sens comportemental) est donc ici un mal nécessaire. Notre société d'adultes ne tolérant aucun dérapage en effet, l'inadapté.e devenu.e salarié.e irait de licenciements en licenciements, finirait exclu.e du système, et probablement très aigri.e.

Ne vaut-il pas mieux connaître un premier choc et faire cet apprentissage alors que le temps s'y prête encore? Ne peut-on pas espérer que ce choc lui permette de prendre plus au sérieux (de les appréhender autrement) les limites qui lui seront posées dans une autre école par la suite?

Alors bien sûr, nous savons pertinemment que ce qui a poussé l'enfant hors des limites ne s'évaporera pas avec la simple crainte d'être renvoyé.e une seconde fois. Nous n'espérons pas de résolution magique du problème de comportement par ce renvoi. Non, la chose à espérer pour nous serait une prise de conscience entraînant une bonne remise en question qui nous permettrait de mieux travailler à la résolution du problème.

Par Jean-Luc ROBERT auteur de MA VéRITé SUR L'AUTISME

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