Promesse négligée, le centre d'archives LGBTQI n'a toujours pas de local

La mairie de Paris avait annoncé en octobre 2017 la création pour 2020 d’un centre d’archives LGBT, un projet repoussé depuis de nombreuses années. Le 21 novembre 2018, aucun local n’a été affecté pour le centre.

Mardi 17 octobre 2017, la mairie de Paris avait mis à jour sur son site une page intitulée « Bientôt un centre d’archives LGBT à Paris ». Trois jours plus tard, à l’occasion de la seizième marche Exitrans, pour les droits des personnes trans et intersexes, l’association Act-Up avait tweeté : « Hidalgo, les archives, au boulot ! » Une interpellation qui sonnait alors comme un slogan, symptôme d’un combat inachevé.

Communiqué du comité Archives LGBTQI Communiqué du comité Archives LGBTQI

 Apathie collective

Le projet d’un lieu de patrimoine et de transmission LGBTQI à Paris tente toujours de faire surface. Il traîne dans les cartons de la mairie depuis plusieurs décennies. Sous l’impulsion de Bertrand Delanoë, prédécesseur d’Anne Hidalgo, la mairie de Paris a financé le projet à hauteur de 100 000 € en 2002, mais sans aller plus loin. Le film 120 Battements par minute de Robin Campillo, sorti le 23 août 2017 et Grand prix au Festival de Cannes, avait ressuscité le projet en rappelant un pan parfois oublié de l’histoire des combats LGBT : celui d’Act-Up Paris contre le sida à une époque où l’apathie collective et gouvernementale laissait mourir gays, toxicos et travailleurs du sexe et où la maladie faisait des ravages en prison.

« La fabrique de l’oubli »

Didier Lestrade, cofondateur d’Act-Up Paris et auteur de Act Up, une histoire, avait à juste titre mis à profit l’ébullition médiatique autour de 120 Battements par minute pour promouvoir à nouveau l’idée du centre d’archives LGBT. Dans une tribune publiée sur le site Slate.fr le 8 septembre 2017 intitulée « S’il n’y a pas de centre d’archives LGBT/sida, Delanoë et Hidalgo se partageront mes cendres sur la tête » insistait sur la mauvaise volonté de la mairie et sa responsabilité dans ce qu’il nomme « la fabrique de l’oubli ». Car « la mémoire est un enjeu essentiellement politique », rappelle-t-il.

Un collectif « Archives LGBTQI » a été désigné pour mener le projet à bien. Ils souhaitent un lieu pour rassembler des « archives pérennes, ambitieuses, ouvertes, inclusives. » Mais alors que de nombreux particuliers collectent documents, preuves, objets du passé et des luttes LGBTQI, le projet semble stagner, la mairie ne trouvant pas de lieu, « ni temporaire ni définitif ». Pendant ce temps, d’après les termes d’une pétition lancée par le comité, « les mémoires se meurent ».

 « J’ai pu faire un coming-out tranquille »

Après avoir vu le film, Vincent Daniel, journaliste à France Info, avait raconté sa sidération dans un billet. Il avait voulu se documenter pour savoir « ce qu’ont vécu des pédés comme [lui] il y a de cela quelques années ». Mais frustration : « les archives sont parcellaires, partielles, éparpillées », avait-t-il déploré. L’histoire des combats LGBT montrée dans le film, pourtant vieille de moins de trente ans, n’est pas connue de tous les jeunes gays qui ont bénéficié d’une prévention de qualité durant leur éducation. « Par ailleurs, j’ai pu faire un coming-out tranquille », ajoutait Vincent Daniel dans son texte, soulignant ainsi l’évolution des moeurs, même si l’homophobie demeure dans tous les milieux - et la mairie de Paris elle-même reconnait que les violences envers les personnes LGBTQI s'accentuent en plein Paris.

L’histoire se raconte avec des archives, et la connaître, permet à Vincent Daniel, mais aussi tant d’autres, de savoir ce qu’il doit à sa communauté. Les archives LGBT devaient finalement avoir un toit en 2020, a annoncé Bruno Julliard, ex-premier adjoint à la maire de Paris en charge de la Culture au quotidien Libération le 11 octobre 2017. Plus d'un an plus tard, cela n'en prend pas le chemin, et plus que jamais, la mémoire est affaire de choix politiques. 

 L. Garrigue 

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