Un portrait de Jacques Brémond éditeur de poésie ( mais pas seulement)

 

Je voudrais ici proposer un portrait de Jacques Brémond éditeur de poésie, alors que le marché de la poésie, déplacé pour la première fois, ce me semble, en début de mois de Juin, quand il coïncidait depuis des années avec l'arrîvée de l'été et la fête de la musique, s'est achevé il y a moins d'une semaine. Je n'ai pas la prétention d'un portrait exact, ni bien sûr - encore moins - d'un portrait "total". Non, je voudrais juste évoquer une figure fidèle, un être d'une seule pièce, abrupt souvent, vrai camarade si l'on a la chance de correspondre à ses valeurs. L'homme d'abord, sa silhouette, sa silhouette juste, et la barbe d'abord, barbe devenue grise puis blanche en partie. Plantée devant le stand qu'il partage avec d'autres ( fort cher un stand à ce Marché de la Poésie, plusieurs milliers d'euros*) sa silhouette arrête, peu soucieuse de plaire, affirmée dans sa singularité.Ensuite, ce sont ses livres, couvertures oriiginales,en écho avec le texte souvent, beaux papiers épais, agréables à la main, qui devraient arrêter. Il y a là de fort beaux auteurs, tel Jacques Gasc, décédé il y a peu, dont le "Procédure des lieux d'appel" est un beau texte , tel Frédéric Jacques Temple et ses poèmes américains, tel encore Thierry Metz auquel Jacques Brémond ne cessera d'être fidèle, assez pour accueillir d'autres livres de l'auteur chez d'autres éditeurs, fait rare dans cette confrérie qu'il me plaît de souligner.  Il en est d'autres encore bien sûr, mais je cite là quelques-uns de ceux qui me parlent le mieux. L'éditeur encore qui, depuis quarante ans presque, par vent et marées, neige et soleil, fabrique puis vend ses livres, les défend partout où l'on veut d'eux et de lui, inlassablement, au point d'avoir épuisé tant et tant de voitures. En dehors du système de plus en plus, des librairies de moins en moins accueillantes, des bibliothèques gestionnaires et incultes de façon croissante, lui - comme d'autres- ne dévie pas, attaché à son idée, payant cet attachement, cette fidélité à soi d'une précarité sans cesse plus précaire. Et cependant, ses livres - ceux qu'il fait - comme d'autres comparables - sont les gardiens de la littérature telle que nous l'avons apprise, telle qu'elle nous a été transmise à l'école, au collège, au lycée et enfin à l'université pour celles et ceux qui y seront passés. La littérature telle qu'elle existe de moins en moins, à laquelle on a substitué - à l'image des autres produits de consommation - à l'image du paquet de lessive - une sorte de prêt-à-lire, à penser vidé de toute force, toute intensité - ce qui fait la littérature, l'art en général- oui l'intensité. Il est là - mais pour combien de temps encore ? - Ils sont là - celles et ceux comme lui. Ne le manquez pas. Ne les manquez pas. Comme mettait en bandeau à ses livres un autre de ces "petits" éditeurs : N'attendez pas pour les lire que les poètes soient morts.

 

* Un responsable du Marché m'assure que le coût du stand de Jacques Brémond est de 741 euros et non de plusieurs milliers comme je l'affirmais sur la foi d'une conversation à la volée avec Jacques B. J'aurai donc anticipé malheureusement, si tel est vraiment le cas, je m'en excuse auprès du responsable du dit marché et le remercie d'avoir rectifié. Mon but n'est pas d'aller à l'encontre de la poésie, plutôt le contraire.

 

 

 

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