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Billet de blog 5 mars 2019

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Canteleu, Assemblée Citoyenne

Une tentative pour que tous puissent prendre la parole, pour qu'elle ne soit pas confisquée par quelques uns, pour que tous puissent formuler en toute liberté des revendications et des propositions. L'anti-grand débat national

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qui sommes-nous ?

Tous les mois depuis 3 ans, se tient à Canteleu (Seine-Maritime) un café citoyen dont le but est d’informer et de débattre sur des sujets politiques, au sens large du terme (écologie, santé, logement, compteurs Linky, immigration…). Les débats sont l’occasion d’inviter des syndicalistes, des travailleurs sociaux, des militants écologistes, etc. qui, par un court exposé, permettent aux participants d’entamer le débat.

Ce que nous tentons de mettre en place, c’est d’outiller, d’armer l’expression des citoyens pour promouvoir des pratiques démocratiques fondées sur l’information et le dialogue, d’apprendre à résister collectivement face aux discours formatés et trompeurs. C’est aussi de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.

Nous y touchons un public limité en nombre et en diversité sociale. C’est pourquoi nous avons voulu mettre à profit le moment du grand débat national et les mobilisations des Gilets Jaunes pour permettre aux habitants de Canteleu de prendre la parole, de dire ce qu’ils dénoncent et ce à quoi ils aspirent.

Quelques mots sur notre ville

Canteleu est une banlieue populaire de 15000 habitants, rattachée à la Métropole de Rouen. 65% des logements sont des habitats sociaux. Cette ville se signale par une grande précarité : dans le quartier de la Cité Rose, particulièrement frappé, 45% des jeunes vivent des minima sociaux. On n’y trouve pas d’industrie, la plupart des emplois sont le fait de la Mairie et d’institutions liées au travail social. Le chômage affecte 17% de la population.

Comme dans la plupart des villes de banlieue, le mouvement des Gilets Jaunes ne s’est pas manifesté de façon visible ; pas d’occupation des ronds-points, pas de rassemblements ou de défilés. Nous avons donc décidé d’organiser une Assemblée Citoyenne dans la salle Res Publica (la bien nommée pour l’occasion) mise à notre disposition par la Municipalité.

Comment inciter les Cantiliens à venir participer ?

Nous avons distribué 6000 tracts dans les boites aux lettres, à la sortie des écoles, envoyé des mails à nos contacts, mis des affiches chez les commerçants…. et nous avons réuni 80 personnes, ce qui a été perçu comme un succès par certains d’entre nous, comme un semi-échec par d’autres au vu des efforts déployés.

Comment organiser l’Assemblée pour éviter que la parole soit confisquée par quelques-uns ?

Après un travail laborieux de préparation, nous en sommes arrivés à une organisation en trois temps.

  • Temps 1 : Formuler les sujets d’intérêt de chacun

Après une courte introduction, les participants se sont regroupés librement par tables d’une dizaine où, après s'être présentés, ils ont commencé à discuter. Chacun a été invité à écrire en quelques mots sur des post-it quels étaient pour lui les sujets les plus cruciaux à traiter. Ces post-it ont été collectés et collés sur un panneau.

  • Temps 2 : Soumettre à la réflexion et au débat les thèmes les plus retenus

Une synthèse rapide de ce qui apparaissait comme essentiel ayant été réalisée, les tables se sont reformées autour des thèmes suivants : la démocratie, l’écologie, la justice fiscale et la répartition des richesses, les services publics et plus particulièrement la santé et l’éducation, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Par table, les participants ont noté le bilan des diverses discussions sur un cahier, bilan ensuite présenté oralement à l’ensemble des participants.

Voir la vidéo : https://youtu.be/oljaR1tMJ98

  • Temps 3 : l’Assemblée Générale

Après avoir écouté les présentations des différentes tables, la discussion a porté essentiellement sur les suites à donner à cette assemblée citoyenne. La question s’est posée de savoir ce que l’on pouvait faire pour que les revendications soient prises en compte alors que nombre d’entre elles ne s’inscrivent pas dans les limites que Macron a fixées à l’avance au Grand débat. C’est un sujet sur lequel il n’a pas été facile de trouver un consensus. Néanmoins plusieurs points sont ressortis de ces échanges. D’abord qu’il fallait participer aux manifestations des Gilets Jaunes. Ensuite que les productions des tables devaient être transmises, d’une part aux sites des Gilets Jaunes, d’autre part au site du Grand débat National et à la préfecture. Et tout le monde était d’accord pour ne pas en rester là, le collectif des organisateurs s’est enrichi de nouveaux membres décidés à agir pour aller plus loin.

Effectivement, un quatrième temps a déjà eu lieu. Un travail de synthèse des débats et des divers documents recueillis (post-it, cahiers, vidéos) a été réalisé, ses documents sont déposés sur les sites envisagés. Il est ensuite prévu de dégager une liste des revendications formulées dans les cahiers afin de les diffuser auprès des Cantiliens dans la perspective d’un vote. On réfléchit aussi à une forme d’action spécifique sur la ville réunissant Gilets Jaunes, associations, syndicats.

Si nous racontons ainsi par le menu notre démarche c’est que nous voulons mettre en évidence que des tentatives de pratiques démocratiques sont possibles. En tout état de cause, elles n’ont rien à voir avec les débats organisés et animés par Macron ou les élus En Marche, qui ne sont en réalité que des caricatures de démocratie. En focalisant sur eux toutes les interventions, le Président, les Ministres et Députés apparaissent comme ceux qui savent tout, qui sont capables de répondre sur tout, en résumé, des experts en tout. Cette démarche est infantilisante et certainement pas, comme c’est notre ambition, émancipatrice.

Post-it de l'Assemblée Citoyenne de Canteleu (pdf, 117.5 kB)

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